Pour l'ancien militaire et chroniqueur de guerre Guillaume Ancel, si l’extrême droite accédait au pouvoir, la France ne s’opposerait plus à la Russie de Vladimir Poutine ni aux États-Unis de Donald Trump. Le Rassemblement national est un parti d’asservissement aux empires menaçants.
le 25 janvier 2026
Contrairement à son nom, le Rassemblement national, s’il accédait au pouvoir, commencerait par réduire drastiquement l’autonomie de la France et ce qui lui reste de liberté de parole sur la scène internationale. D’acteur clé du soutien à la résistance courageuse de l’Ukraine face à l’agression de la Russie de Poutine depuis quatre années désormais, les réactions de la France deviendraient quasiment inexistantes face aux politiques d’extension territoriale et de soumission par la force au détriment du droit.
Confronté aux exigences de Poutine de voir capituler la résistance ukrainienne, le RN, s’il arrivait au pouvoir en France, aura une double action. D’abord il réduira drastiquement la contribution de la France, aussi bien en équipements militaires qu’en formation, et bien sûr en termes de soutien financier.
Son autre action d’affaiblissement de l’Ukraine consistera à torpiller la « coalition des volontaires », cette trentaine de pays qui supportent l’Ukraine et pour laquelle la France et la Grande-Bretagne jouent actuellement un rôle d’animation et de coordination. Cet affaiblissement direct et indirect du soutien à l’Ukraine pourrait largement contribuer à faire céder celle-ci pour voir s’installer à terme une marionnette de Vladimir Poutine à la tête de cet État qui aura osé lui tenir tête.
Il est probable aussi que, dans une culture bien ancrée de la manipulation de la réalité et de la fabrication de vérités alternatives, le RN n’affichera surtout pas cette trahison à la sécurité de l’Europe tout entière, à l’image de ce que ses représentants font actuellement au Parlement européen.
Le RN votera systématiquement contre les mesures de soutien à l’Ukraine tout en affichant une position confuse vis-à-vis de Poutine et de son « opération militaire spéciale » afin de ne pas créer de tension avec une base électorale sensible à ce sujet de résistance. La France rejoindrait ainsi le club des nations serviles, initié par la Hongrie de Viktor Orban, en soutenant de fait et de manière affligeante les tyrans menaçants de notre ère, parmi lesquels Poutine est malheureusement exemplaire.
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Avec cette politique, et dans la même veine, le RN pourra apporter son soutien à Donald Trump, ce président à la dérive autoritaire qui ressemble de plus en plus à un iceberg, mettant en danger tout ce qu’il va croiser, tout en raclant le fond et en laissant des blessures profondes. Ce parti d’extrême droite remettra alors en cause tout ce qui peut assurer une forme de solidarité entre pays européens, dont la route commune n’a jamais été aussi difficile, notamment face aux exigences colonialistes des États-Unis d’Amérique sur le Groenland et probablement ensuite contre le Canada, si par malheur Trump parvenait à s’en emparer.
Avec le Rassemblement national, la France n’aurait plus aucune raison de s’inquiéter qu’un président et son épouse soient kidnappés au Venezuela pour une raison discrétionnaire décidée par Donald Trump lui-même, et que toute l’Amérique du Sud doive trembler en se demandant quel sera le prochain oukase sur la liste du président états-unien, quelle sera sa prochaine exigence à laquelle il faudra impérativement céder.
Difficile de ne pas imaginer non plus quelle sera l’attitude du RN confronté à une tentative de leur ami Trump de s’emparer d’un territoire qui ne lui appartient pas comme le Groenland – et demain l’Islande ou le Canada –, si ce n’est que ces extrémistes empêcheront une réaction coordonnée des pays européens. D’ailleurs, le RN saisira toutes les opportunités d’affaiblir l’Union européenne, cette organisation que ce parti d’extrême droite ne cesse de remettre en cause parce qu’elle est probablement la seule à pouvoir représenter un obstacle majeur, du fait de sa taille, aux ambitions de Poutine comme de Trump.
De fait, le RN est d’abord et avant tout un parti de « détournement national ». Le détournement de la colère ressentie par de larges pans de nos sociétés, le détournement de financements publics au profit d’une organisation au fonctionnement quasi-mafieux. Mais le Rassemblement national, s’il accédait au pouvoir, deviendra évidemment un outil de détournement du droit international au profit de la loi du plus fort, un parti d’asservissement aux empires menaçants qui réduirait la France au rôle de spectatrice désespérée d’une régression politique majeure.
Guillaume Ancel est l’auteur de Petites Leçons sur la guerre chez Autrement et du blog Ne pas subir.
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