Les députés communistes et ultramarins présentent, ce jeudi, une résolution visant à abroger la réforme des retraites, passée en mars 2023 par 49.3. Un désaveu pour la Macronie qui a utilisé tous les artifices pour priver les députés de leur rôle et empêcher le moindre scrutin.
le 4 juin 2025
Un mot résume l’état d’esprit des députés de gauche : enfin ! Avec deux ans de retard, l’Assemblée nationale va pour la première fois pouvoir se prononcer ce jeudi sur le fond de la réforme des retraites, imposée en 2023 malgré l’opposition massive des Français. Les députés communistes et ultramarins du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR) présentent dans leur niche parlementaire une résolution demandant l’abrogation des dispositifs fondamentaux de la réforme, soit le report de l’âge de départ légal en retraite de 62 à 64 ans et l’extension du nombre d’années de cotisation de 42 à 43 ans.
« J’espère que la résolution sera votée majoritairement. Elle permettra enfin à l’Assemblée nationale de s’exprimer sur le sujet, alors que la réforme reste une plaie démocratique béante dans l’esprit des Français qui n’ont pas tourné la page et continuent de la refuser », explique le député PCF Stéphane Peu, coprésident du groupe GDR. Depuis 2023, l’exécutif et la Macronie ont eu recours aux pires outils institutionnels (47.1, 49.3, 44.3) pour contraindre le débat parlementaire, empêcher le vote des députés et bloquer l’examen de pistes alternatives.
L’initiative est évidemment saluée par les différents groupes de gauche. En novembre dernier déjà, dans le cadre de sa niche, La France insoumise avait défendu une proposition de loi d’abrogation de la réforme Borne, mais cette dernière a buté sur une obstruction parlementaire inédite de la droite et des macronistes, qui ont multiplié les amendements pour éviter le scrutin. Faute d’un vote avant minuit, la proposition de loi est tombée dans les limbes parlementaires, alors qu’une majorité était disposée à la voter.
« Nous en avons tiré enseignement. Nous entendons déjouer l’obstruction car une proposition de résolution ne peut être ni amendée, ni bloquée par l’article 40, ce qui garantit un vote clair et sans entrave. Nous aurons donc le premier vote de l’Assemblée et enfin la vérité des prix sur qui combat ou non ce texte », assure Stéphane Peu.
« Cette réforme est un totem pour Macron »
« Ce qui a de la valeur, c’est qu’il y ait un vote en tant que tel », souligne le député LFI Ugo Bernalicis, quand bien même LFI aurait souhaité que la niche du groupe Écologiste et social, en février, puis celle du groupe GDR, en juin, reprennent sa proposition de loi, au risque de n’examiner aucun autre texte, mais avec l’objectif, une fois tous les amendements d’obstruction examinés, d’aboutir à un vote avant la fin de la législature.
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Et ce d’autant plus que la résolution n’a aucun caractère contraignant et ne forcera pas le gouvernement à renoncer à sa réforme. « Évidemment que c’est une résolution, puisque chaque fois que nous faisions un texte contraignant, nous avons eu des manœuvres d’obstruction », expose Benjamin Lucas. Mais le porte-parole du groupe Écologiste et social prévient l’exécutif : « S’affranchir d’un vote qui aurait rencontré jeudi une majorité de parlementaires serait une forfaiture, la trahison complète du bon fonctionnement démocratique de notre pays. Le rôle du gouvernement est d’appliquer les décisions prises à l’Assemblée. »
Le tout alors que près de 7 Français sur 10 veulent toujours le retrait de cette réforme sociale injuste et marquée du sceau du déni démocratique. « Cette réforme est un totem pour Macron, qui a expliqué son refus de nommer le Nouveau Front populaire à Matignon car nous entendions abroger le texte. Ce combat est iconique, car il départage ceux qui, au fond, veulent des retraites individualistes par capitalisation et ceux qui défendent le collectif, la fraternité et la répartition », rappelle Stéphane Peu. C’est, symboliquement, un désaveu de l’œuvre macroniste qui se joue ce jeudi.
Reste à savoir qui sera au rendez-vous. La gauche et le RN entendent voter la résolution. Le groupe Liot, de son côté, « salue la démarche », mais veut se déterminer en fonction du « débat parlementaire ». Ses députés, s’ils soutiennent le rejet des 64 ans, souhaitent cependant une « réforme financée », et se montrent sceptiques sur une abrogation des 43 années de cotisation.
Le camp gouvernemental, lui, se dresse contre la résolution. La porte-parole des députés Modem, le parti du premier ministre, Perrine Goulet, reproche à l’initiative communiste de « court-circuiter le dialogue social », à savoir le conclave au sein duquel la réforme n’est amendée qu’à la marge par le patronat et les syndicats – et sans la CGT qui a quitté les négociations qu’elle estime tronquées. Les députés PS, qui voteront jeudi la résolution, attendent encore du conclave « le retour de l’âge de départ à 62 ans » et le passage de ses conclusions par le Parlement, expose leur porte-parole Béatrice Bellay.
« Il faut remettre la question des retraites dans le débat »
Les syndicats et la CGT se mobilisent une nouvelle fois ce jeudi contre cette réforme et pour la défense de l’emploi et des salaires. « On continue à se battre car, malgré le matraquage de l’opinion, nous sommes majoritaires dans le pays. 69 % des Français sont pour un référendum sur cette réforme, et les deux tiers veulent l’abroger », assure Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT. « Il faut remettre la question des retraites dans le débat », insiste Stéphane Peu, qui alerte sur les effets sociaux du texte.
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Selon le directeur général de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) : « Les assurés sociaux qui ne partaient pas avec le taux plein constituaient auparavant 7 à 8 % des départs en retraite, ils sont aujourd’hui 13 à 14 %. » Car le but de la réforme est bel et bien de faire des économies sur le dos des travailleurs, en les forçant à travailler plus, ou en les contraignant à renoncer à une pension complète. « Nos meilleures années de retraite sont en train de devenir nos pires années de travail », résume Denis Gravouil.
Il y a deux ans, en plus des 47.1, 44.3 et 49.3, un artifice procédural utilisé par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avait empêché l’examen d’une motion référendaire de la gauche. Le Conseil constitutionnel a ensuite bloqué un référendum d’initiative partagée. Puis l’arrivée en tête de la gauche aux dernières législatives a été ignorée par Emmanuel Macron en juillet 2024. Avec, à chaque fois, la même boussole : imposer la réforme des retraites. Ce jeudi, les députés ont pour la première fois l’occasion de sortir du déni démocratique, en votant enfin pour ou contre le texte. Des votes qui ont de quoi largement résonner.
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