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Lu sur Coût de la vie, éducation, logement… L'Europe soulevée par des mouvements sociaux - L'Humanité

Coût de la vie, éducation, logement… L'Europe soulevée par des mouvements sociaux

De la Belgique à l’Albanie, en passant par l’Italie et la France, les mouvements sociaux se multiplient en Europe, jetant une lumière crue sur les crises de l’État social et démocratique. Les réponses autoritaires pavent le chemin à l’extrême droite.

le 21 octobre 2026

Lina Sankari

Soit un panier de courses basique. Pain, œufs, pâtes, huile, pommes de terre, fruits, légumes ; + 34 % dans l’ensemble de l’Union européenne (UE) entre août 2021 et août 2026. Soit un logement. Un toit, un lit, la possibilité d’une vie de famille ; + 53 % entre 2010 et 2024. Soit le prix du gaz, qui subit une augmentation de 72 % en moyenne pour les ménages de l’Union depuis 2021, dans la foulée des guerres en Ukraine et en Iran.

L’Europe des fins de mois difficiles – voire des débuts de mois – a poussé des centaines de milliers de personnes à manifester ces dernières semaines sur l’ensemble du continent. De la France à l’Espagne, en passant par l’Italie, le Portugal, la Belgique et l’Albanie (non-membre de l’UE, mais candidate).

La jeunesse est en première ligne. La question des moyens alloués à l’éducation masque mal les inquiétudes des moins de 30 ans : les mobilisations « expriment une certaine angoisse générationnelle, au milieu des bouleversements géopolitiques et des futurs dystopiques de l’IA », explique Alberto Alemanno, professeur de droit européen.

Dans la foulée des mobilisations du week-end dernier, une grève générale est prévue le 11 novembre en Espagne, à l’appel des principales confédérations syndicales et des syndicats de voisins. Le 20 novembre, l’Italie fera de même, annonce la CGIL. En France, le 5 novembre devrait être une nouvelle journée de convergence des luttes.

Des actions protéiformes, syndicales, associatives, citoyennes, parfois même gazeuses et sans hiérarchie, comme c’est le cas depuis la crise financière de 2008 à l’image des indignés espagnols ou d’Occupy Wall Street.

 

Le consensus autour des questions telles que l’accès à un logement abordable, le renforcement des services publics, l’augmentation des salaires en fonction de l’inflation paraît primer sur les appartenances politiques. Il semble pourtant abusif de parler de mouvement paneuropéen.

La juxtaposition des crises dit l’Europe actuelle

Cette fois, c’est la simultanéité des contestations qui frappe. De l’éducation au coût de la vie, les revendications diffèrent. Les secteurs mobilisés aussi. Avec des situations nationales contrastées, on constate partout la même défiance politique.

Des actions européennes commencent à émerger sur la question du droit au logement avec l’élaboration d’une initiative citoyenne, soutenue par le Parti de la gauche européenne (PGE), qui devra réunir 1 million de signatures d’ici à septembre 2027 pour être examinée par la Commission.

Les coups pleuvent de tous les côtés. Et la Confédération européenne des syndicats (CES) tente de structurer la contestation à l’échelle continentale. Elle organisait, ce 20 octobre, un rassemblement devant le Parlement européen, à Strasbourg, pour exiger des garanties juridiques contraignantes avant l’examen de la proposition EU Inc.

La secrétaire générale de la CES, Esther Lynch, prévient que le soutien aux start-up ne peut servir de prétexte à la destruction du modèle social : « EU Inc. menace le principe fondamental selon lequel les travailleurs doivent être rémunérés conformément à la législation et aux conventions collectives du pays où ils travaillent. »

La juxtaposition des crises dit l’Europe actuelle. Sa gestion technocratique et austéritaire. Le retour de la question sociale dans le débat politique ne nourrit pas forcément les réponses adéquates. Austérité et autoritarisme obligent. Quitte à laisser le champ à l’extrême droite pour transformer les demandes sociales en concurrence entre nationaux et immigrés et détruire ce qu’il reste de réglementations.

Or, les mobilisations mettent précisément les gouvernements face à leurs responsabilités. Ceux qui, comme en France, privilégient la réponse sécuritaire au traitement des revendications alimentent précisément cette crise de la démocratie.

« Les institutions démocratiques de l’Europe seront jugées non pas sur la vigueur avec laquelle elles condamnent le désordre, mais sur leur capacité à transformer la colère générationnelle en un changement politique tangible », poursuit Alberto Alemanno.

D’autant que l’extrême droite saute sur l’occasion pour démanteler l’État de droit. C’est ce que s’est empressée de faire la présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, extrême droite), dès ce 20 octobre, en passant un décret-loi inédit.

Le texte crée un délit de « participation violente à une manifestation », somme les parents de payer les dégâts causés par des mineurs et présume le discernement dès 14 ans. La garde à vue préventive est, quant à elle, étendue aux mineurs.

La lutte contre l’inflation, une priorité pour 43 % des Européens

En clair, c’est la promesse sociale qui convulse. Pour une partie des jeunes et des classes populaires, travailler, étudier ou se former ne garantit plus aussi clairement l’accès à un logement, à la stabilité et à l’autonomie.

Selon l’Eurobaromètre de mars 2025, 43 % des citoyens à l’échelle continentale citent l’inflation, la hausse des prix et le coût de la vie parmi leurs priorités. Un an auparavant, le même indicateur révélait que 88 % des Européens considéraient qu’une Europe sociale était primordiale pour eux. Loin des obsessions xénophobes.

Dans une étude collective datée de septembre 2025, la revue Social Movement Studies relève précisément que les actions collectives en Europe portent « principalement sur les injustices liées aux conditions de travail, aux rémunérations, aux droits des travailleurs et aux processus de négociation collective, mais aussi sur des menaces systémiques telles que les coupes budgétaires, la répartition des fonds nationaux et européens, ainsi que les politiques publiques gouvernementales mises en œuvre pour gérer les multiples crises ».

Au Parlement européen, lors de la session plénière, la droite et son extrême goûtent peu cette contestation sociale. Ce 19 octobre, le Parti du peuple européen (PPE) et les Conservateurs et réformistes européens (ECR) ont imposé un débat « concernant les récentes violences antidémocratiques commises en France, en Italie et en Belgique par des groupes radicaux d’extrême gauche ». Une instrumentalisation qui frôle l’ingérence.

Opportunément, la droite trumpiste y a également vu l’occasion de diviser un peu plus l’Europe et de promouvoir l’extrême droite continentale au nom de la sauvegarde de la civilisation et de l’hégémonie culturelle. Mais ce sont les attaques venues de l’intérieur qui inquiètent le plus.

En Italie, le vice-président du Conseil des ministres, Matteo Salvini (Lega, extrême droite), croit déceler un « axe du mal qui unit extrémistes de gauche et fanatiques islamistes ». La reprise du verbe néoconservateur états-unien, sous l’administration Bush, pour désigner la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak, a valeur de promesse quant à la guerre que les nationalistes entendent mener.

Entre ingérences étrangères et forces continentales

L’opportunité était aussi trop belle pour le premier ministre hongrois, Péter Magyar, qui a renversé Viktor Orban en avril, il y a également vu l’occasion de pousser son agenda anti-immigration. Et de l’étendre à l’Europe entière : « L’immense majorité des pays européens » souhaite une approche plus dure de la migration et a « enfin ouvert les yeux », dit-il.

Le libéral Donald Tusk, qui a mis fin au règne des nationaux-conservateurs du PiS (Droit et justice) en Pologne en 2023, n’est pas en reste : « La Pologne n’imitera pas les erreurs des autres pays européens. (…) Nous défendons fermement notre frontière contre l’immigration illégale », martèle-t-il. Tant et si bien qu’on peine désormais à différencier la droite de l’extrême droite pourtant chassée du pouvoir, dans ces deux pays, au nom du retour à l’État de droit.

Au-delà, les centristes européens y ont également vu une aubaine : celle de démanteler l’État social. « Promettre tout à tout le monde, distribuer à crédit et reporter les vraies solutions – c’est la voie la plus courte vers de graves crises », assume le député tchèque Martin Kupka (Parti démocratique civique).

Tag(s) : #Luttes sociales
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