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L’hypocrisie de l’Occident et « la colère du Sud global »

 le 13.11.23 à 16:45

Par Francis Wurtz, député honoraire au Parlement européen

Emmanuel Macron aura attendu trente-cinq jours et l’accumulation de milliers de morts innocents à Gaza – dont, « en moyenne, 160 enfants chaque jour », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ! – pour prononcer, au détour d’une phrase, le mot « cessez-le-feu », banni jusqu’alors à l’Élysée. Pire : le chancelier Scholz, qui affirmait encore le 26 octobre dernier qu’« Israël (est) guidé par des principes très humanitaires » et qu’il n’avait « aucun doute » sur le fait que son armée « se conformerait au droit international », n’a pas encore jugé utile, au vu des innombrables « atrocités » (ONU) commises par cette armée, de nuancer quelque peu son improbable jugement, encore moins de prôner l’arrêt de cette guerre dévastatrice…

Quant à Rishi Sunak, le premier ministre britannique, par ailleurs toujours allant pour « défendre plus fortement les valeurs de liberté » du Royaume-Uni, il vient carrément de congédier un député conservateur qui avait plaidé en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza pour répondre à une « question qui préoccupe tant (ses) électeurs ». Le summum de l’hypocrisie revient à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qui, après avoir apporté son soutien inconditionnel à Netanyahou, a, la main sur le cœur, assuré ceux qui l’ont critiquée (pour n’avoir pas même évoqué le droit humanitaire lors de sa rencontre avec le chef du gouvernement israélien) que « nous pleurons toutes les vies innocentes dans ce conflit, de toutes les confessions et de toutes les nationalités »…

Enfin, il a fallu la pression d’une majorité d’électeurs démocrates pour que Biden, toujours opposé à tout cessez-le-feu, se résigne à demander à son protégé de bien vouloir envisager des « pauses humanitaires » de quelques heures dans le nord de Gaza. Pour toutes ces figures de la bonne conscience occidentale, le calvaire indicible des déshérités de Gaza, cloîtrés dans une prison à ciel ouvert depuis seize ans, désormais écrasés sous les bombes israéliennes et privés du minimum vital, ne se mesure manifestement pas à la même aune que les souffrances de la population ukrainienne, victime de l’agression russe ! On imagine aisément, dans ce contexte, ce que « le Monde » appelle « la colère du Sud global (…) contre les pays occidentaux, accusés d’hypocrisie dans le choix des victimes auxquelles ils apportent leur soutien ».

On le sait : cet insupportable « deux poids, deux mesures » ne date pas d’aujourd’hui. « Je n’accepte pas l’hypocrisie de l’Occident », déclarait Nelson Mandela en 1990, en condamnant le recours à la guerre quand Saddam Hussein attaqua le Koweït, tandis que « l’Occident est resté silencieux » quand les États-Unis ont envahi la Grenade ou le Panama et quand « Israël assassine des Arabes innocents et sans défense dans les territoires occupés ». Et qui ne se rappelle les mots justes de Stéphane Hessel, lançant après la terrible guerre – déjà ! – de Gaza, de décembre 2008 et janvier 2009 : « Tous responsables et tous coupables de n’avoir pas été suffisamment sévères à l’égard des violations graves qu’Israël apporte depuis quarante ans au droit international » ! Quinze ans plus tard, l’Occident n’a toujours pas tiré les leçons de l’histoire. Comment s’étonner que le fossé ne cesse de se creuser entre « l’Ouest et le reste » (du monde) ! Honneur à celles et ceux qui luttent pour en finir avec cette fracture et ne connaissent qu’une seule humanité.

Tag(s) : #Moyen- Orient
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