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Suite de Zarka, sur le communisme d'aujourd'hui (1)

 

 Du communisme en acte : Pierre Zarka 16 février 2010communisme.jpg

 

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Il y a d’ailleurs quelque chose d’intéressant dans le mot « communisme » : nous le faisons souvent découler de « mise en commun ». C’est vrai dès le XVIII° siècle avec les écrits de Restif de la Bretonne, mais au XIV ° siècle le mouvement des ouvriers tisserands anglais l’utilisent dans un autre sens « nous, les gens du commun » en retournant le mépris des puissants en identifiant de leur combat comme cela a été le cas avec les « Gueux » flamands ou les « Sans-culottes ». Ce sens nous intéresse aussi.

 

De là découle une autre question : la perspective de « peser » à gauche, au sens où nous l’avons entendu jusqu’à présent, est –elle pertinente pour celles et ceux auxquels nous voulons nous adresser ? Je crains que non. Et pas uniquement du fait de la lassitude des gens. L’expérience concrète faite depuis 25 ans est que ce qui peut se dire de concret sur la gauche n’aura été qu’un sas vers une droite plus dure. Agir avec le PS peut être un levier, mais lorsqu’il s’agit de recomposition, le PS d’aujourd’hui est-il encore celui des années quatre-vingt-dix ? L’alliance peut-elle apparaître comme LA condition de toute transformation et LE but de toute recomposition ?

 

De même, l’expérience faite par quelques millions d’individus depuis 2006 est que toute tentative de construction politique exclue les « non-politiques ». Dit autrement, la crise du capitalisme laisse-telle de l’espace d’aménagement entre ce qu’elle est et les ruptures nécessaires ? Si le capitalisme abandonne son assise sur le tandem fordiste « travail/ consommation », tout modèle politique qui découlait de la confrontation qui en découlait est à revoir. Et c’est à partir d’un thème qui dépasse la revendication de la recomposition, et aussi collectif que l’écologie qu’Europe-Ecologie peut prétendre de fait, participer à la recomposition politique ; très peu de gens s’identifient à ses animateurs. Ceux-ci « ne » sont « que » des repères identifiables. Ce n’est pas la même chose. Je pense que la première étape d’un nouvel engagement renvoie à soi d’abord, sa propre puissance.

 

La première perspective crédible est que la constitution d’un ensemble anticapitaliste reposant explicitement sur l’émancipation de chacun(e) soit accessible au plus grand nombre d’espoirs individuels. Je serai tenté de dire de manière un peu lapidaire, je le reconnais, que le reste suivra, dans le mesure où il ne s’agit plus d’un face à face entre partis mais que toutes les forces sont confrontées aux exigences d’un mouvement qui ne dépende pas de leur autorisation pour exister…

 

Nous pouvons souhaiter que la suite vienne le plus vite possible mais nous n’avons pas le pouvoir de le planifier et il y a un préalable qui se trouve ailleurs que dans ce type de construction (dans les têtes et comportements), même si en retour il peut stimuler. C’est pourquoi, alors que j’ai moi-même utilisé l’expression « recomposition politique », à la réflexion, je lui préfère « redéfinition de l’espace politique ».

 

Marx en son temps ne détachait pas le communisme d’un espace anticapitaliste plus large et plus composite. Mais là aussi, le mal est fait. Nous ne reproduirons plus par simple agrégation de forces l’enthousiasme du TCE. Ce qui s’est produit après est indélébile. Par contre, dans la mobilisation de 2005, il n’y avait pas que le rassemblement qui était mobilisateur mais la conscience d’avoir le pouvoir d’empêcher le TCE. Cette aspiration je l’ai dit, n’est pas morte. Le pouvoir de. J’y reviens. Nous avons besoin d’apparaître comme correspondant à ce qui ne parvient pas à se formuler mais qui est là, à l’état latent.

 

On peut penser cela très bien « théoriquement », mais comme on me l’a fait remarquer lors de la dernière AG, ne pas voir ce que l’on peut faire concrètement d’un tel discours. J’entends réellement la remarque. Mais devant les urgences continuer « ce que nous savons faire » ne conduit qu’à restreindre encore davantage le champ des possibles. C’est finalement ce que les uns et les autres, avons pratiqué pour ces régionales. Je ne voudrais pas que la hâte à aborder 2012 reproduise le même phénomène. Cela fait trois fois que nous nous heurtons à la même porte close. Les mésaventures du NPA et les mésaventures annoncées par les sondages du Front de gauche en témoignent ; il n’est pas sûr qu’Europe Ecologie conserve son allant durant des années. Nous gérons un espace qui ne cesse de se rabougrir comme une peau de chagrin. Le mot qui revient le plus fréquemment chez les élus qui cherchent à rassembler est « isolement ». Cela montre que tant que l’initiative demeure celle d’institutionnels (ce n’est pas péjoratif) cet espace ne cesse de se rabougrir. Changer de centre de gravité est donc de l’ordre de l’urgence et du concret.

 

Nous avons besoin d’explorer et d’expérimenter d’autres voies. C’est aussi pour cela que je parle de « travail ». Il comportera inévitablement une part d’erreurs ou d’illusions qu’il faudra analyser de manière critique. Cela ne se corrigera qu’en marchant, en produisant de l’évènement. Mais il n’y aura de novation que si on ose toucher à l’étonnement et aux limites de l’incrédulité. Au regard de la crise de la vie politique, on peut affirmer que le connu est démobilisateur et qu’il n’y a plus que l’exploration dans l’inconnu qui peut mobiliser. C’est d’oser organiser l’affrontement avec ce qui paraît aujourd’hui impossible, mais- j’ai tenté de le montrer- qui correspond à des aspirations enfouies qui pourra faire évènement. Par évènement, je pense à commencer à faire mesurer à quelques centaines de milliers de personnes aujourd’hui persuadées que rien de neuf ne se produit, que quelque chose ne continue pas, ne se reproduit pas mais au contraire que de l’inédit peut se passer. Etre hors d’une normalité réprouvée entraîne de l’attention.

 

Je n’envisage pas de passer par une période où nous serions enfermés en synode annonçant que d’ici quelques années nous serons fins prêts. Il est nécessaire que notre réflexion commence à se formaliser et puisse donner au fur et à mesure des résultats utilisables, modifiant par la nature de notre participation (et de celle d’autres, bien sûr) la portée des mouvements sociaux et les données de la vie politique. Au fur et à mesure qu’elle se développe, c'est-à-dire sans attendre je ne sais quelle « étape finale ». Il y a à mon avis, une disponibilité beaucoup plus importante que nous ne le soupçonnons ; un nombre relativement élevé de personnes peuvent souhaiter pouvoir intervenir. J’y reviens : des comportements de type coopératifs ou autogestionnaires se structurent autour de formes d’habitats, d’expressions culturelles, de productions voire lors de mouvements revendicatifs ou citoyens ; qu’est-ce qui empêcherait alors, « les politiques que nous sommes » de proposer de prolonger ce type de démarche dans des combats sociaux en posant la possibilité d’arracher du pouvoir- sans les élus si aucun ne veut s’y prêter ; avec leur complicité active lorsqu’ils sont disponibles pour cela- ; et de travailler à situer où sont les points de rupture avec l’organisation capitaliste de la société ? Pouvons-nous décréter que d’aucun de ces comportements apparemment « hors politique » ne peut découler une force transformatrice. ?

Pouvons-nous penser qu’il s’écrive tant de choses sur le communisme, sur la Révolution (y compris dans l’Express, le Point, le Monde, le Monde des débats, Le monde Diplomatique, Courrier International, Marianne et résumer nos efforts au « rassemblement des forces antilibérales » ? On peut à chaque fois en critiquer telle ou telle limite, mais lorsque de tant de côté la société suinte de la quête d’autre chose, il y a un pas à franchir immédiatement au risque de se comporter comme un microcosme. D’exprimer tout haut ce qui se cherche mais ne parvient pas à se formaliser permettrait de se structurer. L’écologie politique s’est développée comme cela dans la seconde moitié des années quatre-vingt. Et cette construction ne peut que reposer sur le plus grand nombre de celles et de ceux que la société assigne à un rôle de silencieux ou au mieux de supporter des partis institués.

 

La conscience de classe ne vient pas du malheur d’être exploités mais de l’action pour faire disparaître cette exploitation et toute soumission. Une classe n’est pas une donnée platement sociologique mais une construction au fil de ce qui permet de prendre conscience de son rôle social et politique. Ce « pour soi et par soi-même » est ce que posent les pratiques actuelles comme les AG, notamment celles des mouvements de jeunes, les coopératives, nombre d’initiatives et d’expressions culturelles…Nous n’avons donc pas la prétention de « guider le peuple » ni de décider de ces actions et des évènements qu’il doit créer, cette prétention est vaine mais de contribuer à construire les éléments de pensées et de pouvoir de décision des actions nécessaires. La priorité est à la constitution incessante de l’irruption de ces dominés et exploités dans les champs de la politique et des pouvoirs de décisions et l’apport du communisme ne peut s’effectuer en s’isolant d’autres approches visant à l’émancipation. Dès lors, la question de l’organisation politique ne se confond pas avec l’espace communiste qui lui est indispensable.

 

Reste que l’organisation devrait mieux se conjuguer avec la notion « d’autonomie des individus ». Elle devrait être moins conçue pour faire au service des intéressés mais à leur place. Elle devrait être identifiable à un double objectif : favoriser l’élaboration d’éléments de connaissances par les intéressés et à la mutualisation des expériences et savoirs. Une telle organisation permettrait à la fois, l’action plurielle ; le sentiment d’être un NOUS et la possibilité d’être un interlocuteur collectif d’autres (alliés ou adversaires). Je suis donc bien aux antipodes de toute spontanéité. Mais tout autant aux antipodes de toute tentation de se substituer aux intéressés en pensant ainsi aller plus vite. Je ne crois pas que tout le monde sera tous les jours mobilisé sur chaque objet. Mais qui l’est parmi nous, et telle absence condamne-t-elle l’idée du militantisme ?

 

Je ne rêve donc pas d’UN citoyen omnicompétent mais je pense auX citoyenS s’appropriant la définition de leurs problèmes et des solutions qu’ils peuvent envisager. C’est la rotation des mobilisés qui fait la masse en mouvement. Considérer qu’un idéal n’est jamais atteint n’est pas une lacune, c’est mobilisateur. C’est le moyen de chercher continuellement à dépasser des limites. C’est le sens même du désir.

Sinon, toute la vie des révolutionnaires est faîte de serments qui finissent par rouiller et se nécroser.

En commençant à affirmer les axes d’une autre culture politique, nous pouvons nous fixer pour double objectif immédiat notre participation à la construction d’un espace qui revivifie le communisme parmi une agrégation en formation de forces individuelles et collectives anticapitalistes, pour en être un des référents-ressources. Il est illusoire de vouloir prévoir à l’avance les rythmes auxquels tout cela peut évoluer. Mais je pense qu’en cas d’absence d’une telle rupture avec l’existant, le temps est contre nous et qu’à partir de la démonstration que nous rendons accessibles une telle rupture, le mouvement ne peut que s’inverser.

 

Voilà à mes yeux, ce qui me paraît urgent d’aborder ensemble. Urgent et en liaison avec des questions posées immédiatement et concrètement par l’actualité sociale et politique. D’où la nécessité de se mettre au travail le plus collectivement et le plus profondément possible.

 

A vous lire….Pierre

Tag(s) : #Débats

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