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Du communisme en acte : Pierre Zarka 16 février 2010communisme.jpg

 

Je considère indispensable le travail proposé il y a à peu près une semaine par la coordination. Nous avons besoin de préciser qui nous sommes et ce que nous voulons. C’est à la direction que l’on souhaite prendre que l’on nous identifiera.

 

J’insiste donc sur le mot travail. J’avoue une défiance à l’égard du mot « débat » comme à l’égard du culte voué au bref et donc au trop facile. En perdant les attributs qui l’identifiaient au communisme, le PC a dissout ces mêmes attributs aux yeux du plus grand nombre. Ce n’est facile pour personne et personne n’est dans l’ignorance.

 

Personnellement, je voudrais insister sur trois aspects étroitement interdépendants : la fin d’une époque politique ; la nécessité de se mettre résolument en décalage au regard de l’existant et le fait que notre prétention ne peut viser à commander l’évènement mais à produire un éventail de nouveaux possibles.

 

Le bilan du XX° siècle dans tous ses aspects nous met sur la défensive vis à vis du communisme. Que le mot soit mal en point est indéniable. Mais l’abandon du mot conduit à réduire le niveau de ses exigences. La démonstration est faite qu’une transformation même profonde mais trop partielle, limitée à elle-même, est récupérable par la formidable plasticité du capitalisme. On ne peut pas dire que les nationalisations de 1945 et la création de la Sécurité Sociale ne sont des réformes structurelles profondes, et pourtant nul besoin de coup d’état pour que le capital rebondisse y compris en ayant profité du dynamisme qu’elles ont contribué à engendrer. La question de la rupture avec l’existant est à aborder comme une cohérence. Mais l’expérience du soviétisme me fait considérer que tous les concepts ne sont pas simplement à juxtaposer. A mes yeux, certains concepts ont des conséquences sur d’autres et impliquent un certain agencement des différents facteurs devant servir à identifier ce qu’est pour nous le communisme.

 

Pour moi, le communisme ne peut se détacher de la notion de Révolution au risque que la mémoire collective le renvoie spontanément à l’étatisme et au collectivisme. Nous la voulons pacifique, démocratique, graduelle, donc permanente mais c’est tout de même la Révolution. Il arrive fréquemment que nous tirions de Marx que « le communisme n’est pas un état mais le mouvement réel, qui abolit…etc… ».

 

Puis nous tournons la page et passons au catalogue de la parfaite société communiste comme si de rien n’était. Je ne nie pas le stade des propositions, mais davantage comme illustrations et points de repères que comme liste au caractère mobilisateur. Si le communisme est d’abord un mouvement, quelle en est la nature, quelles en sont les caractéristiques ? En tout cas, cela veut dire que le mouvement imprimé par une dynamique politique prime sur tout programme et sur tout accord. Ou plus précisément : c’est au mouvement qu’il appartient de préciser ses exigences. Il nous faut mesurer à quel point ce sur quoi nous vivons est usé et hors de toute capacité mobilisatrice.

 

J’ai à plusieurs reprises évoqué l’ampleur actuelle des abstentions. (Pour mémoire je rappelle souvent que le nombre de voix du Front de Gauche à saint- Denis est exactement 10 fois moins important que celui que le PC récoltait en 1978) Si j’en juge à des cas concrets, il ya mobilisation de l’électorat quand la peur mobilise : Le Pen au

second tour de la Présidentielle en 2002, Sarkozy en 2007 ; mais quand il s’agit de choisir, la mobilisation électorale n’exprime que de moins en moins les attentes, même si elle conserve un rôle « d’officialisation », donc une puissance de structuration des comportements politiques. Mais ces résultats résultent eux-mêmes de quelque chose.

 

On évoque les abstentions des milieux populaires, mais désormais des intellectuels sont dans cette posture de manière relativement régulière. Particulièrement des moins de quarante ans, ce qui n’en fait plus tout à fait un phénomène « jeunes » mais de nouvelle génération. Ils ne mettent pas seulement en cause l’absence d’idées des partis de gauche mais dénoncent un système qui les dépossède. Ce qui est entré en crise à mon avis de manière irréversible, c’est « une démocratie où l’exercice de la citoyenneté se limite à donner ou à refuser son consentement ». Ayons-en conscience : la plupart nous situe comme n’agissant qu’à l’intérieur d’un tel système.

J’évoquais le caractère structurant des élections, mais, tout ne se joue pas dans les élections, elles résultent essentiellement de pensées qui se situent en amont de toute période et de tout enjeu électoral.

Comment favoriser l’émergence d’une idéologie transformatrice qui soit suffisamment prégnante pour donner le ton aux tentatives existantes ? Je crois que c’est là notre rôle essentiel.

Un nombre croissant de personnes vit et a conscience de vivre dans un décalage volontaire, tentant d’adapter ses modes de vie sans attendre d’éventuelles ou d’hypothétiques transformations politiques ; la politique étant alors réduite à empêcher le pire. Ces multiples tentatives face à la crise ont toutes un point commun. A travers l’extraordinaire diversité des situations, des objectifs fixés, des luttes pour sauver des acquis et des expériences d’autres modes de vie émerge la volonté de se doter des pouvoirs qui permettent de choisir sa vie, d’en maîtriser le cours pour autant que cela soit humainement possible. Mais sans que rien dans l’organisation de la société, ni le marché, ni l’Etat ne vienne empêcher la constitution de ce pouvoir sur soi-même. Ils inscrivent leur pensée dans l’acte et le mouvement en développement. Ce double refus est un moteur d’imagination et de passage à l’acte. Il s’agit de liberté ; mais à mes yeux, ce mot est trop flou et ne laisse voir ni que l’objectif est de pouvoir sur soi ni que pour y parvenir, il s’agit d’action, donc de décision. D’une autre manière, en creux, l’échec du tapage fait autour de la campagne de vaccination contre le H1N1 en dit long quant à la distance prise avec les pouvoirs institutionnels.

 

A l’inverse, la difficulté que connaissent les mouvements sociaux aujourd’hui, tient à mon avis, à ce que les enjeux ont changé : hier, c’était la répartition des fruits du travail ; aujourd’hui si on prend l’exemple des délocalisations ou des disparitions de productions, ou encore la question des retraites, c’est que ceux qui luttent se donnent le pouvoir d’organiser la société. Je souligne « se donnent » et « pouvoir ». Pouvoir impliquant à la fois la question de la nature de la propriété –curieux que personne ne l’ai posée à propos des banques- et de l’autogestion. Comment invoquer « l’émancipation sans toucher à ce qui fausse tous les rapports sociaux : la domination du marché et la propriété des moyens de production et d’échanges qui décident des réalités économiques et sociales ? L’absence de volonté de se colleter à cet enjeu fait…de toutes petites manifs.

Les lois « Auroux » en 1982 (qui seulement s’en souvient ?) sur les droits des travailleurs sont restées lettres mortes ; les 35H en 98 n’ont débouché sur aucune création d’emplois ce qui rend l’acquis vulnérable. Et pourtant, ce sont là des promesses tenues. Cela dit l’inefficacité d’une surévaluation du travail législatif au regard du mouvement populaire.

 

La politique, ce devrait être d’abord de permettre aux individus de sortir du rôle de muets auquel la société les assigne et de les mettre en situation d’intervenir là où on ne les attend pas. Il y avait de cela dans ce que l’on appelle « les émeutes de banlieues » en 2005 ou lors du référendum du TCE ou du mouvement contre le CPE. Pour celles et ceux qui avaient 18 ans en 68, ils se souviennent peut-être de l’effet sur nous de ce jeune noir en Alabama qui veut entrer dans une université réservée aux blancs ou de l’anomalie que représentaient le fait que les vietnamiens faisaient jeu égal avec la première puissance militaire du globe… ou plus modestement en 6mars 68, quand les garçons sont allés dans le bâtiment des filles à la Cité U de Nanterre- symbole de l’interdit pesant sur la sexualité.

 

Ne pas être à la place où la société nous assigne. Mais dans chacun de ces cas, l’exigence allait au-delà de ce qui était explicité : je suppose que le problème du jeune noir américain allait bien au-delà de son entrée à l’université, quant au bâtiment des filles à Nanterre, j’en suis sûr. Or je crains qu’on nous voie à un endroit trop conforme à la vie politique traditionnelle. Et personne ne nous demande d’en changer, car personne ne nous demande ce qui paraît être l’impossible pour nous. Mais, regardons-le : nous sommes déjà un peu moins attractif qu’au lendemain de notre acte de naissance.

 

Sur un autre plan : il arrive que l’on dise qu’il ne peut y avoir de militantisme sans plaisir. En général, les uns et les autres nous prenons cela comme une phrase sans conséquence. La phrase qui serait dite par celui qui n’a pas bien compris quel est l’ordre du jour de la réunion. A la réflexion, je pense qu’elle est décisive. Pensons à nous-mêmes. Il n’y a pas d’engagement sans phénomène d’identification. On peut avoir un besoin réellement vital d’un hôpital de proximité, d’une augmentation de salaire ou de transports plus adéquats mais on ne s’identifie jamais ni à un hôpital, ni à une augmentation de salaire ni à un métro. Ce n’est pas une boutade : ce que l’on attend de son engagement c’est de pouvoir être à ses propres yeux, comme on aimerait être tout le temps. Il n’y a pas de politique sans cette tension, sans désir. Et c’est cette tension qui fait mouvement. Il n’y a donc pas de politique sans transgression de normalités vécues comme autant d’obstacles à être comme on le voudrait.

A la dernière AG, Laurent Lévy disait à juste titre que la démocratie n’était pas un état. Effectivement, ce ne peut être qu’une pratique, donc une mise en mouvement. Pour prolonger un débat qui anime Rioual, Delanne, Passerat et Perreau- Bezouille, il n’y a à mes yeux, de démocratie, que pour autant que les « sans voix » bousculent cet ordre établi (la légitimité) et arrachent le droit à être reconnus comme porteurs de paroles. C’est ce mouvement qui crée de l’identité commune en permettant de se constituer comme sujet de l’agir politique. Réduire la démocratie à l’élection ferait de l’élection du Doge de Venise au XIV° siècle un modèle ; la réduire à donner son avis tel que la loi le permet, fige l’état des choses et reconduit à la mise en extériorité réciproque de la politique et de la citoyenneté. Oublier la question du pouvoir sur la propriété fait de la démocratie un rôle éventuellement consultatif et laisse les hommes être en concurrence entre eux. Voilà en quoi, la démocratie sans la révolution, peut elle aussi être récupérée et reproduire du consensus. Le tout est de réussir à en faire une question actuelle, ancrées dans des enjeux concrets et immédiats, et non pas « abstraite ».

 

Je ne suis pas un adepte de la spontanéité. Mais jusqu’à aujourd’hui les partis qui se revendiquent du communisme ont pensé que leur rôle était de se substituer aux faiblesses de pensées et d’action des citoyens. Ils réduisent ces derniers à un rôle de soutien, de simples bénéficiaires des transformations ou au mieux de ceux qui dressent la liste des doléances. Cette conception de la politique conduit à cette contradiction : demander aux individus d’être indociles à l’égard de la société tout en leur proposant comme moyen de reproduire cette docilité à l’égard des partis.

 

L’élévation du niveau culturel et la capacité d’initiatives requises y compris au travail, l’évolution des mentalités viennent prendre à contre-pied toute conception qui fait entériner son état d’infériorité. De ce fait, tout ce qui semble reproduire de l’inégalité en politique ne peut correspondre qu’à des comportements rétrogrades ; (je pense au vite FN ou au « moment de gloire » de Ségolène Royal).

 

Et tout ce qui tente d’accoler l’appel à la démocratie tout en continuant les mêmes formes politiques, s’érode et s’effrite. Tout ce qui semble reproduire une asymétrie de pouvoirs apparaît synonyme de volonté de domination et est d’amblée rejeté. Sommes-nous à l’abri de ce regard ?

 

Le fait est, qu’il n’y a pas d’exemple contemporain où cela n’ait pas réellement reproduit le cadre social antérieur. Et l’impuissance des partis que cela génère accroît leur enfermement dans le seul espace institutionnel : privés de ce qu’ils appellent « le soutien populaire » ils réduisent le possible aux rapports avec le PS.

 

Paradoxe : plus les milieux populaires s’éloignent de cet espace faute de transformation radicale et plus le PCF et le NPA en tirent comme conclusion que la marge des transformations sociales et démocratiques possible est mince.

Relire les travaux de Marx à la lumière des désillusions du XX° siècle, n’est pas se vouer aux écritures mais lorsque l’on se trouve au fond d’un cul de sac, un retour en arrière permet de repartir. Cela me conduit à m’interroger plus longuement que nous ne l’avons fait sur ce qu’il appelle « le dépérissement de l’Etat ». Il ne désigne pas alors un futur aussi lointain qu’hypothétique, mais bien un présent, une immédiateté qu’il faut affronter. Pour lui, la dissociation « société civile » et tout pouvoir ou espace institutionnel met les individus dans une situation qui les prive d’une part d’eux-mêmes, ce qui est la base de toute aliénation. Nous prenons trop cette question comme une coquetterie accessoire de la part de son auteur. Participer aux faits institutionnels est évidemment indispensable. Mais le sens de cette participation n’est pas la même selon qu’on l’isole et qu’on en fasse quasiment une fin, même pour servir le peuple ou selon qu’elle « ne » fasse « que » ponctuer la progression du passage de la colère sociale à l’émergence de l’expression politique et à la capacité à transformer tout mouvement en pouvoir.

Dans le premier cas, la quête de crédibilité peut effacer la vision d’une exigence qui pour être immédiatement motrice, doit moins être adaptée au rapport de forces qu’aux aspirations intériorisées. J’en ai parlé plus haut.

Dans le second cas, c’est ce qui va advenir du mouvement populaire qui devient l’enjeu électoral.

Personnellement c’est ainsi que je lis « commencer par les fins » de Lucien Sève. Sans cela, le « réalisme » conduit à intégrer le consensus. Partons du principe que les responsables du PC ne sont pas des traîtres stipendiés par la C.I.A mais historiquement, ils (j’avais) ont substitué au Croiseur Aurore et à la prise du Palais d’Hiver l’enfermement dans une surévaluation institutionnelle.

…/…

 

Suite Zarka, sur le commuisme aujourd'hui (2)

Tag(s) : #Débats

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