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FrontdeGauche2-copie-1

Comme l'indiquent Roger Martelli et François Delapierre, le résultat des législatives renvoie à des phénomènes complexes. Il est très décevant et on aurait cependant tort d'en relativiser les raisons proprement politiques.

 

Deux problèmes sont apparus. D'une part, une réduction de l'apparition du FdG à une ligne contre le FN. Cette ligne "Front contre Front" était déjà fortement présente lors de la dernière semaine de la présidentielle. Elle n'est sans doute pas étrangère au résultat final moins élevé que celui annoncé par les sondages. Elle a trois inconvénients majeurs : d'abord, elle met encore plus le FN au centre du jeu politique, ensuite elle donne du grain à moudre aux analyses qui renvoient dos à dos FN et FdG, enfin elle oblitère fortement le fait que le FdG est porteur d'une alternative globale qui ne se réduit pas à la lutte contre le racisme, même si ce combat est tout à fait fondamental et c'est l'honneur du FdG de le mener sans fléchir.

 

Cette image "Front contre Front" a été amplifiée par la candidature de Jean-Luc Mélenchon (JLM) aux législatives, qui, si elle pouvait au premier abord apparaître comme un bon coup politique, a eu pour résultat de complètement déporter l'image du FdG en la réduisant à celle du combat contre le FN. Cela a été d'autant plus marquant qu'il n'y a pas eu de campagne nationale du FdG, mais une addition de campagnes locales. En l'absence d'une forte présence politique nationale, c'est, de fait, la campagne de JLM qui a servi de référent.

Le FdG n'est donc absolument pas apparu comme porteur d'alternatives et cela a été amplifié, second problème, par son absence face aux annonces gouvernementales. Au contraire, de multiples déclarations ont insisté sur le fait que la présence du FdG était nécessaire pour avoir une majorité de gauche, laissant ainsi entendre que le FdG en faisait partie et qu'il y avait un continuum entre les positions des uns et des autres. La ligne suivie a été de se laisser porter par la dynamique de l'élection de Hollande, espérant ainsi en profiter aux législatives.

 

Il était donc, dans ce cadre, assez naturel que la logique institutionnelle (3ème tour de la présidentielle) joue à plein et qu'une partie des électeurs du FdG à la présidentielle ait voté pour le PS (30 % suivant un sondage). Certes, comme le soulignent Roger et François, il est très difficile de s'extraire de la logique des institutions de la 5ème République. Cependant, on aurait pu penser que dans la dynamique impulsée par la campagne présidentielle de JLM, il aurait été au moins possible pour le FdG de réitérer un score à deux chiffres. Cerise sur le gâteau, les médias se sont régalés des bisbilles entre le le PC, le PG et le PS sur la répartition des circonscriptions, donnant ainsi du FdG une image politicienne qu'il n'avait pas auparavant.

Les législatives ont donc mis en évidence la difficulté du positionnement politique du FdG, et celui-ci ne sera pas simple dans la période. Il doit en effet éviter deux écueils : d'une part, la ligne NPA, qui, de fait, tire un trait d'égalité entre Sarkozy et Hollande, s'empêchant ainsi de peser sur les contradictions de ce dernier et s'isolant de l'espoir de changement que son élection révèle ; d'autre part, une ligne qui mettrait le FdG dans le sillage du PS en surestimant la portée de telle ou telle mesure, pour ne pas voir la logique de la politique menée. Dilemme bien connu entre le gauchisme et l'opportunisme. Voie étroite donc…

 

Autre difficulté, en l'absence de JLM à l'Assemblée, l'écho du FdG risque d'être beaucoup plus faible, ce d'autant plus qu'il n'y a pas d'élections avant deux ans et que les municipales risquent d'aboutir à un positionnement éclaté du FdG, les choses se réglant au niveau local suivant les rapports de forces et la présence, ou pas, des uns et des autres dans les municipalités. D'où, comme le dit François, la nécessité de s'appuyer sur les mobilisations sociales et citoyennes.

 

Le résultat global de la séquence électorale (présidentielle et législatives) est donc contrasté. La présidentielle a permis au FdG de franchir un saut qualitatif grâce à la campagne menée par JLM. Les législatives ne l'effacent certes pas complètement, car, comme le montre Roger, elles confirment le phénomène de renationalisation du vote pour le FdG. De plus cette séquence a permis que s'effectue enfin une recomposition politique à gauche du PS. Le FdG est la seule force à même de pouvoir contester la domination à gauche du PS. Les législatives confirment la marginalisation de l'extrême gauche et la satellisation d'EELV. Cependant, tout reste encore à faire pour que comme, le dit Roger, le FdG soit reconnu comme un recours… et cela ne se passera pas simplement en attendant que Hollande se plante.

 

Pierre Khalfa

Le 15 juin 2012

 

Voir http://www.humanite.fr/politique/roger-martelli-un-resultat-decevant-et-encourageant-499082 (R. Martelli) 

Tag(s) : #Débats

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