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Le sens sacré de la méritocratie

Si Nicolas Sarkozy fait fort dans le domaine, il faut reconnaître que la promotion des copains et des « fils de » n’est pas le propre de la droite, ni même de la Sarkozie. Mais le Président se distingue tout de même dans son application à faire de la méritocratie la pierre angulaire de son credo politique, tout en se vautrant, au sommet de l’Etat, dans le népotisme et le copinage le plus décomplexé.

« Je vous propose une République fondée sur le mérite et où chacun aura sa chance ! », promettait le Sarkozy de campagne. « Je crois aux vertus du travail, du mérite, de la récompense et de l’effort », renchérit-il depuis son élection, y ajoutant le désormais célèbre « Travailler plus, pour gagner plus ». On pourrait noircir des pages de ces sentences définitives basées sur la confiance dans la méritocratie, devenue leitmotiv présidentiel. Méritocratie ? Résumons : la méritocratie est l’idée que chacun peut atteindre une position sociale du fait de son travail et non du fait de la reproduction sociale, du capital économique ou encore des relations individuelles. Son application permet en théorie une mobilité sociale importante. Cette quasi-religion présidentielle est pour le moins intellectuellement limitée. Le discours sarkozyste s’essuie les pieds sur la plus élémentaire approche sociologique. Pierre Bourdieu le premier a introduit les notions de capital économique, social et culturel, dont les individus sont inégalement dotés. Ces inégalités sont autant d’obstacles à la méritocratie, qui apparaît alors aussi incantatoire que la formule « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». Alors regardons un peu au sommet de l’Etat.

Ludivine Olive a su saisir sa chance et bosse avec sa tata, Michèle Alliot-Marie. Plus direct, Pierre Bachelot a obtenu un poste de conseiller auprès de sa maman. Le fiston de Claude Guéant, un vague secrétaire général de l’Elysée, a arraché à la sueur de son front un poste chez Rachida Dati avant de rejoindre le cabinet d’Alain Marleix, secrétaire d’Etat aux collectivités territoriales. La cousine de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat aux anciens combattants, a sans aucun doute mérité son poste d’attachée de presse. Consuelo Remmert, la demi-sœur de Carla Bruni Sarkozy est allée chercher avec les dents un job à la cellule diplomatique de l’Elysée. Les « femmes de » sont aussi très présentes : Isabelle Barnier, femme de ministre de l’Agriculture émargeant chez Roselyne Bachelot, Laure Darcos, directrice adjointe de cabinet chez son ministre de mari… les exemples sont nombreux. Quant à Marie-Laure Harel, super-copine de Judith Martin, fille de Cécilia Sarkozy, son travail et sa ténacité lui ont permis de décrocher un poste de chargée de mission à la présidence de la république à 24 ans. Il faut dire qu’elle avait carrément une maîtrise de droit en poche (1). La liste exhaustive serait trop longue. D’un anecdotique mais révélateur Christian Clavier, qui mérite certainement une justice plus diligente que tout autre citoyen, dans l’affaire de sa villa occupée par des nationalistes Corses à un François Pérol, que ses amitiés présidentielles auront propulsé au sommet de la caisse d’Epargne-Banque populaire.

Mais pas d’inquiétude. Le président de tous les Français ne perd pas toujours le sens sacré de la méritocratie. Il sait le rappeler au bon peuple, quand celui-ci se laisse aller. Discours après discours, il encourage « les jeunes », « les fonctionnaires », « les Français les plus récents » ou encore « ceux qui n’ont plus d’espoir » à se retrousser les manches et à remettre au centre le mérite et le travail. Dans ce discours, en termes à peine voilés, ceux qui profitent du système feraient bien de se prendre un peu par la main pour « saisir leur chance ». R.D.

1. Lire Les chambres du pouvoir, Valentine Lopez et Géraldine Woessner, éd. du Moment.

Lire aussi : Méritocratie, tous notés ! http://www.regards.fr/article/?id=3996

Paru dans Regards n°61, avril 2009

Voir aussi Sarkoland- drôles de moeurs: le sens de l'amitié
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