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Déclaration en conférence de presse du jeudi 26 mars 2009


Bonjour,

 

Je suis Gaël de Peretti et voici Sébastien Lichtenauer, tous deux porte-paroles du Comité de défense de la statistique publique et voici Julie Herviant porte-parole de l’intersyndicale des statisticiens publics, c’est-à-dire l’ensemble des syndicats (CGT, CFDT, FO, Sud, CFTC, UGA-CGC) de l’Insee et des services statistiques ministériels. Tout d’abord, nous tenons à vous remercier d’avoir répondu présent à notre appel pour rendre compte de cette nouvelle journée de protestation des agents de la statistique publique contre le projet de délocalisation lancé par le gouvernement début septembre.

 

Sans refaire l’historique de cette affaire, je vous rappelle que finalement le contour du projet qui serait retenu par le gouvernement concerne environ 500 personnes du système statistique public, en provenance de la France entière, à mettre en regard des 1 000 statisticiens parisiens initialement prévus lors de l’annonce début septembre d’une délocalisation d’une partie de la statistique publique. Vous pourriez penser que nous devrions nous satisfaire de ce résultat, mais de fait, malgré une réduction conséquente du nombre de personnes concernées, ce projet fait toujours peser de très gros risques sur le système statistique public. Ces risques, nous les avons dénoncés dès le début, mais ils sont soulignés aussi dans la lettre introductive du rapport écrit par MM. Cotis et Duport, respectivement le Directeur général de l’Insee et le Vice-président du Conseil national de l’information statistique ; ils y écrivent, dans le rapport qui décrit le projet contre lequel nous nous battons actuellement, qu’il s’agit, selon eux, d’un projet dont  « l’opportunité […] ne va pas nécessairement de soi », que les expériences passées montrent que de telles opérations sont « source de coûts élevés et débouchent souvent […] sur des échecs » et qu’elles comportent « un risque élevé de perte d’expérience professionnelle et de capital humain » et de « dispersion des moyens et de perte d’efficacité » ; ils ajoutent qu’ « une opération de délocalisation à Metz sera difficile à conduire » et constituerait « un défi considérable » et que « les coûts humains et financiers d’un échec en cours d’opération seraient prohibitifs » pour l’Insee et les services statistiques ministériels. La pérennité de ce projet, s’il voyait le jour, est également loin d’être assurée, puisque, toujours selon le rapport de MM Cotis et Duport, « au-delà de la phase d’implantation, une telle opération ne va pas sans risques, au premier rang desquels le manque de soutenabilité dans la durée ».

 

De fait, la mise en œuvre de ce projet sera gourmande en moyens, tant financiers qu’humains. Un budget considérable, ainsi que l’énergie des agents, seront investis dans cette opération « d’aménagement du territoire » sans rapport aucun avec les missions de la statistique publique, au détriment sans doute de ces missions, et sans que pour l’instant il ait été apporté le moindre élément chiffré sur les bénéfices à en attendre pour la région d’accueil. Et cela à un moment où la statistique publique devrait en tout premier chercher à améliorer sa réponse à des besoins croissants et de plus en plus complexes de l’ensemble de ses utilisateurs. Ceux-ci ne sont pas aujourd’hui tous satisfaits, faute de moyens qui permettraient de développer une offre de services suffisante. Dans ce contexte, mettre en place ce « projet de très grande ampleur et à hauts risques », c’est gaspiller les ressources de la statistique publique, et mettre en danger l’avenir de ce service public.

 

Si dans un premier temps, on ne pouvait voir dans ce projet qu’une mesure incohérente et une fois encore décidée à la va-vite par le gouvernement, il semble maintenant que cela relève plutôt d’une volonté de casser la statistique publique, et ce pour deux raisons. Premièrement, malgré les nombreuses mises en garde d’élus de tous bords, de chercheurs, d’universitaires, de responsables hiérarchiques du système statistique public lui-même, le gouvernement s’obstine à maintenir son projet. Deuxièmement, il y a depuis quelques mois, de la part des autorités politiques, notamment du gouvernement et du chef de l’État, une mise en cause systématique, publique et continue de la crédibilité, de la qualité et de la pertinence des statistiques élaborées par le système statistique public.

 

La dernière en date, du 20 mars 2009 provient du président de la République lui-même, dans un commentaire des prévisions conjoncturelles de l’Insee au conseil européen. Je cite : « Vous me demandez de commenter les nouvelles prévisions, pfffffffff. Vous n’en finirez plus de me poser la question, et moi de vous fournir des réponses. J’dis pas vous spécialement. Les prévisions sont révisées maintenant, on n’est plus dans un rythme mensuel, c’est quasi hebdomadaire. Et alors y’a un organisme qui annonce une prévision catastrophique, l’autre pour ne pas être en reste annonce une prévision plus catastrophique, mais le troisième en vertu… C’est-à-dire que les mêmes organismes qui n’ont absolument pas vu, venu voir la crise, comment peut-on leur faire le reproche, maintenant dans un concours extraordinaire à la…, le plus crédible étant celui qui annonce la plus mauvaise nouvelle, voilà. Donc Christine Lagarde et le premier ministre ont fait une prévision à -1,5 %, on peut pas dire que ce soit une prévision extraordinairement optimisme. Alors je propose que l’on révise, qu’on annonce une prévision très catastrophique, et puis ensuite l’Insee, en vertu de la prévision catastrophique du gouvernement va réviser elle-même (sic) les siennes pour être bien sûr qu’on plonge encore un peu plus… je ne suis qu’à peine ironique ». Désolé pour la longueur de cet extrait mais il est assez significatif des attaques contre l’Insee, qui se font en général sur deux fronts : la qualité du travail -les prévisions sont trop pessimistes - et l’indépendance – l’Insee révise dès que le gouvernement révise.

 

- Partie budget de la délocalisation

 

Concernant le budget de la délocalisation, je vous cite la conclusion de la lettre introductive de MM Cotis et Duport, on ne s’en lasse pas : « la réussite de ce projet de très grande ampleur et à hauts risques appelle un soutien constant et sans faille de la part des pouvoirs public. »

 

Or les premiers échos sur les négociations en cours entre la direction de l’Insee et le ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi sont plus que négatifs. Premièrement, elles ne sont pas près d’aboutir - au plus tôt ça sera l’été 2009 – alors que le projet doit s’achever fin 2011 et que les bâtiments qui devront accueillir le futur « pôle statistique » n’existent pas. Deuxièmement, une condition jugée plus que nécessaire à la réalisation de ce projet, le relèvement du plafond d’emploi, c’est-à-dire le fait de ne pas appliquer le temps du projet la règle de non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, serait refusée. Or dans les années à venir, l’Insee va devoir faire plus, avec une demande croissante de données au niveau local, liée entre autre à la décentralisation, à une demande forte au niveau national sur les inégalités, sur le chômage, à quoi s’ajoutent les demandes sans cesse croissantes de la commission européenne pour « monitorer » les Etats membres. Et face à cette demande, la statistique publique devra faire plus avec moins puisque la RGPP va lui faire perdre chaque année 150 emplois pour les 10 années à venir, soit 750 postes sur les 5 prochaines années à mettre en regard avec les 6 000 statisticiens aujourd’hui. Et en plus, elle devrait digérer une délocalisation conséquente d’une partie de ses agents. Voici une équation qui paraît bien insoluble, sauf à réduire drastiquement les missions de l’Insee.

 

Ajoutons, pour finir ce tableau, qu’avant même d’être vraiment bouclé, le projet occasionne déjà des dégâts sur notre fonctionnement : la Direction prévoit la fermeture du site informatique d’Aix d’ici fin 2011, avec les conséquences que vous pouvez imaginer sur la vie des agents concernés. De même, les postes qui devraient à terme partir à Metz ne trouvent plus preneur, en particulier dans le domaine des statistique de l’emploi. Enfin, les enquêteurs de l’Insee ont déclenché un mouvement social pour protester contre ce projet qui les priveraient d’une partie de leur travail avec la mise en place à Metz d’un centre d’appel, ce qui n’est pas sans conséquence sur les enquêtes en cours.

 

Comme nous vous le rappelions au début, ce projet est néfaste pour la statistique publique et son coût est exorbitant. Ces dépenses devraient plutôt être consacrées à répondre à la demande croissante de données adressée à la statistique publique. Même si les exigences financières étaient remplies, ce projet aurait, de toute façon, des conséquences fâcheuses sur les missions du système statistique public. Or dans le  contexte actuel, ce projet ne sera pas financé à hauteur des exigences de la direction de l’Insee. De ce fait, les conséquences seront vraiment désastreuses.

 

Pour toutes ces raisons, l’ensemble des agents est prêt à poursuivre ce mouvement et à faire tout ce qui sera nécessaire pour empêcher qu’une décision arbitraire, irréfléchie et inefficace puisse mettre à mal le système statistique public, et reste déterminé à défendre une statistique publique réellement indépendante, au service de tous, capable d’assurer pleinement sa mission de service public.

Voir la video de cette actio sur http://sauvonslastatistiquepublique.org/index.php?option=com_content&view=article&id=262&Itemid=81&lang=fr
Tag(s) : #Annonces et compte-rendus de réunions

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