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Christian Picquet

5 février 2008

Pire qu’une faute, c’est une trahison… Le vote d’un certain nombre de parlementaires de gauche, au Congrès de Versailles, ce 4 février, aura permis à Nicolas Sarkozy de s’affranchir du plus élémentaire respect de la souveraineté populaire.

L’analyse du scrutin est éloquente. Le total des voix ayant approuvé la révision constitutionnelle, sans laquelle il n’était pas possible de faire avaliser le traité de Lisbonne par la simple voie parlementaire, s’établit à 523. Soit 22 voix en dessous de la majorité requise des trois-cinquièmes de l’Assemblée des députés et sénateurs. L’appoint de 40 votes venus de la gauche (17 députés socialistes et PRG, 15 sénateurs PS et Verts, 8 sénateurs PRG et divers gauche), conjugué à l’abstention ou au refus de vote d’autres, aura donc permis à la droite UMP, aux centristes et aux non-inscrits de franchir l’obstacle sans encombre, bien qu’ils ne disposent pas du nombre d’élus légalement nécessaire. En revanche, et selon un calcul effectué sur son blog par Jean-Luc Mélenchon, si tous les parlementaires de gauche présents avaient dit « non » au projet gouvernemental - comme l’ont d’ailleurs fait, avec courage, 30 sénateurs et 91 députés socialistes, la totalité du groupe sénatorial communiste et la quasi-totalité des membres du groupe de la Gauche démocratique et républicaine du Palais-Bourbon -, leurs suffrages, additionnés à ceux de 14 souverainistes, auraient permis de franchir de six voix le total requis pour atteindre la minorité de blocage des deux-cinquièmes. Faute de blanc-seing, car c’est bien de cela qu’il s’agit, le chef de l’État eût alors été contraint d’en passer par la procédure référendaire. La démocratie n’eût pas été victime de ce sinistre coup de force…

La suite est, hélas, d’ores et déjà connue. Dans un environnement où la censure médiatique n’aura jamais été aussi lourde depuis les premières années de la V° République - au temps où l’ordre gaulliste s’imposait à tout un pays avant d’être littéralement désintégré par Mai 68 -, l’Assemblée nationale va se prononcer, dès ce mercredi, sur le fond de l’accord intergouvernemental européen. Cela se fera de nuit, autrement dit en catimini. Le Sénat suivra immédiatement. La droite et les dirigeants du PS se prononceront à l’identique. Tout aura été réglé avant la fin de la semaine. Et les marchés auront, sans coup férir, marqué un point supplémentaire contre le monde du travail.

Voilà un événement qui devra rester dans les mémoires, tant il est lourd de signification. D’abord, parce que le comportement honteux d’élus dont la formation s’était engagée à tout mettre en œuvre pour aboutir à une consultation populaire, bafoue la décision du peuple, singulièrement de la grande majorité des électrices et électeurs de gauche, qui avait voté « non », le 29 mai 2005, à un document dont la philosophie régressive se retrouve entièrement dans le nouveau texte européen. Ensuite, parce qu’il confirme la disparition de l’opposition parlementaire de gauche, au moment précis où un Jacques Attali, chaleureusement approuvé par la Commission de Bruxelles pour son orthodoxie ultralibérale, exhorte Sarkozy à rendre irréversibles, en quelques mois, les contre-réformes suggérées par son rapport.

Dans ce désastre, il n’est qu’un élément positif : la gauche du « non », quoique handicapée par ses échecs des deux années écoulées, aura su reconstituer son unité dans une bataille aussi symbolique qu’essentielle. Le résultat n’aura d’ailleurs pas été sans importance, comme en auront témoigné le succès militant des meetings organisés un peu partout, celui du rassemblement de la Halle Carpentier à Paris, le 2 février, ou encore celui de la manifestation organisée aux portes du Congrès de Versailles. Voilà qui, au passage, infirme les analyses intéressées selon lesquelles sa campagne commune de 2005 n’était qu’affaire de circonstances.

Cette gauche du « non » saura-t-elle rebondir sur ces retrouvailles, trouver les moyens de prolonger sa nouvelle convergence dans une action conjointe à l’occasion des échéances politiques et sociales qui s’annoncent, travailler à la reconstruction d’une gauche véritablement de gauche, trouver une crédibilité à la hauteur des urgences de l’heure en devenant force politique ? Toute la question est là. Il nous appartient de travailler à ce que la réponse fût positive.

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Tag(s) : #Débats

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