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http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/120908/pcf-pour-une-force-politique-nouvelle

L'historien Roger Martelli, membre du Conseil national du PCF et codirecteur (avec Clémentine Autain) du mensuel Regards, prône une convergence de «toutes les forces qui ne veulent ni du sarkozysme ni du blairisme: des communistes, des écologistes, des militants de l’extrême gauche, des républicains, des féministes, des anticonsuméristes, des syndicalistes, mais aussi des socialistes qui ne croient pas que socialisme et libéralisme soient compatibles» pour refonder la gauche française à la manière de Die Linke en Allemagne.

 Je reste persuadé que la référence au communisme est utile. Dans un monde déréglé par l’omnipotence de la norme privative, par la loi inexorable des marchés et par la frénésie du capital financier, le parti pris critique du communisme me semble plus moderne, paradoxalement, qu’il y a un siècle et demi, quand deux jeunes intellectuels allemands écrivaient Le Manifeste du parti communiste. S’adapter aux normes du système, essayer de les réguler à la marge me paraît avoir perdu toute signification : si l’on veut transformer l’ordre des choses, il faut critiquer les mécanismes qui le produisent, les dépasser jusqu’à imposer d’autres valeurs, d’autres normes, d’autres méthodes pour « faire société ». C’est pour cette raison que je persiste à me dire communiste. En fait, je ne connais pas de mot plus simple pour exprimer l’exigence de mise en commun et de partage qui sourd de la société actuelle.

 Mais si communiste je veux être, je ne saurais l’être dans la seule répétition. Pour que le communisme vive, doit-il conserver la forme dominante qui a été la sienne après 1917 ? Je ne le crois pas. Il ne suffit plus de redire la leçon du communisme d’antan : il convient de le refonder, de la cave au grenier. Et le faire dans le cadre d’une refondation qui dépasse le cadre du seul communisme. Des forces critiques, il n’en manque pas, depuis que, nous disait-on, le soviétisme s’est effondré et que « l’Histoire est finie ». La lutte salariale ne s’est pas démentie, malgré les graves défaites du mouvement ouvrier dans le début des années 1980. Les combats des «sans» (sans-logis, sans-papiers, sans-emploi…) se sont multipliés. Les refus des dominations et des carences démocratiques de nos sociétés se sont épaissies. L’écologie politique bien comprise combat à sa façon les gaspillages de la concurrence « libre et non faussée ». Les peuples d’Amérique latine cherchent des voies pour se libérer de la tutelle nord-américaine. Le mouvement altermondialiste distille, depuis des années, l’idée juste que le monde n’est pas une marchandise. Les communistes ne sont pas seuls à se dresser contre le vieux monde.

 Tout cela additionné fait un vaste mouvement anti-système, quelque chose qui, potentiellement, a aujourd’hui la force critique qui fut hier celle du mouvement ouvrier. Peu importe ici les mots pour désigner cette potentialité et els contenus de son action : «multitude», «anticapitalisme», «antilibéralisme»… L’essentiel est dans la force critique, le désir d’alternative, la passion de l’émancipation. Le problème est que, à la différence du mouvement ouvrier de jadis, ce mouvement critique peine à s’imposer dans l’espace politique.

En France, la sensibilité de souche révolutionnaire n’a jamais été politiquement minorée, comme elle l’est dans de nombreux pays occidentaux. Dans la plus grande partie du XXe siècle, elle a même été dominante à gauche. Entre 1945 et 1978, le PCF a exprimé électoralement, à sa façon, le poids de cette tradition. À partir de 1981, il a été distancé par le Parti socialiste de François Mitterrand. Depuis, sa force militante a persisté, mais son poids politique s’est minoré, jusqu’à la marginalisation. Peut-il aujourd’hui réenclencher, à partir de ses propres bases, une dynamique qui lui redonnerait sa place d’hier ? Je crois totalement utopique cette idée. Utopique et dangereuse. Parce que, si le PCF s’est affaibli, sa place politique n’a pas été occupée par d’autres. Pendant quelques décennies, il a tenu deux exigences en même temps dans l’espace politique : celle d’une gauche ancrée dans la subversion vraie, dans la volonté de rompre avec l’omnipotence du capital, dans le désir d’une société transformée jusque dans ses racines économico-sociales ; celle d’une gauche à vocation majoritaire, qui ne se contente pas de contester mais qui aspire à exercer, le plus vite possible, ses responsabilités pour aider à changer la société.

 Or que trouvons-nous aujourd’hui ? D’un côté un Parti socialiste qui a intériorisé les règles du jeu libéral, comme ses équivalents anglais ou allemand ; un PS qui, d’une façon ou d’une autre, quel que soit son leader va se recentrer. De l’autre côté, une extrême gauche dynamique et contestataire, mais qui, désespérant de rassembler toute la gauche, se contente de regrouper les « anticapitalistes ». Qu’il faille s’inscrire ouvertement dans la tradition révolutionnaire est une chose ; qu’il faille rassembler les forces les plus critiques, ce que j’appelle, moi, les « communistes », est une autre chose, nécessaire. Mais si l’on s’en tenait là, on laisserait le champ libre à un Parti socialiste « social-libéralisé », on accepterait de n’être rien d’autre que l’aiguillon de majorités vouées à l’adaptation social-démocrate.

 Il ne faut pas renoncer, fût-ce un instant, au rassemblement de la gauche tout entière sur un projet transformateur de gauche. Pour cela, il faut que convergent durablement toutes les forces qui ne veulent ni du sarkozysme ni du blairisme. Toutes : des communistes, des écologistes, des militants de l’extrême gauche, des républicains, des féministes, des anticonsuméristes, des syndicalistes, mais aussi des socialistes qui ne croient pas que socialisme et libéralisme soient compatibles, comme le suggère le maire de Paris.

 Toutes ces forces éparses  doivent désormais faire force politique, au singulier et non au pluriel, et le faire durablement et non de temps à autre, à l’occasion d’une manifestation ou d’un meeting. Un peu comme le font les Allemands de Die Linke, qui ont su bouleverser la donne tranquille du social-libéralisme d’Europe du Nord-Ouest. L’expérience des dix dernières années montre que nous pouvons nous aussi bousculer le train-train du bipartisme, si et seulement si nous sommes rassemblés. Nous avons convergé en 2005 et le «non» au référendum sur le Traité constitutionnel européen l’a emporté ; nous nous sommes dispersés en 2007 et la gauche radicale a fait au mieux la moitié de son score de la décennie précédente.

 Si les militants communistes comprennent que leur combat n’a plus de sens hors de cette convergence, s’ils admettent que le communisme ne reprendra des couleurs que dans cette reconstruction collective à gauche, ils peuvent rompre le cycle du déclin. Sinon, ils devront se résoudre, soit à être les supplétifs du PS pour avoir des élus, soit à courir derrière la radicalité nécessaire mais trop courte de la LCR. Pour ce qui me concerne, je ne suis pas devenu communiste pour cela.

Tag(s) : #Débats
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