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 L’esprit d’association entre égaux assure la confiance mutuelle 

Le Front de gauche souffre d’une contradiction qui pourrait sembler rédhibitoire. Il est là pour appeler les citoyens à prendre le pouvoir et ses militants à prendre l’initiative, à rassembler pour lutter sur les lieux de vie et de travail. Et il s’est constitué en haut comme un cartel de partis et d’organisations. Dans l’enthousiasme des présidentielles, cette contradiction a été surmontée. Un peu partout sont apparues des assemblées citoyennes qui ont perduré le temps de législatives. Nous avions un programme en commun. Un candidat en commun qui a su l’expliquer, l‘argumenter et le populariser. Une force nouvelle est apparue, ou réapparue, sur la scène politique française. Et il y a de bonnes raisons de penser qu’elle compte bien plus dans l’opinion publique que les 7 % que lui accordent les législatives, et que le vrai repère n’est pas ses 11 % présidentiels, mais bien les 15 % qu’un beau jour lui donnèrent les sondages. Il s’agissait des idées dont Jean-Luc Mélenchon s’est fait le porte-parole. C’est-à-dire une politique, ses raisons, ses justifications, dans des termes qui unissent les convictions communistes et celles d’une gauche radicale républicaine. Il s’est révélé dans cette campagne que les différences d’opinion s’étaient progressivement estompées. On a pu voir qu’une masse citoyenne, significative et diverse, se retrouvait dans les mêmes perspectives. Des centaines de milliers de personnes ont participé aux marches, aux meetings. Pour la plupart, de quelque façon des militants, sans être membres d’une organisation politique.

Mais vient l’heure du doute. Chacun comprend que le Front de gauche sera un acteur impuissant s’il ne sait pas rassembler cette force dans l’action sur tous les terrains. Comment maintenir vivant l’esprit des assemblées citoyennes? Comment trouver un mode d’organisation à la base qui inspire confiance à tous, un sentiment d’égalité et de responsabilité partagé, que l’on soit membre ou non d’un parti? Comment assurer un engagement dans le temps, un fonctionnement efficace? En réalité, nous n’avons guère le choix. Il n’y a qu’une solution. C’est la constitution d’associations locales, ouvertes à tous ceux et toutes celles qui veulent travailler dans le cadre des orientations du Front de gauche. La loi 1901 est assez souple pour que l’on trouve en chaque lieu la formule adaptée. On ne peut travailler ensemble sans des règles communes qui répartissent des droits et des devoirs. Et c’est cela, une association. Le Front de gauche n’est pas un parti. Il rassemble des organisations politiques qui n’ont nullement l’intention de fusionner. Et qui sont autant de trésors d’intelligence politique, des lieux de réflexion et de solidarité, qu’il est, pour longtemps encore, nécessaire de préserver. Le Front de gauche est une alliance au sommet. Il devra le rester, et même se renforcer et s’élargir encore, pour être capable de décision, de riposte, d’initiatives nationales et internationales. Mais il ne peut être à la base un simple rassemblement de bonnes volontés et de compagnons de route, ni de sections locales des organisations politiques. Des processus d’orientation et de décision laissant à celles-ci leurs prérogatives seront à mettre au point. Mais leur efficacité sera fonction de l’existence d’un vrai pouvoir en bas: d’un vrai désir et d’une vraie capacité de pensée et d’agir politique. Le Front de gauche s’est fondé en haut. Il doit maintenant se fonder aussi en bas, s’engager, fort de son identité, dans un processus, sans précédent mais parfaitement plausible, au point où nous en sommes, de refondation à partir du bas, sous forme d’associations locales. Sans rien détruire de ses composantes, précieuses, partis et autres, mais en les inscrivant sur un fond de filet associatif. L’esprit d’association entre égaux assure la confiance mutuelle et l’engagement militant dans le temps. Il est proche de tout ce qui invente et qui bouge. C’est à travers cette culture d’association que l’on trouvera la synergie avec le militantisme de masse qui se déploie autour de nous, le militantisme des syndicats et autres associations. Il ne s’agit pas de faire du Front de gauche une association. Il est une alliance de partis et d’organisations. Mais parce qu’il n’est pas un parti, il ne peut être rassemblé en bas que par un esprit et une pratique d’association. Adhérer à son association du Front de gauche locale, ce n’est pas adhérer à un parti. Ce peut être, ou non, un premier pas en ce sens. Mais c’est déjà s’engager dans le temps pour la cause commune. Être reconnu comme tel. Si le Front de gauche n’est pas capable de ce genre d’audace, le vide se peuplera rapidement de protestataires indignés mais impuissants. Les Indignados sont aussi des nôtres, ils font partie de la bataille. Mais, si l’on veut ébranler le capitalisme, le pouvoir de la finance, il faut faire plus: s’organiser du local au national et à l’européen.

Par jacques Bidet, philosophe.

 



lu sur l'Humanité du 13 juillet 2012

 

Tag(s) : #Débats

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