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frontdegauchenouveauLu sur http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=3669

Redressement : l’antichambre du renoncement ?

Réalisme nécessaire ou renoncement calamiteux, le nouveau ‘’volontarisme’’ de François Hollande tourne le dos aux ambitions sociales et écologiques précédemment affichées, sur fond de fuite en avant antidémocratique dans l’Union européenne.

Un remake du tournant de la rigueur, trente ans après 1983 ? A moins qu’il ne faille envisager un scénario pire. Au cours de son entretien sur Bouygues Télévision, dimanche 9 septembre, François Hollande a annoncé, selon Le Monde, « un plan de rigueur historique ». Le président a souligné que l’effort serait, cette fois, équitablement réparti, mais tout le monde a compris le signal : c’est parti pour deux ans de misères et de larmes avant d’hypothétiques jours meilleurs.

Au menu, donc, une profusion de réformes et de mesures, destinées au total à provoquer un « choc budgétaire », dont les résultats sont ainsi programmés : « redresser » le pays d’ici 2014, et dès 2013, ramener le déficit public à moins de 3 %. Pour cela, il s’agit d’urgence d’un côté de tailler massivement dans les dépenses publiques (à hauteur de 10 milliards d’euros), de l’autre de trouver de nouvelles recettes (20 milliards d’euros).

Tailler dans les dépenses publiques ? La recette est connue depuis… tant d’années. Certains sont pressés de faire l’exercice, telle Aurélie Filippetti, qui vient de détailler avec force précisions le coup de frein brutal à donner aux projets du ministère de la Culture. C’est une méthode de pilotage quand on ne sait pas quelle politique mener sans moyens : on voit beaucoup de projets arrêtés ou retardés, quelques-uns maintenus, mais on ne voit pas d’ambition culturelle. Surtout, en matière de dépenses, l’adversaire sera l’emploi public : comprimer la masse salariale de la Fonction publique est la condition de toute politique d’austérité, vu ce qu’elle représente dans la dépense publique globale. La Fonction publique territoriale, alors que les élus attendent des actes du nouveau gouvernement après des années de gels des dotations d’État, et la Fonction publique hospitalière, dont les besoins de financement sont immenses et augmenteront dans les prochaines années, seront en ligne de mire. On imagine ce que cela signifie pour les politiques locales et la qualité des soins.

La peur du pouvoir face à la finance

Tout semble se passer comme si les premiers responsables politiques, qui connaissent nécessairement les avertissements des économistes sur le risque d’aggraver la récession par les mesures d’austérité et la course aux 3 %, étaient convaincus de la nécessité d’une purge sociale ?

Du côté des recettes aussi, le gouvernement entend faire feu de tout bois, à partir du principe selon lequel ménages et entreprises devraient contribuer à « égalité ». L’égalité affichée pour appeler les ménages à de nouveaux sacrifices, le procédé n’est-il pas cynique ? Le projet de mettre en place, pour deux ans, une taxe à 75 % pour les revenus dépassant un million d’euros devrait concerner entre 2 000 et 3 000 personnes. Mais François Hollande a voulu rassurer (les riches) : « Il ne s'agit pas de chercher des ressources supplémentaires. Il s'agit de donner valeur d'exemple, de faire que ceux qui ont le plus peuvent dire à un moment : "Nous faisons un acte civique" ». Ces mots disent crument la peur du pouvoir face à la finance.

Par contre, le Président de la République a d’ores et déjà annoncé le prolongement du gel des barèmes de l’impôt sur le revenu, alors qu’il déclarait il y a quelques mois qu’il n’existe pas de disposition plus injuste. Ainsi, un contribuable dont le revenu a simplement suivi le niveau de l’inflation peut se retrouver dans le barème d’impôt supérieur car celui-ci ne suit plus le rythme d’évolution des prix. Loin d’être seulement une opération technique, cette décision rapporterait à l’État 3,4 milliards d’euros en 2013. Enfin, concernant le financement de la protection sociale, le Président de la République a indiqué qu’une hausse de la CSG n’était pas écartée, tandis que la Cour des comptes, elle, vient de proposer de taxer les retraités... On redoute le pire dans les prochains mois.

Plusieurs économistes, non des plus radicaux, se sont inquiétés au cours des derniers jours des effets délétères pour "la croissance" d’une telle politique budgétaire. D’autres, tel Jérôme Gleize, d’EELV, soulignent non seulement que les pays qui ont mené des politiques d’austérité ont souvent doublé ou triplé leur niveau de chômage sans avoir fortement réduit leur endettement, mais aussi que cette politique risque de tourner le dos aux exigences écologiques.

La légitimité même de la politique gouvernementale est en cause. Si gouverner, c’est prévoir, est-ce que gouverner en démocratie peut ignorer l’amplification des déchirures sociales ?

Les positions dures choisies par François Hollande sont annoncées alors même que se confirme la dégradation de la conjoncture nationale, européenne et mondiale. Tout semble se passer comme si les premiers responsables politiques, qui connaissent nécessairement les avertissements des économistes sur le risque d’aggraver la récession par les mesures d’austérité et la course aux 3 %, étaient convaincus de la nécessité d’une purge sociale. Mais n’est-il pas opportun, au contraire, d’envisager que la baisse des hypothèses de croissance ait un impact sur la politique gouvernementale ? N’est-ce pas le bon moment pour réinterroger les objectifs de baisse du déficit, leur ampleur et leur programmation, et - oyons fous - la priorité à la réduction de l’endettement sur toute autre ? Force est de constater qu’au contraire, l’exécutif semble à ce jour de plus en plus fermé à l’idée de desserrer l’étau de l’austérité. Ce qui conduit à interroger la légitimité même de la politique gouvernementale. Si gouverner, c’est prévoir, est-ce que gouverner en démocratie peut être ignorer l’amplification des déchirures sociales ?

L’affaire PSA aura peut-être refroidi les illusions sur les intentions du gouvernement. Il a en effet agi comme si, en cette rentrée, il avait fallu tuer dans l’œuf l’espoir d’une résistance conjointe des salariés et de l’État aux décisions d’une entreprise. Ainsi le terme de redressement prend un sens précis : Arnaud Montebourg a souligné, lors de la remise du rapport de l’expert nommé par le gouvernement, Emmanuel Sartorius, la nécessité d’une « restructuration de Peugeot ». Le redressement n'est en l’occurrence rien d’autre que l’aménagement (peut-être) négocié d’un plan de licenciements. Sommes-nous ainsi dans une logique d’ajustement structurel, comme ceux qui furent mis en oeuvre dans les pays d’Amérique latine dans les années 80 ? Et voilà l’État réduit à demander à négocier pour limiter la casse sociale.(1)

Autre exemple emblématique, celui de Sanofi, géant français du médicament numéro 5 mondial des entreprises pharmaceutiques) dont un plan de structuration poursuit le laminage, avec cette fois le sacrifice des sites de Toulouse et Montpellier. Les salariés viennent une nouvelle fois d’exprimer massivement leur colère devant la politique du groupe, qui sacrifie parmi les dernières capacités importantes de la France dans la branche. Le délégué central de la CGT, Thierry Bodin, a souligné que si le gouvernement n’intervient pas dans un cas pareil, «il n’a plus qu’à aller se coucher », exigeant la tenue d'une table ronde tripartite - État, entreprise, acteurs sociaux - pour mesurer ensemble « la distribution des dividendes et les soi-disant problèmes de production ». Car le groupe Sanofi a réalisé, en 2011, 9 milliards d'euros de bénéfices. Si le gouvernement n’intervient pas au titre de la santé publique, c’est bel et bien que le souci de l’intérêt général est désormais un ‘‘programme’’ hors des logiciels gouvernementaux.

Et voilà les questions qui fâchent, celles qui passent sous la table derrière les polémiques sur le diagnostic ou sur telles et telles mesures… Avec une telle orientation économique de fond, que devient la possibilité de mener des politiques en faveur de l’égalité ? Quid des politiques qui devraient, par exemple, rompre avec l’abandon des quartiers populaires, avec la déshérence du monde rural ? De l’effort nécessaire pour la transition énergétique ? De la lutte contre les inégalités abyssales et les fractures territoriales qui bousillent la société ? Des ambitions pour une société donnant une autre place aux handicapés et aux vieux ? Des investissements dans la recherche fondamentale et l’innovation, ces "priorités" du gouvernement

Reste un versant à relier au mouvement d’ensemble : le problème de la démocratie dans l’Union européenne. La volonté d’imposer l’adoption du nouveau traité européen par la voie parlementaire, dès le mois d’octobre, est confirmée en France. Or, ce traité fait l’objet d’un débat contradictoire dans la société, et des forces sociales et politiques significatives considèrent qu’il ne doit pas être adopté. Certains journaux, comme Le Monde, s’amusent à regarder qui, favorable au non au Traité constitutionnel européen en 2005 est aujourd’hui favorable au TCSG, et inversement. Mais ils minimisent que la Confédération européenne des syndicats (CES), favorable aux précédents traités, est opposé à celui-ci, que les parlementaires socialistes sont nombreux à y être opposés, que les parlementaires écologistes le sont majoritairement aussi, de même que tous ceux du Front de gauche. Ils passent rapidement sur les enquêtes d’opinion qui indiquent un souhait majoritaire d’être consulté par référendum. Or, là aussi, le pouvoir s’apprête à imposer le point de vue libéral à la société. Encore une confirmation que l’actualité politique pose le problème global d’un autre avenir.

Gilles Alfonsi, 14 septembre 2012

(1). Voir la déclaration de François Asensi, député de Seine-Saint-Denis sur le site www.communistesunitaires.net

Tag(s) : #Débats

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