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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 13:47

Jacquerie.jpg

 

Lu sur http://www.regards.fr

Dans les urnes, une jacquerie se prépare

Analyse, par Catherine Tricot| 9 février 2012

Alors que la campagne de la présidentielle entre dans sa dernière ligne droite, le paysage politique reste très incertain. Le scénario ne ressemble en rien aux prédictions : le duel Sarko/DSK n’aura pas lieu et même un second tour Sarko/Hollande n’a rien de sûr. À la faveur de la crise globale qui inquiète chacun, le système va-t-il se mettre à « tournebouler » ? Une jacquerie se prépare-t-elle dans les urnes ?

Cela fait longtemps que les réponses politiques laissent insatisfaits bon nombre d’électeurs et qu’augmente l’abstention. De fait, le bipartisme n’est pas parvenu à s’imposer. Mais, en général, les partis dominants dominent. Il y a des exceptions. Il y eut le précédent de 2002. La qualification de Jean-Marie Le Pen n’était pas la seule caractéristique de ce scrutin. Le faible total des deux« grands » candidats définissait également cette élection : 35 %. En 2005, contre les choix des grands partis, des médias et des forces économiques, le Non emportait la consultation sur le traité européen. Le peuple surprenait, ne se laissait pas dompter. En 2012, une réplique paraît. Elle pourrait associer les catégories populaires et une partie des classes moyennes.

Les ingrédients sont connus : sentiment d’impasse à l’échelle nationale et européenne avec promesses d’austérité à long terme, reculs sociaux, hausse du chômage et montée des inégalités. Loin de se représenter l’alternance UMP/ PS comme une guerre – dixit Bernard Acoyer –,les Français pensent majoritairement que cela ne changera rien sur les sujets qui les inquiètent.

Alors que les citoyens commencent à s’intéresser au débat de la présidentielle, les sondages enregistrent le recul des deux principaux candidats et une montée, voire une poussée, de ceux qui sont perçus comme des alternatives. Le PS souffre moins de cette désaffection et reste crédité d’un haut score au premier et surtout au second tour face à Sarkozy. François Hollande capitalise sur son nom une bonne part du rejet du Président sortant. Mais il n’emporte pas l’enthousiasme. Eva Joly semble définitivement plombée par cette alliance à contretemps avec un PS qui ne fait pas rêver. Ses électeurs la quittent, les soutiens d’EELV sont déstabilisés par une stratégie de coucou se logeant dans le nid du PS. Choix incompréhensible qui semble privilégier des arrangements de parti ou personnels au détriment d’un projet alternatif.

Au-delà du bipartisme

On veut autre chose. Mais on ne sait pas quoi. À gauche, cet autre choix s’appelle Jean-Luc Mélenchon. Sa stratégie de fort en gueule, qualifiée parfois de populiste, entre en résonance avec une France de gauche qui veut se dresser sur la table ou la renverser. Le candidat du Front de gauche a réussi à laver son passé d’homme de l’establishment qu’il fut pour porter le langage et le geste de la révolte contre les puissants, les inégalités. Il ravive une histoire populaire et trouve les mots pour parler de la colère et de la souffrance. Il cible Marine Le Pen et parle ainsi à ceux qu’elle attire. Quoi qu’il en pense, il est aussi perçu comme un homme relativement seul – le Front de gauche c’est lui – donc libre. Il n’est pas tenu par des contingences d’appareil de parti. Et cette liberté crédite son positionnement antisystème, son engagement alternatif. Où s’arrêtera le soutien qu’il engrange ? La France rouge est au pire autour de 10 %, normalement autour de 15 % et dans les bonnes années autour de 20%. Il a de la marge. Féru d’histoire, il sait que ce sont dans ces racines que se trouvent ses meilleurs arguments pour conforter ses ambitions. Mélenchon peut viser haut.

Pour François Bayrou, c’est la même histoire…et exactement l’inverse. Il est quasiment le plus libéral en économie, au point d’être épaulé par Alain Madelin ; il soutient fermement la construction européenne. Il est en fait l’orthodoxe de la campagne. Il adhère à tout ce qui aujourd’hui échoue et est rejeté. Mais son image, sa position, est dominée par sa liberté d’homme seul, sans accroche dans le système. Il incarne même le courage de celui qui refusa, il y a dix ans, de se laisser enfermer dans le bipartisme voulu par Chirac avec la création de l’UMP. Pour une droite qui ne digère pas le style Sarko, fait de vulgarité et de valorisation de l’argent, d’inculture et de violence, Bayrou est un antidote. Il pourrait bien devenir la vraie alternative à droite au Sarkozysme. Ce peut être sa chance. Sa progression dans les sondages crédibilise cette autre voie. Si elle se conforte, elle pourrait embarquer tous ceux qui, à droite, ne veulent pas voir la gauche l’emporter. Elle séduit les indécis qui entendent son offre de rassembler le meilleur des deux camps. Elle parle à tous ceux qui veulent que ça bouge, qui ne croient plus à la continuité du système mais qui ne veulent pas d’aventure. Vers un duel Hollande/Bayrou ? Impensable il y a quelques mois, l’hypothèse devient sérieuse. Ancien compagnon de Sarkozy dans l’aventure Balladur, on sait les proximités idéologiques qui les relient ; on peut penser qu’ils trouveront aussi le chemin pour régler la question des frégates. Décidément Bayrou a bien des atouts.

Enfin, Marine Le Pen est la quintessence du pétage de plombs en préparation. Honnie de tous, elle propose des solutions radicales. La France a dans son histoire, dans sa culture, bien des ferments qui peuvent alimenter le courant d’extrême droite. Marine Le Pen sait les retrouver, leur redonner une actualité. La détestation du cosmopolitisme se nomme sortie de l’Europe et de l’euro, haro sur l’immigré et préférence nationale. L’antisémitisme n’est plus focalisé sur les Juifs mais sur d’autres sémites, les Arabes. Elle jouit d’une audience dans les milieux populaires abandonnés par la gauche et ses politiques FMI-compatibles. Comme Mélenchon et Bayrou, Marine Le Pen est libre de tous enjeux de préservation d’intérêts de partis, de postes… Cette liberté favorise là encore l’expression d’une forte personnalité qui contraste avec l’univers gris et déshumanisé de la technostructure inattaquable.

Une jacquerie se prépare. Parce qu’il y a de l’exaspération… et qu’existent des candidatures qui lui donnent corps. Quelle forme prendra-t-elle ? À qui profitera-t-elle ? On ne le sait pas. Mais elle pointe, sûrement.

Par Joël Allain - Publié dans : Débats - Communauté : RECONSTRUIRE LES GAUCHES
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