Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

ICANFrance

LETTRE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE


Monsieur le Président,

Notre pays, la France, est invité comme l’ensemble des États de la Planète, à une conférence internationale à Oslo les 4 et 5 mars prochain pour traiter des « Conséquences humanitaires des armes nucléaires ».

Cette conférence inédite fait suite aux interventions d’un nombre croissant d’États sur ce sujet d’actualité, lors de la Conférence d’examen de mai 2010 du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, puis lors du premier comité préparatoire à la Conférence d’examen de 2015 et enfin lors de la première commission de l’Assemblée générale en 2012.

Les 64 organisations du collectif français de la Campagne internationale pour abolir l’arme nucléaire (ICAN) sont attentives à la participation de la France à cette conférence et au rôle moteur qu’elle pourrait y jouer en s’engageant dans un processus international visant à l’interdiction des armes atomiques.

Cependant, à l’heure d’aujourd’hui, il semble que notre pays n’ait pas encore répondu positivement à l’invitation du gouvernement norvégien, malgré la participation annoncée de plus de 120 pays, dont 35 de nos partenaires européens.

Vous comprendrez, Monsieur le Président, que l’absence de notre pays à cette conférence n’est pas envisageable. Si tel était le cas, quel mauvais signal enverrions-nous au monde et notamment aux gouvernements des 184 pays non dotés de l’arme atomique qui s’inquiètent de la menace que les seules neuf puissances nucléaires font peser quotidiennement sur leur population.

La France ne peut rester sourde à ces appels, et se cantonner dans une position de non-réponse pouvant être considérée comme une attitude de mépris à leur égard. Vous ne pouvez rester sourd non plus aux inquiétudes de l’opinion publique française qui s’interroge sur la manière dont le gouvernement ferait face à une attaque ou un accident d’origine atomique militaire.

De nombreuses études montrent que personne n’est à l’abri des conséquences de l’utilisation volontaire ou accidentelle des armes atomiques. C’est également vrai pour les quelque 65 millions de Français dont votre gouvernement a la responsabilité. Un État, comme la France, qui envisage des frappes nucléaires doit envisager d’être une cible de frappes ennemies. La « dissuasion » doit en effet considérer le cas de son échec, et donc d’une réplique nucléaire. Aussi, les ONG de la campagne ICAN souhaitent connaître quelles sont les dispositions prises dans chacun de nos départements pour assurer la sécurité de nos concitoyens dans une telle situation ?

La conférence d’Oslo sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires devrait mettre en évidence ces risques inacceptables. Nous considérons qu’il y a urgence à développer la coopération et la négociation entre les États pour abolir les armes nucléaires dans l’intérêt des populations.

Nous refusons comme vous l’émergence de tout nouvel État nucléaire. Mais nous n’oublions pas non plus que les plus graves dangers aujourd’hui proviennent des quelque 20 000 têtes nucléaires existantes, dont les 2 000 en état d’alerte, et non des hypothétiques nouvelles bombes atomiques de demain. C’est pourquoi nous en appelons à la responsabilité de tous les États, à commencer par les puissances nucléaires dont notre pays fait malheureusement partie.

C’est bien d’une sécurité globale dont les peuples ont aujourd’hui besoin. C’est pourquoi la très grande majorité des États ont renoncé à la menace atomique. Aujourd’hui, notre pays a tout à gagner à s’engager à son tour dans cette voie pour prévenir toute velléité de prolifération. Poursuivre l’argumentation de la nécessité de l’arme atomique pour assurer la sécurité de la France demeure une incitation permanente à la prolifération.

Nous attendons un engagement ferme de la France sur ce dossier et nous vous demandons de confirmer sans tarder la participation de notre pays à la Conférence d’Oslo. La vingtaine de citoyens français qui participera à la Conférence de la société civile, en amont de la conférence des États, est disposée à rencontrer la délégation officielle française.

Dans cet espoir, veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de nos meilleurs sentiments.

Pierre Villard

Coordinateur du collectif ICAN - France

Tag(s) : #Tracts, déclarations et pétitions

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :