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Fase 2011

Lu sur lafederation.org

Pourquoi s'en prendre aux étrangers... pauvres ?

Le bilan de ce gouvernement et du Président de la République est inavouable : le chômage frappe plus fort que jamais, il sanctionne encore davantage les seniors privés du droit à la retraite. Le bilan du « travailler plus » se traduit par une augmentation du chômage de 36% depuis 2008. Au nom de « la dette », cette majorité se prépare à imposer une règle : « travailler plus pour gagner moins ». Tout cela a un seul but : payer une rente à vie aux détenteurs de la soi-disant dette.

Sarkozy apparaît comme le fondé de pouvoir de Merkel, prêt à se soumettre à toutes les exigences de la finance allemande et de ses experts dogmatiques. Les plans d'austérité succèdent aux plans d'austérité. La soumission aux « marchés » succède aux capitulations devant les banques.

Bref, le Président des riches, accompagné de ses sbires, ne peut étaler son bilan désastreux dans le débat public. Alors, le larbin en chef du sarkozysme, l'homme des mauvais coups, le ministre d'un intérieur réduit à la xénophobie d'État, relance la « chasse aux étrangers ». Ces derniers deviennent les « fraudeurs aux prestations sociales » alors que tout le monde sait que cette « fraude » est quasiment impossible à définir et à chiffrer. Le fichier des étrangers serait croisé avec celui de la CAF transformée en auxiliaire de police. Là aussi, les chiffres sont trompeurs : en mars 2010, une enquête de la CNAF avait pointé la surreprésentation des immigrés et de leurs descendants dans les minima sociaux, qui sont les plus contrôlées des allocations. Guéant veut mettre en place un outil dont la principale fonction sera de stigmatiser les étrangers. Les gains hypothétiques seront, de toute façon, très limités (et loin des 2 milliards annoncés par des médias aux ordres du pouvoir, pour exciter « le bon peuple »).

Mais Guéant va plus loin dans l'abjection. Il propose de limiter le nombre d'immigrés légaux, sans préciser la catégorie qu'il va réduire : Les réfugiés ? Les étudiants ? Peu importe ! Cette proposition, qui risque de lui valoir la censure du Conseil d'État, ne se traduira pas par des mesures précises.

Tout l'intérêt réside dans l'effet d'annonce qu'un tel discours produit, dans le climat de méfiance qu'il provoque vis-à-vis des étrangers « qui volent les sous des Français ». Marine le Pen ne s'y est pas trompée quand elle a remercié Claude Guéant. Libération ne s'y est pas trompé non plus en écrivant : « Guéant c'est la voix de Le Pen ». Et ce ne sont pas les cris d'orfraie d'Estrosi - un frère jumeau de Guéant - ou la compassion d'Apathie - le lèche-bottes parlant de la souffrance du pauvre Guéant traité de Le Pen - qui y changeront quelque chose. Guéant est celui qui est chargé par toute la droite de répandre une idéologie xénophobe digne de celle des années 30.

Combien d'hommes de droite, « républicains » ou « gaullistes », ont protesté contre l'attribution de la légion d'honneur à Élie Denoix de Saint Marc, officier putschiste en 1961 ? La prudence électorale exige le silence !

Il ne s'agit pas seulement d'une manoeuvre électoraliste destinée à s'assurer les voix des électeurs FN, voire à ouvrir la voie à un accord politique avec l'extrême-droite « modernisée ». Il s'agit d'une perspective stratégique à plus long terme, visant à fonder les bases d'un état autoritaire. Désigner les étrangers comme boucs émissaires, c'est les ranger au rang des ennemis de la communauté nationale, c'est donner une explication à la crise en les désignant comme coupables.

Avec ce discours xénophobe, la droite veut construire une mobilisation populaire à son profit. Cette stratégie fut appliquée dans les années 30 par les ancêtres de nos libéraux : on désigne l'étranger comme corrupteur des valeurs nationales qui seraient la principale protection du peuple dans la guerre économique.

Désigner les fraudeurs parmi les pauvres, c'est permettre à tous de les identifier : ils sont proches. Tout le monde en connaît... On peut les sanctionner parce qu'ils n'ont pas beaucoup de moyens pour se défendre... Il peut y avoir des résultats visibles par tous.

Dans un deuxième temps, cette proximité permettra aussi de s'attaquer à tous les fraudeurs quelle que soit leur origine. On commence par les étrangers, on continue par les pauvres, les jeunes, toutes les classes dangereuses...

Ce faisant, on occulte les évolutions oligarchiques et antidémocratiques qui accompagnent le traitement libéral de la crise. Puisqu'il s'agit de gérer la rente de quelques privilégiés, un contrôle démocratique est superflu voire nocif, mais on n'ose pas le dire aussi clairement.

Au bon peuple : les jeux du cirque de la chasse aux étrangers, avec de moins en moins de droits. A l'élite : le pouvoir. Voilà ce que la droite nous propose comme avenir.

Derrière un anti-sarkozysme, bien légitime mais insuffisant, la gauche doit savoir désigner ses ennemis : les 1% qui accaparent les richesses, les 50 entreprises qui détiennent 40% des biens produits dans le monde et 58% de toutes les entreprises de la planète, ceux qui s'enrichissent de l'appauvrissement de la majorité et de la misère des plus pauvres.

Ils doivent payer pour les mesures sociales d'urgence nécessaires, en faveur de ceux qui subissent leurs politiques libérales.

L'heure n'est pas aux demi-mesures !

Tag(s) : #Editorial

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