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Julien Lauprêtre, président du Secours populaire, tire la sonnette d’alarme : "Il faut sauver l'aide européenne alimentaire" !

 

Julien Lauprêtre à la conférence du 15 octobre 2012 sur l'avenir du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD).

Le Secours populaire, la Croix-Rouge, les Banques alimentaires et les Restos du coeur tirent la sonnette d’alarme : l’aide européenne alimentaire est menacée ! Les associations se sont réunies, lundi 15 octobre, pour avertir qu’elles ne pourront pas faire face à la hausse des besoins en nourriture si l’Union européenne ne remplace pas le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD), dont la suppression est prévue pour janvier 2014. Les quatre associations lancent une mobilisation citoyenne pour sauver l'aide alimentaire européenne.
Julien Lauprêtre, président du SPF, également présent, répond à nos questions :

Pourquoi cette mobilisation ?
Nous sommes les quatre associations françaises habilitées à distribuer la nourriture du PEAD. Ensemble, nous interpellons l’opinion publique sur la menace que représente la fin de ce dispositif. Actuellement, sans cette aide humanitaire, 18 millions d’Européens, dont 4 millions de Français, n’auraient pas les moyens de manger toute l’année. Ne pas prolonger le PEAD, qui coûte seulement 1 euro par citoyen et par an, serait injuste, inhumain et ridicule.

Quelle est la part du PEAD dans l’aide distribuée par les associations ?
Il représente une part très importante. Un seul chiffre : en 2011, 130 millions de repas ont été distribués en France grâce au PEAD. Cela représente entre un quart et la moitié des denrées données par les associations. Instaurée en 1987, cette aide humanitaire a permis à des millions d’Européens pauvres et précaires de se nourrir. Elle contribue à ce que l’ensemble de la population européenne puisse manger à sa faim, conformément aux objectifs des Pères fondateurs.

La Commission cherche-t-elle à créer un successeur au PEAD ?
Oui, mais pour le moment rien n’est entériné. Le successeur du PEAD devra être adopté à l’unanimité par les 27 Etats membres. Ensuite, nous sommes très inquiets des pistes suivies par la Commission. Le schéma sur lequel elle travaille prévoit la baisse de près d’un tiers des ressources accordées aujourd’hui aux associations. Les dotations tomberaient ainsi de 480 millions à 360 millions d’euros par an. De plus, ce mécanisme servirait aussi à l’aide locative, vestimentaire, etc. Il ne prendrait donc pas en compte la priorité absolue que représente l’aide alimentaire.

Que demandez-vous aux pouvoirs publics ?
Dans les prochains jours, la Commission européenne va officialiser ses propositions. Nous revendiquons la préservation du mécanisme de solidarité et nous demandons que l’Union européenne porte son aide alimentaire à 640 millions d’euros par an, afin de répondre à l’ampleur des besoins. Pour cela, nous appelons à la mobilisation de tous les gens de cœur, des élus à tous les niveaux et des institutions européennes.

Les besoins augmentent ?
La misère et la pauvreté ont gagné du terrain depuis le début de la crise économique. Cet été nous avons collecté des tonnes de nourriture pour répondre à l’appel à l’aide d’une association espagnole qui avait distribué toutes ses vivres à cause de l’explosion du chômage de l’autre côté des Pyrénées. En France aussi, les besoins augmentent fortement. Il y a seulement trois ans, près de 2 millions de personnes se présentaient à nos permanences d’accueil, de solidarité et de relais santé. En 2011, leur nombre est passé à 2,5 millions. Les catégories les plus en difficultés sont les femmes seules avec enfants, les travailleurs pauvres, les immigrés et - ce qui est particulièrement douloureux - de nombreux retraités qui ont travaillé toute leur vie.

Observez-vous un élargissement de la crise ?
Nos bénévoles accueillent des catégories sociales qu’ils n’avaient pas l’habitude de voir : artisans, petits commerçants et même d’anciens cadres. Il y a eu aussi 150.000 jeunes qui ont poussé les portes du Secours populaire, l’année dernière. C’est pourquoi le SPF réunit 300 jeunes, venant de plusieurs pays européens, à Dole, dans le Jura, du 26 au 28 octobre, afin de réfléchir à une manière de mettre en place des actions de solidarité tournées vers eux.

Propos recueillis par olivier Vilain

La disparition programmée d’un système d’aide humanitaire

Créé en 1987 sous l’impulsion du mouvement associatif, le Programme européen d’aide alimentaire aux plus démunies (PEAD) permet à 18 millions d’européens vivant sous le seuil de pauvreté, de s’alimenter. A travers le PEAD, l’Union européenne met à disposition des Etats membres qui le souhaitent, ses stocks agricoles issus de la Politique agricole commune (PAC), principalement des céréales et du lait. Le PEAD représente 480 millions d’euros par an.

En France, ces stocks sont réceptionnés par un établissement public, FranceAgriMer, qui utilise ces matières premières comme monnaie d’échange auprès d’entreprises agroalimentaires, qui fournissent en retour des tonnes de semoule, de farine, de plats préparés et toute une gamme de produits laitiers aux quatre associations habilitées à les distribuer (Croix-Rouge française, Banques alimentaires, Restos du cœur, SPF).

Les réformes de la PAC ont peu à peu réduit les stocks agricoles, obligeant la Commission européenne à utiliser aussi des fonds pour maintenir le niveau de l’aide humanitaire. Une pratique contestée par plusieurs gouvernements, au premier rang desquels celui de Berlin, qui a obtenu, fin 2011, la fin du PEAD pour janvier 2014.

Depuis, la Commission européenne tente de mettre en place un remplaçant au PEAD. Les associations veulent la poursuite de ce système d’aide, mais aussi qu’il soit doté des moyens suffisants pour faire face à l’ampleur des besoins, qui ne cessent d’augmenter avec la crise économique.

Tag(s) : #Tracts, déclarations et pétitions

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