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FrontdeGauche2
 

Pendant la dernière campagne présidentielle, j’ai souvent eu à l’esprit un rapprochement avec 1981.

 

La gauche aurait dû gagner en 1974, il a fallu attendre 1981. La gauche aurait dû gagner en 2007, il a fallu attendre 2012.

 

Il y avait beaucoup de monde, enthousiaste, dans les meetings de G. Marchais, comme en 2012 avec Mélenchon. De même la couverture médiatique[1], qu’il a fallu conquérir durant la première partie de la campagne, a été assez bonne, en 2012 comme en 1981. Dans les deux cas, notre candidat a fini par être considéré comme un « bon client » par les journalistes de Cour et par les autres. Evidemment c’est une ambiguité, qui s’est retrouvée amplifiée aux législatives.

 

En 81, nous avions un programme qui bien qu’affadi par son « actualisation », restait le plus avancé qui ait jamais été porté au pouvoir sous la Cinquiéme. Le tournant 1982-1983 a sonné l’abandon de cette tentative de rupture et l’alignement sur le courant mondial dominant en matière économique et sociale (marqué par le couple libéralisation et financiarisation) : au passage, c’est bien ce mouvement initié en 80 par Reagan et Thatcher, et amplifié ensuite notamment en France sous la droite et le PS (Delors/Bérégovoy en sont les acteurs les plus visibles) qui est à l’origine de la crise d’aujourd’hui.

 

Peuple très politique, les Français avaient bien senti le problème : il avaient voté pour le programme commun actualisé mais avait affaibli le courant politique qui pouvait en être le garant : le Pcf, ramené à 15% de voix, 4-5 points au dessous de son étiage antérieur.

 

C’est toujours aujourd’hui le potentiel du Front de gauche (Fdg), sous réserve qu’il rassemble toute la gauche de la gauche, hors les franges d’extrême gauche. Le niveau atteint cette fois-ci, 11%, constitue donc un bon score mais encore loin de ce potentiel et, surtout, de ce qu’il faut pour atteindre la crédibilité gouvernementale nécessaire pour conduire le changement, d’où notre fragilité face au vote utile. Cela dit, le plus important dans le résultat 2012 est sans doute la « renationalisation » du vote Fdg par rapport au vote Pcf qui subissait un lent repli sur des « bastions » de plus en plus menacés. Un nouvel astre politique commence sans doute à rayonner.

 

Nous avons donc remis « la marche avant » après 30 ans de marche arrière, cela ne doit pas être sous estimé. Cela explique sans doute que certains journalistes ou politiques ont aujourd’hui du mal à parler « Front de Gauche ». Leur langue hésite souvent entre « communistes », « parti de gauche », « extrême gauche », « gauche radicale »…Il est toujours dur d’accepter la vraie nouveauté.

 

Sur les 3 phases de la campagne, je partage avec d’autres l’analyse suivante sur la présidentielle :

 

§       phase 1 : il fallait crever le mur des médias, j’interprète ainsi l’attitude abrupte de JLM vis à vis des journalistes, et cela a assez bien réussi ;

§       phase 2 : la meilleure, celle des propositions ; elle a souffert néanmoins des limites du travail programmatique de fond préalable, c’est un point important pour la suite. L’ « Humain d’abord » est, il faut le reconnaître, court sur certains sujets importants. En outre il y a eu un manque de portage sur certains points décisifs, notamment la nécessité d’une sixième République, malgré la Bastille…[2]

§       phase 3 : « Hollandréou » et la polarisation sur le FN, ou les illusions feintes ou réelles face à nos possibilités de conquête[3], ce qui s’est retourné contre nous en favorisant le vote utile.

 

Aux législatives, le Fdg et ses propositions ont disparu en tant que tels au profit de 577 campagnes locales, le tout à l’ombre de la bataille d’Hénin-Beaumont.

 

Cette dernière était nécessaire car il fallait démystifier le FN, et mettre en valeur le fait qu’il se nourrit avant tout de la crise et des faiblesses des autres forces politiques, en l’espèces des dérives clientèlistes du PS local, mais aussi de la droitisation de l’UMP sarkozyste, et de la faiblesse de la gauche de gauche[4]. Sans cette opération, Marine LP serait peut-être députée aujourd’hui, vu l’étroitesse du résultat.

 

Les campagnes locales ont à mon avis permis de limiter les dégats là où nous avions des sortants, même si cela n’a pas été suffisant vu la force de la vague portant le PS aidé localement par la droite au premier tour, et la volonté délibérée de ce dernier de mettre le paquet sur les circonscriptions à sortant communiste[5] ou PG.

 

Par contre, l’affirmation de l’identité du Fdg aurait dû être portée par une campagne nationale qui aurait permis de valoriser les acquis de la phase propositionnelle des présidentielles. Je ne comprends d’ailleurs toujours pas le pourquoi de ce manque…Poids excessif des élus sortants, qui ne voulaient pas être gênés dans leur campagne locale ? Problème de moyens ? Décalage idéologique paralysant entre les sensibilités communistes, républicaines sociales, écologistes et trostkystes au sein du Fdg, en l’absence d’un candidat fédérateur?…autre explication ?

 

Ce dernier point est important pour la suite. Je ne partage pas la critique contre la notion de Révolution citoyenne, certains préférant « un nouveau Front populaire ». Cette dernière proposition résonne historiquement mais sent un peu le recyclage. Par ailleurs le Citoyen me paraît devoir être un personnage central pour l’avenir, même si nous ne sommes pas en Amérique latine. L’« homme nouveau » est mort, tué par le soviétisme, et aujourd’hui par le cours pris par des pays comme la Chine, le Vietnam voire même bientôt Cuba sous Raul.

 

Avec le « tournant libéral » suivi par la social démocratie et l’effondrement du « camp socialiste » tout ceci appartient au passé mais ne doit pas être perdu de vue. Ce qu’on appelle le « silence des intellectuels », qui, à quelques exceptions près, a encore été assoudissant lors de la dernière séquence électorale, relève de cette situation historique lourde.

 

Il y a donc un travail programmatique, évoqué plus haut, mais aussi idéologique, à faire pour le Fdg afin de clarifier certaines positions[6]. Cela passe évidemment par des débats rigoureux entre ses diffférentes composantes, dont la diversité est source de richesse mais aussi de fragilité.

 

La place des militants du Fdg n’appartenant formellement à aucune des composantes reste aussi à définir.

 

Le vote récent des Français est clair. Il est marqué par :

 

§      l’acceptation par une partie de l’électorat de la droite républicaine de certaines positions anti républicaines (par ex., la volonté d’exclusion d’une partie de nos concitoyens d’origine immigrée[7]) reprises par Sarkozy et ses fidèles ;     

§      la mécanique institutionnelle qui produit un « effet de souffle » considérable[8] des résultats des présidentielles sur les législatives, aggravé par le mode de scrutin législatif[9] , efficacement utilisé à court terme par le PS(« une majorité pour le Président ») ;

§      une intériorisation par le peuple de l’inéluctabilité des sacrifices à faire, ce qui se comprend avec le matraquage orchestré de tous côtés sur ce sujet depuis longtemps, et cela va évidemment perdurer, pseudo-réussite du modèle allemand à l’appui.

         

Aujourd’hui, la situation n’est en effet pas pré révolutionnaire malgré la violence des circonstances en Europe. De toutes façons, la révolution ne se décrète pas. L’histoire nous montre qu’elle dépend d’un événement déclencheur, dans les circonstances appropriées[10], il convient donc d’en préparer l’éventualité, pas de l’invoquer en permanence, clochette à la main.

 

Dans un contexte de basculement mondial vers les pays émergents, nous sommes face à la plus grave crise européenne depuis la Libération. A l’évidence économique et sociale, elle est aussi politique,

§       en France, avec un système de représentation dont la ridicule injustice est patente (6 millions de voix font deux députés, 4 millions de voix font 10 députés, etc..),

§      en Europe aussi, puisque toutes les solutions imaginées par les gouvernants pour résoudre la crise conduisent à un déssaisissement des peuples souverains. Rousseau, reviens !

 

Entre Saint Empire romain germanique relooké pour le 21 éme siècle et superstructure de contrôle politico-bureaucratique, Hollande, en acceptant contrairement à ses annonces de campagne, le traité budgétaire Merckozy est de moins en moins social mais aussi de moins en moins démocrate, comme ses camarades européens, ni plus ni moins. Pas étonnant donc que son Premier Ministre n’ait pas grand’chose à annoncer de gauche, hormis le sociétal, dans son discours de politique générale. Restent les hausses d’impôt et l’affaiblissement des services publics hors secteurs prioritaires.

 

La tentation pourrait être de se réfugier dans les luttes sociales et d’attendre l’échec d’Hollande. Ce serait une grave faute, les luttes étant toujours d’autant plus fortes qu’elles s’inscrivent dans une perspective de réformes positives.

 

Malgré sa moindre présence au Parlement, le Fdg doit donc tout faire pour augmenter sa crédibilité de force pour lutter mais aussi pour gouverner. Faute de quoi, dans les années qui viennent, les Français n’auront le choix, comme dans d’autres pays d’Europe, qu’entre une droite dure liée à l’extrême droite ou une ressucée  droite modérée-centre mou au besoin alliée à une partie des sociaux démocrates. Face à cette éventualité, le pire est à craindre[11].

 

Il convient donc :

 

§       d’être ouvert aux convictions sincérement de gauche de la masse des électeurs et militants PS/EELV et autres en dialoguant, en collaborant avec eux chaque fois que possible sans ambiguité sur le fond[12];

§       de soutenir l’action du gouvernement actuel pour tout ce qui va dans le sens du changement de gauche;

§       de travailler sur le fond nos propositions en intégrant le neuf (nouvelle situation mondiale, menaces sur la planète);

§       de rester ferme sur certains sujets, à l’encontre du matraquage politico-médiatique précédemment évoqué.

 

Pour être concret, trois exemples (non exhaustifs) de propositions positives:

 

§       sur le nucléaire civil et la réindustrialisation, pousser le débat citoyen vers la nécessaire planification écologique, ce qui implique sans doute un référendum, malgré les limites de ce mode de consultation ;

§       sur le nucléaire militaire, pousser le débat sur l’utilité réelle et le coût de la bombinette, 4 milliards par an, voilà une économie sur la dépense publique qui mériterait  mieux que le couvercle vite remis sur les déclarations récentes de Rocard ou le livre récent d’un ex-ministre PS de la Défense[13];

§       sur le Grand Paris, défendre clairement et sans ambage les moyens financiers que doit y consacrer l’Etat, priorité pour répondre aux besoins immédiats des habitants de notre métropole.

 

Si le Fdg conserve sa cohérence actuelle dans la diversité et maintient son ouverture à toute la gauche et aux écologistes il y a lieu d’être optimiste.

 

Tout en s’investissant dans les luttes aux côté des forces syndicales, c’est cela « ne rien lâcher », en toute responsabilité et en toute autonomie.



[1] Couverture n’est pas soutien…

[2] C’est une posture classique du mouvement ouvrier et démocratique, notamment depuis Lénine: il faut détruire l’Etat bourgeois, donc inutile de le réformer…alors que notre Etat actuel porte l’empreinte de certaines conquêtes démocratiques qu’il faudrait au contraire valoriser ;

[3] Arriver en tête de la gauche…dépasser le FN… ;

[4] Qui, elle, ne considère pas que le FN pose les bonnes questions ;

[5] J’ai rencontré plusieurs fois sur le marché de Malakoff des militants PS venant de localités de droite du 92, où il y avait mieux à faire pour la gauche ;

[6] JLMélenchon a commencé pour sa part à l’accomplir, interrogé sur Cuba ou sur la Chine, ou dans les meetings sur le rapport Europe- Méditerranée-Afrique,  ou sur certaines questions touchant au droit du travail par exemple;

[7] Le slogan le plus fréquent des meetings du FN était : « on est chez nous » ! (curieusement peu repris dans les medias).

[8] Amplifié par la personnalisation médiatique. On notera à ce sujet que le mot d’ordre « Résistance », face aux très indigents « Nicolas président » ou « François président » était de ce point de vue très bienvenu pour faire la différence au fond;

[9] Mettre les deux élections le même jour aggraverait le phénomène et n’améliorerait que le taux de participation aux législatives sans redonner son caractère central (comme dans toute l’Europe sauf en France) à cette élection.

[10] Quand ceux d’en bas ne veulent plus, quand ceux d’en haut ne peuvent plus ;

[11] A part Franco, les fascismes des années trente sont arrivés au pouvoir par la voie électorale avec l’aide de gouvernements dépassés par les évènements;

[12] Ceci sera d’autant plus naturel que le Fdg saura très précisément où il va et ce qu’il veut et comment.

[13] P. Quilès, Nucléaire, un mensonge français.

 
Tag(s) : #Débats

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