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Le bilan de nos choix stratégiques.

Examinons d’abord la question de nos choix stratégiques dans la période 2002 2007. Après l’échec de la gauche plurielle, nous avons ambitionné au 32ème congrès de « révolutionner la gauche » par l’irruption des citoyens et des citoyennes dans le débat politique. Nous avons multiplié les initiatives en ce sens. Avec les forums, tout en menant le combat contre la politique du gouvernement Raffarin, nous avons cherché à développer la dynamique populaire et citoyenne qui est nécessaire pour poser les bases d’un véritable changement dans notre pays. Au 33ème congrès, sur la base de la victoire du 29 mai, nous nous sommes fixés pour objectif de rassembler, jusqu’à des candidatures communes, les antilibéraux.

Cette recherche d’une concrétisation politique du rassemblement était attendue et pourtant cette expérience s’est conclue par un échec. Un échec causant déception et colère chez les acteurs de cette initiative. Je vois pour ma part trois causes majeures à cet échec.

La première est liée à la sur-estimation de notre capacité à transformer la dynamique du « NON » en une adhésion populaire à un projet véritablement alternatif. Une partie de l’électorat de gauche, tout en disant non à l’Europe libérale, ne s’est pas retrouvée dans la construction et les objectifs de rassemblement antilibéral.

La deuxième tient à la réalité des choix politiques des forces venues du Parti socialiste et de la majorité de la LCR. Les uns après avoir fait le choix de la synthèse au Mans ont hésité participant de ce fait au rétrécissement de l’arc politique rassemblé. Les autres ont fermé la porte très rapidement au mouvement pour une candidature unique par désaccord politique. Dès lors, le rassemblement que nous voulions construire est apparu réduit alors même que montait en puissance la campagne de Ségolène Royal. Et dans ce cadre nous sommes apparus à notre corps défendant relégués à la gauche de la gauche.

La troisième tient à l’absence d’accord sur la candidature unitaire. Soyons franc : si nous avons défendu ma candidature pour des raisons de fond, derrière ce débat pointait aussi pour nous comme pour tout nos partenaires en permanence la question du lendemain de la présidentielle, de l’éventuelle recomposition. Et dans cette situation, nous avons été amenés à faire le choix politique d’une candidature communiste de rassemblement.

Cette expérience condamne-t-elle notre ambition de rassembler toute la gauche sur un projet apte à vraiment changer la vie telle que nous l’avions décidée au congrès ou s’agit-il de l’échec de sa mise en oeuvre ? Le débat est à mener pour l’avenir de notre stratégie de rassemblement, j’y reviendrais.

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Devons-nous appeler communisme cette perspective ?

Nous le savons. Aujourd’hui, ce mot, cette idée même de communisme sont contestés, voire même rejetés, y compris par des hommes et des femmes partageant beaucoup de nos combats. Et cela pour plusieurs raisons.

D’abord, le poids de l’échec du « socialisme réel ».

La chute du mur de Berlin n’a pas débarrassé le communisme d’un boulet, comme certains d’entre nous ont pu le croire. Le passé continue de faire peser sur notre combat l’image d’un engagement sans avenir, porteur d’une faillite économique, sociale et démocratique. Nous n’avons pas réussi à nous dégager de cette expérience aux yeux d’une partie de notre peuple.

Que l’on me comprenne bien ! Alors que nous pensions avoir réglé cette question à travers des condamnations, des innovations idéologiques, stratégiques, une modification réelle de notre démarche, du fonctionnement de notre parti, nous sentons bien dans nos rapports avec les hommes et les femmes qui nous entourent, avec les jeunes qui sont à la recherche d’un projet de société, que le poids est là.

Est-ce irrémédiable ? La question de changer de mot, et donc du nom de notre parti est-il le moyen efficace pour lever cet handicap ? La question est ouverte. Elle devra être débattue comme les autres. Mais à mon avis, cela ne résoudra pas les deux principaux problèmes auxquels nous sommes confrontés, en lien avec cette notion de communisme :
 D’abord, nous devons travailler à l’identification claire de cette visée dans les conditions d’aujourd’hui, en faisant encore la clarté sur ce qui nous sépare radicalement des expériences passées et aussi ce qui nous interroge dans les expériences actuelles.
 Deuxièmement, et c’est aujourd’hui l’essentiel, nous devons questionner la pertinence et la lisibilité de notre projet, la perception qu’en a notre peuple, l’image de notre parti aujourd’hui. Nous avons durant tous nos derniers congrès travaillé sur des propositions alternatives, sur un programme et sur la visée communiste.

Ce travail a été riche, et il serait erroné de penser que tout serait à refaire. Je crois pouvoir dire que sur toute une série de questions nous sommes très avancés par rapport aux débats actuels.

Mais tout ce travail se traduit-il en un projet crédible et qui fasse sens ? Un projet émancipateur moderne ?

Ainsi, une première question nous est posée : ce projet peut-il se développer dans le cadre de la mondialisation et de l’Europe libérale actuelle ? Combien de citoyens ai-je vu en effet opiner à nos propositions et repartir avec une seule idée en tête : c’est impossible dans le monde actuel !

Combien sont conscients que les grands problèmes de l’Humanité, la faim, l’environnement, l’eau, le travail nécessitent des actions mondiales mais doutent de la capacité des peuples à imposer des solutions ?  

Combien pensent que les multinationales, les institutions financières détiennent un tel pouvoir qu’il est impossible d’y faire face ?

La crédibilité de notre projet dépendra de notre capacité à apporter des réponses convaincantes à ces questions et créer de nouveaux espaces d’interventions au niveau national comme international.

Autre question : beaucoup ont le sentiment que notre projet ne concernerait que les plus touchés par la crise et qu’une frange de la population. Je vous rappelle ce que je viens de dire sur l’état de la société et le sentiment que tout tire vers le bas. N’apparaissons nous pas comme accompagnant ce mouvement plutôt que de rechercher comment chacun peut trouver sa place et réussir en société ?

Sur des questions mises au cœur du débat par la droite et qui sont présentes dans la réalité, comme la sécurité, l’immigration, avons nous suffisamment mené le débat d’idées à partir certes de nos valeurs et des solutions réelles, mais aussi en cherchant à cheminer à partir du vécu et de l’opinion des hommes et des femmes qui nous entourent ?

Quelle société voulons-nous les communistes ? Face à toute cette insécurité, cette précarité, quelle société de droits, de garanties ? Face à cette fragmentation, quelle conception de la place de l’individu, de son parcours personnel dans le cadre d’avancées collectives ? Bien sûr il faudrait prendre d’autres exemples sur la conception que nous avons du monde, le partage des pouvoirs, des savoirs des avoirs, le féminisme comme vecteur d’émancipation humaine...

Ce que je veux dire, c’est que lorsque Nicolas Sarkozy dit « travail, mérite, réussite, autorité, ordre » ; qu’entendent nos concitoyens du parti communiste ? Ils entendent beaucoup de propositions mais ils n’entendent pas les moyens et le sens que l’on veut donner à la société. En fait, n’avons-nous pas à nous débarrasser de l’image qui nous colle à la peau d’une force de passé pour incarner l’ambition d’une société qui va de l’avant et colle bien aux aspirations et aux possibilités d’aujourd’hui ?

L’avenir de notre organisation

Alors comment envisager l’avenir de notre organisation ?

Tout doit être examiné, réexaminé, sans tabou ni a priori. Plusieurs idées sont émises, comme celle de décider la création d’un nouveau parti, de le dépasser pour en fonder un avec d’autres à l’exemple de Die Linke, d’affirmer l’existence du PCF comme un préalable à tout débat sur cette question, ou bien encore de réfléchir, cela me semble une voie, à partir du potentiel du parti communiste, à ce que pourrait être une force communiste aujourd’hui ?

Mais est-ce que cette question est un préalable ? Ou ne doit-elle pas plutôt venir en conclusion des réponses que nous pourrons apporter à l’ensemble des questions que je viens de poser, auxquelles s’ajoutent celle de l’organisation même de notre activité politique ?

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Le rassemblement et les alliances

Posons-nous également la question du rassemblement et des alliances. Nous avons placé les questions du rassemblement populaire, de rassemblements politiques majoritaires, au cœur de nos conceptions stratégiques. Pour trois raisons : d’abord, nous avons opté pour une transformation démocratique de la société qui suppose le rassemblement permanent de majorités ; ensuite, nous croyons à la primauté de l’intervention populaire pour garantir les changements espérés ; enfin, parce que nous ne sommes pas des partisans du tout ou rien, que nous savons que le dépassement du capitalisme sera un processus, nous voulons donner au peuple les moyens politiques d’engranger toutes les avancées sociales et démocratiques dès lors qu’elles paraissent possibles.

Jusqu’à présent, n’avons-nous pas construit nos choix stratégiques que dans le cadre d’une alliance en tant que privilégiée avec le Parti socialiste, ou dans celui d’une gauche antilibérale elle même minoritaire alors que nous affirmons vouloir faire bouger toute la gauche ? Faut-il poursuivre dans ces directions ? Ou devons-nous explorer d’autres voies ?

Ne faudrait-il pas aujourd’hui penser cette question du rassemblement à partir de l’exigence d’une force porteuse d’un réel changement qui compte dans le rapport des forces politiques, qui rayonne au niveau de ce projet parmi les hommes et les femmes de gauche et qui contribue avec d’autres à placer la gauche majoritairement sur une logique de transformation sociale ?

Dans la situation de division actuelle dans la gauche, toute stratégie d’alliance figée, avec des partenaires privilégiés à l’exclusion d’autres, quels qu’ils soient, ne présente-elle pas le gros handicap de renvoyer au second plan les questions de contenus et de majorité ? Poussons le débat.

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 texte intégral: http://www.pcf.fr/spip.php?article1719

 

 

Tag(s) : #Débats

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