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Bulletin du courant UNIR à Gauche de la LCR

Battre la droite !

Refonder une gauche !

Par Christian Picquet

Si c’était simplement une défaite, les électrices et électeurs de gauche pourraient encore se dire, comme à l’accoutumée, que l’heure de la revanche viendra avec l’échéance électorale suivante. Mais c’est d’une nouvelle déroute que vient d’accoucher ce premier tour des élections législatives.

Avec un peu moins de 39% des suffrages exprimés, la gauche,toutes composantes confondues, réalise son plus mauvais résultat, à un scrutin de ce type, depuis cinquante ans, exception faite de la débandade qui avait sanctionné, en 1993, le mitterrandisme finissant. Le taux d’abstention record, s’il désigne opportunément les limites de la légitimité dont pourra se prévaloir la future majorité UMP de l’Assemblée nationale pour démolir conquêtes sociales et droits politiques, représente aussi un terrible réquisitoire pour une gauche incapable de mobiliser les classes populaires, et même de reproduire la polarisation anti-Sarkozy du second tour de la présidentielle.

Certes, ce 10 juin, le Front national aura-t-il mordu la poussière ; mais c’est au seul profit d’une UMP qui aura su récupérer, ou neutraliser, l’électorat populaire de l’extrême droite en recyclant le discours sécuritaire et identitaire de cette dernière. Bien sûr, le Parti socialiste peut-il afficher sa satisfaction d’avoir limité les dégâts et d’être devenu l’une des pièces maîtresses d’un bipartisme qui s’impose symboliquement avec le risque d’élimination du groupe parlementaire PCF et la quasi-disparition du Modem à l’Assemblée ; mais, moins encore qu’à l’élection présidentielle, il se sera montré en mesure d’incarner une offre politique alternative à la contre-révolution libérale dont les représentants du sarkozysme se seront voulus les hérauts. Sans doute, dans nombre de circonscriptions, les candidats et députés sortants communistes ont-ils mieux résisté que prévu ; mais, d’une législative sur l’autre, le déclin du PCF se confirme, menaçant à terme ses dernières grandes implantations municipales.

Incontestablement, les autres composantes de la gauche radicale enregistrent-elles souvent des scores non négligeables, à commencer par notre organisation, la LCR, qui progresse notablement au regard de ses résultats de 2002 ; mais elles auront à peine pu exister dans le débat électoral, de sorte que les commentateurs ne retiennent généralement que le recul du nombre de leurs électeurs par rapport au 22 avril. Seuls, au final, quelques dizaines d’accords unitaires illustrent ce qu’aurait rendu possible un accord national de toutes les forces antilibérales ou, à tout le moins, un nombre significatif d’ententes départementales ; mais leur atomisation, d’une extrémité à l’autre du territoire, laisse plutôt l’impression qu’une nouvelle opportunité a été gâchée…

Mêmes raisons, mêmes effets… amplifiés

Comme pour la présidentielle, cette défaite n’avait rien d’inéluctable. Dans un pays où près d’un électeur sur deux, le 6 mai, avait encore manifesté son refus déterminé d’une droite de régression totale, la vague bleue aurait pu être contenue. Il eût fallu que la principale expression de la gauche, le Parti socialiste, ne se situe pas dans le strict prolongement de la campagne de Ségolène Royal et que son état-major, pour mobiliser les électeurs, ose revendiquer l’objectif de combattre fermement Sarkozy et sa politique. Deux conditions inenvisageables pour la rue de Solferino, engagée qu’elle se trouve dans un processus la conduisant à une rupture avec sa propre histoire.

Plus que la débâcle que promettaient les sondages, plus que l’effondrement idéologique qui avait permis la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, plus que la faillite morale qui venait de voir une série d’éminences du mitterrandisme rallier avec armes et bagages le gouvernement Fillon, une seule chose aura paru préoccuper les « éléphants » : savoir qui dirigerait le parti sur les cinq années à venir, et qui porterait ses couleurs… en 2012 ! Quant à mettre l’hôte de l’Élysée en échec, comment auraient-ils pu seulement en envisager la perspective, alors que c’est au gouvernement de Lionel Jospin que l’on doit la présidentialisation accrue des institutions, grâce au quinquennat et à l’inversion du calendrier électoral ?

Cette campagne aura ainsi représenté la confirmation du scrutin précédent. Non seulement, les dirigeants socialistes se révèlent dans l’incapacité de répondre aux attentes du monde du travail, mais une Ségolène Royal, autant d’ailleurs qu’un Dominique Strauss-Kahn, se contentent de tirer pour seul enseignement de leur échec qu’il faut pousser les feux de la mutation prétendument moderniste de la vieille social-démocratie. Ils entendent lui permettre de trancher ses derniers liens à la tradition socialiste et au mouvement ouvrier, substituer une stratégie d’alliance au centre aux unions de la gauche d’antan, transformer leur formation en un outil aussi performant à cette fin que ne le fut le New Labour à la conquête du pouvoir par Tony Blair en Grande-Bretagne. Si les scénarios menant à ces objectifs ne manquent pas - d’une transformation « à l’italienne » diluant la socialdémocratie dans une force de centre gauche, à la refondation du PS sur une ligne d’adaptation sans fard au libéralisme, en passant par l’idée d’un parti de toute la gauche se disposant pour des alliances au centre -, la tendance est bel et bien celle-là. C’est à un changement historique de conformation que cela conduit la gauche tout entière. Sans que les forces antilibérales, rendues impuissantes par les logiques de concurrence qui auront prévalu entre elles depuis l’échec de la tentative d’aboutir à des candidatures uniques pour cette séquence électorale, ne s’avèrent actuellement en situation d’ouvrir un début d’alternative…

La reconstruction commence maintenant

Un vaste chantier s’ouvre. C’est à la reconstruction d’une perspective porteuse d’espoir qu’il importe de s’atteler sans attendre. Cela passe, dans les jours qui nous séparent du second tour de ces législatives, par un engagement déterminé à limiter les dégâts, à mobiliser pour assurer la défaite du maximum de candidats sarkozystes. Le 17 juin, dans chaque circonscription, pas une voix ne doit manquer à la candidature de gauche en situation de battre la droite (ou l’extrême droite lorsqu’elle reste en lice, comme c’est le cas avec Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais). Contenir au maximum la vague bleue qui menace de submerger le Palais-Bourbon, c’est aujourd’hui le premier maillon de la résistance qu’il convient d’opposer aux entreprises du nouveau pouvoir.

François Fillon nous a prévenus, dès le soir du premier tour : les mesures législatives qui seront adoptées dès l’été (sur les heures supplémentaires, la fiscalité, l’autonomie des universités, le droit de grève dans le secteur public, les régimes spéciaux de retraite, le regroupement familial et l’immigration…) ne seront que le prélude à une offensive généralisée contre ce qu’il demeure des grandes conquêtes populaires des soixante dernières années. La hausse qui se profile de la TVA, pour financer les cadeaux fiscaux consentis aux riches contribuables, ou les franchises médicales, annoncées aux dépens du droit du plus grand nombre à se soigner, se révèlent emblématiques d’une volonté de remodeler de fond en comble la société française, d’approfondir les inégalités et d’instaurer un véritable apartheid social. Dossier après dossier, secteur par secteur, au plan interprofessionnel dès que ce sera possible, c’est un large front uni qu’il nous revient de construire. Et la formation d’un comité de vigilance et de riposte, rassemblant toute la gauche, le mouvement syndical et associatif, les organisations de jeunesse, les forces démocratiques, féministes ou écologistes, représenterait un apport précieux en ce sens.

Mais, confrontées à une droite qui affiche sans complexe, pour la première fois de son histoire, une visée globale et cohérente, les luttes ne trouveront leur pleine dynamique que si commence à exister une perspective de transformation radicale sur le champ politique. L’enjeu est bien d’entreprendre la refondation d’une gauche de gauche, apte à faire pièce à une droite ultralibérale et à une gauche ayant renoncé à promouvoir le moindre changement à force d’adaptation à l’ordre dominant.

L’expérience de la dernière période en fait foi : il n’est d’autre moyen d’y parvenir que de rassembler toutes les énergies antilibérales à gauche, afin qu’elles finissent par devenir une authentique force politique. Poursuivre dans la voie des concurrences et de l’éparpillement, amènerait à se résigner à l’inexistence politique. Réduire ses ambitions à l’affirmation d’un pôle d’extrême gauche un peu plus attractif – comme on en devine la tentation au travers des appels de notre camarade Besancenot à un grand parti regroupant les « anticapitalistes » conséquents, à l’exclusion de tout courant organisé –, reviendrait à coup sûr se résigner à la domination de la gauche par des sociaux-libéraux toujours plus libéraux et de moins en moins sociaux. Se borner à la structuration de ce qu’il reste de la tentative de présenter des candidatures unitaires en une nouvelle organisation politique – comme s’en dessine l’éventualité du côté de certaines forcesayant participé à la campagne de José Bové – ne serait guère à la hauteur des enjeux.

C’est à l’ouverture d’un vaste processus qu’il nous faut maintenant travailler, en direction de tous les secteurs de la gauche qui ne se résignent pas à faire du libéral-capitalisme l’horizon indépassable de leur action, des acteurs du mouvement social qui ont acquis la conscience aiguë de la nécessité de réinvestir leur expérience de terrain dans le renouvellement de la politique, de cette jeunesse militante qui a fait ses premières armes avec la bataille contre le CPE l’an passé…

De nouveaux espaces pluralistes, de réflexion et de débat, d’initiatives et de propositions sont, à cette fin, indispensables, en vue d’un premier temps fort que pourraient représenter des états généraux pour une gauche à gauche. C’est ce à quoi nous entendons contribuer…

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Débats

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