Samedi 12 septembre 2009
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Gauche européenne et Barroso : l’affrontement
UE . En campagne pour sa réélection à la tête de la Commission, José Manuel Barroso était mardi devant les députés de la Gauche unitaire européenne. Deux visions
inconciliables.
Bruxelles,
envoyé spécial.
José Manuel Barroso a au moins le mérite de sa franchise. Président de la Commission européenne et candidat à sa réélection, il a passé deux heures difficiles mardi soir. Après avoir rencontré
les conservateurs, avant de rencontrer les socialistes et les Verts, il était auditionné par le groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne (GUE), celui dans lequel siègent les élus du
Front de gauche. José Manuel Barroso n’a pas cherché à amadouer ses interlocuteurs, se présentant comme un « défenseur acharné du marché unique ». D’entrée de jeu, les termes du débat
étaient posés, quand le président de la GUE, l’Allemand Lothar Bisky, a invité au débat en citant la révolutionnaire Rosa Luxemburg : « La liberté est toujours la liberté de ceux qui
pensent autrement. » En effet, Barroso et la GUE pensent autrement.
« Défenseur des droits sociaux »
Dans ses « orientations politiques » de 49 pages adressés à tous les parlementaires européens, José Manuel Barroso se pose en défenseur des « droits sociaux fondamentaux, tels que
le droit d’association ou le droit de grève ». C’était nécessaire pour obtenir le soutien des socialistes à Strasbourg. Pourtant, quand les députés l’interrogent sur différentes décisions de
la Cour de justice européenne (CJCE) qui remettent en cause le droit de grève, au nom de la libre prestation de services, ou de la liberté d’installation des entreprises, il esquive. Il rappelle
que la directive concernée, dite, directive détachement des travailleurs, a été rédigée « parce que les travailleurs portugais étaient exploités aux Pays-Bas ». Sauf qu’aujourd’hui,
cette directive permet le dumping social, comme à Vaxholm en Suède où une entreprise lettone a été autorisée par la CJCE à faire travailler ses salariés avec le droit du travail letton, au nom
des traités européens en vigueur. Il faut les changer disent les députés. Lui, n’en dira mot.
Que les députés présentent sa commission comme « ultralibérale », il le rejette comme une « caricature », même s’il « respecte la liberté d’expression ». Si l’UE
n’est pas sociale, ce n’est pas la faute à la Commission, avance-t-il, mais à l’égoïsme « des États ». Et de citer des exemples où les États membres n’ont pas voulu de ses propositions
visant à l’Europe sociale : quand il a proposé une aide financière aux pays en difficulté du fait de la crise, les États les plus riches ont dit « non ».
Là encore, José Manuel Barroso esquive. Pour le président de la Commission, l’Europe sociale signifie une Commission qui gère des fonds et les distribue aux autres États membres ou
entreprises dans le besoin. Il n’est pas question de traiter des causes. Le député français Jean-Luc Mélenchon lui lance lui aussi une citation, de Victor Hugo : « Il ne s’agit pas de
soulager les pauvres, mais d’éradiquer la misère. » Son collègue français, Patrick Le Hyaric rappelle que le premier obstacle à l’Europe sociale, ce sont les traités dont José Manuel Barroso
est le garant, avec « le pacte de stabilité qui aboutit à une diminution des dépenses publiques et sociales des États, ou les injonctions de la Commission à libéraliser ».Willy Meyer,
député du Parti communiste espagnol, réclame, lui, des responsables européens qu’ils disent avec cette crise : « Nous nous sommes trompés, nous devons faire une autre
politique. »
Pas du tout. José Manuel Barroso assume. D’ailleurs, « la crise n’est pas tombée du ciel, elle vient de l’autre côté de l’Atlantique », avance-t-il. « La crise a, ensuite, touché
les banques européennes. » Ce sont pourtant bien les banques suédoises, italiennes ou autrichiennes qui sont responsables de la catastrophe financière dans les États d’Europe de l’Est. Quant
au traité, Barroso en est « le gardien », de par sa fonction, il est « pour tous les articles actuels des traités » et il est « pour le traité de Lisbonne. Si on change
ces articles, on risque le nationalisme économique et les vieux démons du nationalisme européen ». Il y va même de cette affirmation : une remise en cause de la concurrence amènerait à
« une renationalisation de certains secteurs. Et moi, je suis contre le nationalisme ».
Vernis social sur le
programme
Pour poursuivre sa politique, José Manuel Barroso cherche à construire une grande coalition à Strasbourg, en unissant les « proeuropéens » en essayant « d’obtenir le maximum de
dénominateur commun ». Il était entendu hier par les socialistes, les libéraux et les Verts. Aujourd’hui, on saura si les sociaux-démocrates ont été convaincus par le vernis social qu’a
apposé Barroso à son programme. La conférence des présidents doit définir, demain, si mardi se tiendra bien le vote sur la présidence de la Commission.
Gaël de Santis
Voir aussi http://www.european-left.org/english/home/home/
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