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http://clementineautain.fr/


Les résultats des élections européennes réservent toujours des surprises…. Le cru 2009 n’y a pas échappé. Qu’en retirer à chaud ce matin ?
1- L’abstention massive, en elle-même significative, invite à relativiser les résultats. Elle dit à quel point les forces politiques ont du pain sur la planche pour convaincre, notamment les catégories populaires et les jeunes. Je l’ai dit sur ce blog, je crois que l’abstention relève davantage d’un acte raisonné de mécontentement que d’un désintérêt politique. L’abstention est en soi une manifestation critique à l’égard du politique. A gauche, le PS confirme son décrochage avec les vaincus du système et prend de plus en plus le chemin qu’a connu la SFIO… Le vote pour Europe Ecologie a avant tout mordu chez les jeunes diplômés des grandes villes. Avec un ancrage plus populaire, le Front de gauche et le NPA n’ont réussi à mobiliser que 4,6% des inscrits. Du coup, au total, le résultat de ces élections paraît décalé au regard des nombreuses luttes sociales qui émaillent notre quotidien. Alors que les mobilisations portent une critique radicale et populaire de la politique du gouvernement et du néolibéralisme, l’UMP sort en tête de ce scrutin ! C’est le signe que quelque chose ne tourne pas rond, que la gauche n’est décidément pas en situation d’offrir une perspective sérieuse de transformation sociale et écologique.
2- La droite sort vainqueur en France et à l’échelle européenne. Sa percée est notable : c’est déprimant. Alors que la crise du capitalisme et les combats sociaux devraient donner du mordant et du souffle à gauche, celle-ci reste en panne. La droite confirmée aux manettes de l’Union et Nicolas Sarkozy conforté en France, ce sont des reculs sociaux en préparation et des difficultés à gagner supplémentaires pour le mouvement social. Extrêmement préoccupant.
3- Ceci étant, je trouve étonnant que ne soit pas plus souligné le fait que la majorité gouvernementale n’a pas une assise sérieuse. Attention aux effets d’optique… Ce bloc de droite (sans le FN) n’a jamais fait un score aussi mauvais aux européennes. L’UMP ne rassemble qu’un tiers des votants. Et elle n’a pas de réserves ailleurs, et sans doute fort peu aussi parmi les abstentionnistes. Le total des voix de gauche est bien supérieur. Qu’on se le dise…
4- Dans la gauche radicale, la division n’a une nouvelle fois pas permis de créer une dynamique suffisante. L’éparpillement du score (6,05 +4,88) ne lui permet pas d’apparaître comme une force politique de premier plan. Et la surprise s’est trouvée ailleurs, dans le rassemblement des écolos… L’arrivée en tête du Front de Gauche (PCF, Parti de Gauche, Gauche Unitaire autour de Christian Picquet ex-NPA) est le signe que l’aspiration à l’unité reste bien vivace. Même si elle fut imparfaite, notamment parce que le NPA lui a tourné le dos, l’unité revendiquée du Front de Gauche m’apparaît comme l’une des raisons majeures du renversement du rapport de force. En début de campagne, le NPA cristallisait entre 9 et 12% des intentions de vote quand le FG stagnait à 3 ou 4%. La dynamique unitaire et la pugnacité de Mélenchon ont permis de renverser la donne et d’obtenir ainsi 4 sièges de députés européens (soit 2 de plus par rapports aux élus sortants du PCF). J’ajoute que la posture d’extériorité à cette élection et au champ proprement politique adoptée par le NPA n’a pas produit les effets positifs escomptés - mais, pour faire court, peut-on mobiliser son électorat en lui expliquant que la solution réside dans les luttes sociales - et uniquement là - et que les eurodéputés ne servent que de porte-voix à celles-ci ? Il n’en reste pas moins que l’abstention des jeunes et des catégories populaires a évidemment rejailli sur le vote NPA. Et que le NPA, même s’il n’a obtenu aucun élu, fait plus que l’ex-LCR. Bref ! Tant mieux si le Front de Gauche décide de poursuivre et de s’élargir. Par exemple, changera-t-il d’attitude vis-à-vis de la Fédération (à laquelle j’appartiens et qui se réunit ce week-end pour discuter des choix à venir) ? Rappelons qu’elle n’était pas la bienvenue dans cette campagne, n’ayant même pas eu droit à une réunion de discussion car le PCF avait mis son veto - querelles de clochers, quand tu nous tiens… Surtout, quels moyens se donnera-t-il pour un élargissement plus significatif, à l’égard de forces organisées et inorganisées ? Et au service de quelle stratégie politique à venir ? L’union de toute la gauche, telle que certains en son sein le suggèrent, ou l’unité de la gauche de transformation sociale et écologique ? C’est pas la même… Quant au NPA, va-t-il se refermer plus encore ou réviser sa stratégie solitaire ?
5- Je crois plus que jamais à la nécessité pour la gauche radicale de se rénover, sur le fond et sur la forme, et de fédérer toutes les énergies (et pas seulement les organisations politiques) qui se revendiquent d’une gauche digne de ce nom. Les deux démarches me paraissent indispensables. Les listes Europe Ecologie n’ont-elles pas en partie tiré leur succès d’une image d’unité et de novation ?  Il n’est pas sûr du tout que leur réussite aux européennes les propulse comme force politique structurante durable à gauche. Leur coeur de projet, c’est de répondre aux urgences écologiques : tel est l’axe de rassemblement. Cet enjeu est fondamental mais c’est un projet plus global dont nous avons besoin, mettant radicalement en cause le néolibéralisme. Encore faut-il, de ce côté-là, celui de la gauche de transformation, sortir des vieilles querelles et des routines…Clémentine Autain

Tag(s) : #Débats

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