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« Une offre unitaire neuve à gauche »

Européennes . La liste des soutiens du Front de gauche témoigne de l’élargissement de l’audience de cette initiative inédite de rassemblement.

Dans une liste rendue publique lundi soir, plusieurs centaines de personnalités ont apporté leur soutien au Front de gauche en vue du scrutin européen de dimanche prochain. Parmi eux, des intellectuels d’horizons divers, comme les philosophes Régis Debray, Michel Onfray et Yvon Quiniou ; les économistes Jacques Sapir, Christophe Ramaux, Paul Boccara ; les écrivains Didier Daeninckx, Patrick Chamoiseau. S’y côtoient encore le réalisateur Robert Guédiguian, les comédiens Ariane Ascaride, Bruno Solo, Guy Bedos ou encore le chanteur Magyd Cherfi.


Profond désir d’unité


Certains ont répondu il y a plusieurs mois déjà à l’appel lancé en vue d’un front unitaire de la gauche, d’autres ont apporté leur soutien au fil d’une campagne prônant l’inversion des logiques à l’oeuvre dans une Europe libérale frappée de plein fouet par la crise mondiale.

Dans ce frémissement en faveur de cette nouvelle offre politique, s’exprime un profond désir d’unité à gauche, après l’échec des tenants du « non » à s’unir au lendemain du référendum du 29 mai 2005. D’où les critiques, parfois acerbes, adressées au NPA d’Olivier Besancenot, parti en solo malgré la main tendue du PCF et du Parti de gauche. « Cette décision n’a d’autre but qu’électoraliste. Cela me paraît suicidaire, stupide et profondément incompréhensible puisque sur l’Europe, les positions du NPA, du PCF et du Parti de gauche sont compatibles à 99 % », regrette le cinéaste Gérard Mordillat (l’Humanité Dimanche du 30 avril). « J’aurais bien sûr préféré que le parti de Besancenot fasse front commun avec le PCF et le Parti de gauche. Je regrette que ce ne soit pas le cas. Il faudrait que toute la gauche - y compris le PS - s’unisse contre Sarkozy et sa politique brutale », juge aussi l’écrivain franco-turc Nedim Gürsel, membre du comité de soutien.

Soutenir, pour d’autres, c’est encourager un « premier pas » vers cette unité de la gauche. « L’urgence commandait que se rassemblent tous ceux que révolte la mise en pièces des principes d’égalité, les atteintes à la dignité humaine, le fait que l’on veuille salir le mot "solidarité" en lui accolant le mot "délit" », explique ainsi l’écrivain Didier Deaninckx sur le site Internet du Front de gauche.

Parmi les signataires, ceux qui ont défendu, en 2005, le « non » de gauche à la constitution européenne jugent ce clivage toujours opérant, à l’instar du journaliste Bernard Cassen. « En France, un immense espace politique avait été dégagé par le "non" de gauche (…). Il s’est rétréci par le ralliement sans principes de certains « nonistes » aux appareils de partis qui avaient fait campagne pour le "oui". (…) Mais cet espace est toujours considérable », expose le fondateur et ancien président d’ATTAC (l’Humanité Dimanche du 7 mai).

Certains veulent voir dans cette proposition politique aux élections européennes le début d’un chemin pour sortir, à gauche, d’une paralysie qui laisse les mains libres à Nicolas Sarkozy dans son entreprise de démolition sociale. « Selon moi, le PS est définitivement passé au centre. Le départ de Jean-Luc Mélenchon de ce parti en est une confirmation. En s’alliant avec le PCF et d’autres au sein du Front de gauche, il répond à une urgence cruciale : la contestation et la résistance dans la rue, ce qu’on appelle le mouvement social, ne sont pas représentés au niveau politique. Cette situation devient insupportable », explique le cinéaste Robert Guédiguian. Après trente-cinq ans passés à la LCR, la critique de cinéma Laura Laufer a refusé de cautionner l’isolement du NPA et décidé de rejoindre le Front de gauche. Pour elle, l’afflux des soutiens s’explique par « le besoin d’un pôle alternatif à gauche. Il n’y a pas assez d’offre unitaire neuve à gauche, et le Front de gauche y répond en s’élargissant ». Porte-parole du Mouvement pour une éducation populaire (M’PEP), Jacques Nikonoff estime que « l’annonce par les têtes de liste que le Front de gauche ne sera pas sans lendemain a créé de l’espoir et du sens chez ceux qui n’avaient pas envie de voter. Cela a enclenché une dynamique qui lui faisait défaut. Il faut maintenant que les dirigeants politiques disent clairement qu’un Front de gauche nouvelle manière le prolongera aux régionales ». Même voeu chez le philosophe et militant laïque Henri Pena-Ruiz, pour qui « il serait illusoire, pour sauver quelques élus, de rompre avec cette belle stratégie ».


Le débat doit porter sur le contenu


Pour tous, la contestation de l’Europe libérale doit s’articuler à l’expression d’une alternative au système économique qui fait aujourd’hui payer aux peuples la lourde facture de ses effondrements financiers. « Il est inconcevable que des formations de gauche avalent la couleuvre du traité de Lisbonne qui poursuit sur le même registre libéral à l’origine du cataclysme de la crise, explique Christophe Ramaux, l’un des coordinateurs de l’appel des 42 économistes à voter Front de gauche. Le débat doit porter d’abord sur le contenu de ces politiques. » Ce que résume aussi, sur le mode poétique, l’écrivain Patrick Chamoiseau : « Nous avons presque trente ans de retard à rattraper sur les appétits capitalistes qui tendent à façonner l’Europe à leur image, tout comme ils tendent à le faire pour l’ensemble du monde. Mais trente ans de raide logique économique peuvent très facilement être balayés par un éclat d’imaginaire. »

Rosa Moussaoui et Sébastien Crépel

(L’Humanité du 3 juin)
http://www.humanite.fr/2009-06-03_Politique_-Une-offre-unitaire-neuve-a-gauche

Tag(s) : #Débats

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