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Lu sur http://clementineautain.fr/

Je suis passée ce week-end au Congrès du nouveau Parti de Gauche - juste le samedi matin. Manière de montrer mon intérêt pour la démarche de Jean-Luc Mélenchon et ses amis. A plusieurs titres. Quitter le PS pour venir renforcer l’autre gauche m’apparaît comme une vraie bonne nouvelle. Promouvoir l’idée d’un Front de gauche aux européennes est un axe stratégique que je partage, et qui constitue même le coeur de mon engagement depuis plus de dix ans. Le PG donne de la voix à cette perspective : nickel. Que je ne me reconnaisse pas dans le tropisme “socialisme républicain” - en terme de culture politique -, ni dans le discours général sur les modalités de la transformation sociale (”révolution par les urnes”) ne m’empêche pas de considérer les membres du PG comme des camarades… J’ai toujours pensé que nous ferions du neuf à partir de la confrontation des cultures. Bref ! Au total, et après discussion avec de nombreux militants et une lecture attentive de la presse, je démarre la semaine avec de profondes interrogations sur la suite. Je vois les difficultés pointer sérieusement pour qu’advienne aux européennes une large unité. Le meeting de la Fédération du 6 février prochain à Montreuil (vendredi) doit marquer l’attachement à cette perspective de rassemblement, qui s’exprime avec une permanence étonnante depuis des années. Pour une bonne raison sans doute : la mise en commun des forces et des traditions est une clé de notre avenir, de l’ancrage durable d’une gauche de gauche dans le pays. C’est aussi tout simplement cohérent au regard de l’ensemble de l’échiquier politique.

Le PCF a répondu favorablement à la main tendue par le PG. A première vue, il y aurait de quoi être pleinement satisfait de ce côté-là. Sauf que… Difficile d’être dupe : le PCF, dans sa majorité actuelle issue du dernier Congrès, n’a pas validé la stratégie de l’unité durable de la gauche de la gauche mais souhaite d’abord renforcer le Parti communiste. Son attitude de défiance et de mise à l’écart des “communistes unitaires”, précisément ceux qui en son sein (et au-delà) veulent le rassemblement, n’est-elle pas révélatrice ? Son incapacité à tendre sérieusement la main au NPA, comme le fait en revanche Mélenchon, est tout aussi significative. Dans le numéro de Regards de ce mois-ci, l’interview de Pierre Laurent exprime sans détour ce souci de conforter le PCF en premier lieu. L’enjeu pour ce parti est sans doute d’abord de conserver ses deux sièges d’eurodéputés, dans le Nord et en Ile-de-France (on dit même que c’est une base de l’accord PCF-PG, garantissant ces deux têtes de liste au PCF - mais je ne sais pas si c’est exact et surtout tenable en cas d’accord plus large). De fait, au regard du mode de scrutin et de l’affaiblissement considérable du PCF, si les communistes partent seuls, ils pourraient ne conserver aucun siège au Parlement européen. La démarche de Mélenchon arrive donc à point nommé. Et tant mieux si le PCF découvre alors qu’unis, il est plus facile de peser… Mais le tête-à-tête PCF-PG ne permettra pas la percée politique et électorale dont nous avons besoin ! Et ce, quoiqu’en dise Mélenchon, qui vient d’affirmer qu’il est des “tête-à-tête pas désagréable”…

Quels sont les autres partenaires ? Le NPA, bien sûr. Avec lui, ce serait un arc des forces suffisamment large pour créer l’événement et la dynamique politiques dont le vent de contestation qui souffle dans notre pays a besoin. Olivier Besancenot incarne un renouvellement qui fait souvent défaut ailleurs, draine une force politique qui n’est plus groupusculaire mais en dynamique et capte aujourd’hui une part importante des gens qui veulent une gauche digne de ce nom. La décision du NPA est donc déterminante. A ma connaissance, les divergences programmatiques sont quasiment nulles. J’ai une fois entendu évoquer la question du “pôle public bancaire”, promu par le PCF et le PG, proposition insuffisante pour le NPA qui veut nationaliser tout le système bancaire. Soit. Ce n’est pas là que l’on trouvera motif sérieux pour ne pas faire l’unité. Sur le fond, les bases pour un accord sont là. J’entends la volonté de clarifier le positionnement vis-à-vis du PS. A l’échelle européenne, il n’y a pourtant pas de débat. Les socialistes cogèrent l’Union avec la droite : ce sera donc sans nous (les composantes de l’autre gauche) ! Il paraît même que Tony Blair prendrait les reines de l’U.E. C’est vous dire comme il n’y a pas de danger de majorité avec lui, et combien les socialistes français risquent de remettre les mains dans la cogestion… Raison d eplus pour tenir tête ensemble. Quelles autres garanties doivent être données au NPA ? Un pacte commun qui tiendrait aussi pour les régionales, entend-on. Pourquoi pas ? Pour ma part, je suis favorable à un front durable, qui aille même jusqu’aux présidentielles et législatives suivantes. La question est de savoir si le NPA prétexte les régionales pour empêcher toute unité ou pour faire advenir un rassemblement sur des bases politiques claires et durables. Mais pour faire l’union, impossible de demander à chaque partenaire de renoncer totalement à ce qu’il est, de se rallier à l’intégralité d’une position stratégique de l’un des partenaires. Si nous étions tous pareils, nous serions tous dans le même parti. La question est maintenant de savoir si, à son Congrès, le NPA tendra véritablement la main, avec une proposition concrète de conditions pour l’unité permettant d’entamer réellement un dialogue politique en vue d’aboutir, ou s’il alignera une liste interminable de prétextes et conditions, manière de fermer d’emblée la porte. La posture de fermeture actuelle du NPA sera-t-elle déjouée à son Congrès, qui se tient le week-end prochain ? Certains le disent. Je l’espère et je le crois encore possible. N’est-ce pas le NPA qui a initié une démarche unitaire des forces politiques à l’occasion de la manifestation du 29 janvier ?

Le spectacle de notre éclatement est grotesque. La Fédération dont je suis membre a vocation à maintenir le cap d’une unité large, qui comprendrait PCF-PG-NPA mais aussi Alternatifs, Collectifs unitaires antilibéraux, Communistes Unitaires et des Alter-Ekolos (soit les quatre partenaires qui ont donné naissance à la Fédération). Dans cette hypothèse haute, il y a fort à parier que nous arriverions à embarquer de nombreux militants et sympathisants aujourd’hui  en sommeil. Le sondage commandé par Jean-Luc Mélenchon est un élément intéressant pour comprendre l’intérêt d’être unis : 14,5%, ça commence à faire une sacrée force, non ?

Clémentine Autain

Tag(s) : #Débats

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