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Lu sur http://clementineautain.fr/2009/01/15/rachida-dati-la-bonne-polemique/#more-806

Le court délai de repos de Rachida Dati suite à la naissance de sa fille a fait grand bruit. Cinq jours après avoir accouché par césarienne, la ministre de la justice a repris ses fonctions. La polémique engendrée depuis une semaine autour de cette reprise est plus intéressante qu’il n’y paraît : spontanément, on aurait juste envie de dire qu’on s’en fout, qu’elle fait bien ce qu’elle veut, que la France va mal, la Justice aussi… que la ministre et l’espace politique se concentrent donc sur autre chose. Sauf que, l’affaire met à jour les injonctions contradictoires adressées aux femmes qui occupent des postes à hautes responsabilités et historiquement dévolues aux hommes. Elle révèle les impensés ou mal-pensés de l’inclusion des femmes en politique. L’alternative pour Rachida Dati, c’était soit de prendre le temps nécessaire pour vivre le bouleversement qu’engendre un accouchement, bouleversement physique et psychologique ; soit d’assurer sa « carrière » (comme on dit) et de faire face aux responsabilités liées à sa fonction, comme l’aurait fait un homme, sans discontinuité. « Bonne mère » ou « bonne ministre », il faut choisir ! Tenir les deux bouts est une équation impossible dans un monde masculin où les enfants n’ont pas leur place et où les femmes y sont encore largement minoritaires. Alors, oui, dans ce contexte, Rachida Dati a fait le choix de la carrière. Doit-on lui reprocher ? Pour ma part, et contrairement à certaines voix féministes entendues à ce sujet, j’ai aucune envie de faire la leçon à une femme sur laquelle pèsent les modèles imposés et l’histoire patriarcale. Même s’il est vrai qu’une femme publique contribue de fait à façonner nos imaginaires et donc le réel. C’est une responsabilité. Le choix de la ministre dit à toutes les femmes : « on peut faire un enfant et reprendre tout de suite son boulot ». Elle l’a fait, c’est donc possible. Des employeurs ne manqueront pas de le souligner. Pire, les femmes qui ont peur du fameux plafond de verre, c’est-à-dire du plafonnement de leur carrière au moment de l’arrivée d’enfant(s), peuvent rêver d’être cette superwoman. Aujourd’hui, le droit français ne le permet pas puisque le congé de maternité est obligatoire. C’est une protection pour toutes les femmes. En la matière, le discours sur le libre-choix est une arnaque pour nos droits et nos libertés. Si le congé de maternité était optionnel, cela susciterait de nouvelles concurrences entre les femmes. Et les chefs d’entreprises en profiteraient pour exercer une pression. Nos droits fondent nos libertés, et tant mieux si les femmes qui pètent la forme au bout de 5 jours après avoir accouché en profitent !

Ali Baddou : Mais les fonctions politiques ne sont pas concernées par ces droits ?

En effet, pour les élues, pas de salaires mais des indemnités. Pas de chômage, pas de retraite. Pour les élues comme pour les ministres, pas de congé de maternité. Si la loi sur la parité n’a pas porté ses fruits (toujours 12% de femmes à l’assemblée nationale), c’est aussi parce que les conditions d’exercice des fonctions et mandats sont restés inchangés. Notre société n’a pas accompagné le bouleversement lié à la remise en cause de la répartition ancestrale et hiérarchique des rôles - sphère privée et reproductive pour les femmes, sphère publique et productive pour les hommes. La problématique du congé de maternité est nouvelle, puisque les hommes qui nous gouvernent depuis des siècles non seulement ne connaissent pas l’accouchement mais ont laissé aux femmes le temps domestique et parental. Un statut de l’élu est indispensable, au sein duquel le droit à un congé de maternité et de paternité devrait figurer. Parallèlement, il faut repenser toute notre organisation sociale : un nouveau partage des temps de la vie – professionnel, familial, citoyen, temps de loisirs - est nécessaire. En attendant, le costume d’élu ou de ministre est bien taillé pour les hommes. La tenue de Rachida Dati, toujours ultraféminine – robe et jupe sexy, maquillage appuyé, talons hauts, même au sortir de la maternité- est… troublante. Sa posture et ses tenues frappent plus que les tailleurs classiques, tristes et gris de Simone Veil ou Michèle Alliot-Marie. Est-ce une manière pour Dati de rassurer les hommes : ne vous inquiétez pas, je suis bien une femme ? On pourrait aussi y voir un comportement plus subversif, au sens où Judith Butler l’entend, c’est-à-dire une forme parodique de la féminité qui, telle une performance répétée dans un univers de corps masculins, finit par troubler le genre… politique.

Tag(s) : #Débats

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