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J’ai été délégué au 33ème congrès du Parti communiste. Comme j’étais membre de l’Alternative Citoyenne depuis sa création fin 2003, c’est en toute connaissance de cause que les camarades de Malakoff puis les délégués à la conférence fédérale des Hauts-de-Seine m’ont choisi contribuant ainsi à une juste représentation de cette sensibilité lors des travaux du congrès. Je les en remercie sur ce respect du principe de la diversité et aussi bien entendu car il s’agit d’une expérience qui vaut la peine d’être vécue.

Le 33ème congrès se tenait dans la foulée de la formidable victoire remportée lors du référendum  sur le projet de traité constitutionnel qui avait vu la majorité des électeurs de gauche refuser l’Europe du tout financier et de la libre circulation des capitaux, en particulier ceux du parti socialiste contre la position prise par la direction du PS. Le Parti communiste avait joué un rôle majeur dans cette bataille, mettant ses moyens humains et logistiques de même que son temps de parole à la disposition du combat commun. A Malakoff le local, la section comme on dit, devenait la maison commune des antilibéraux et les tracts du collectif sortaient régulièrement de la photocopieuse. 

Ceci ne venait pas de rien. A l’occasion des élections régionales, la direction du Parti communiste avait su prendre une initiative de grande portée en constituant en Ile de France une liste d’union à égalité avec des militants antilibéraux issus du mouvement syndical et associatif convaincus de la nécessité de combler le fossé existant entre le mouvement social et le mouvement politique et décidés à prendre leurs responsabilités en ce sens. L’initiative était de grande portée car se réunissaient ainsi des militants au fond d’accord sur l’essentiel mais de culture et d’histoire profondément différentes. Car ce n’est pas en un jour que l’on efface des  années de confrontation politique et parfois physique ce dont je peux témoigner puisque dans les années suivant 68 il m’est arrivé de participer à des services d’ordre de manifestations, ce qui peut certes paraître inattendu vu ma faible corpulence. Qui ne se souvient du meeting au Zénith avec le duo entre Marie-Georges Buffet et Claire Villiers ? Mais il est vrai que dans le même temps, dans un grand nombre de régions les organisations du Parti communiste firent le choix de constituer des listes d’union avec le Parti socialiste dès le premier tour refusant ainsi l’opportunité d’affirmer aux yeux des électeurs l’existence propre du courant révolutionnaire probablement en raison de calculs de gains supplémentaires de quelques sièges de conseillers régionaux. 

Les élections européennes se déroulant dans la foulée le Conseil national décida de généraliser cette expérience qui avait créé une dynamique certaine en Ile de France et proposa que sur les huit circonscriptions électorales, quatre aient des listes conduites par des communistes et quatre par des partenaires. En Ile de France, circonscription la plus sûre pour avoir un élu[1] , la liste était conduite par Francis Würtz pour la raison évidente qu’il fallait assurer sa réélection en tant que président du groupe au Parlement européen. En deuxième position, nous avions Hamida Ben Sadia, qui fut malakoffiotte dans son adolescence, membre du comité central de la ligue des droits de l’homme [2] et en trois Claude Debons, dirigeant syndicaliste CFDT des cheminots qui avait rejoint la CGT à la suite de la capitulation de la direction de la CFDT lors du conflit sur les retraites et qui devait jouer l’année suivante un grand rôle dans l’organisation des collectifs antilibéraux. Cependant dans aucune des autres circonscriptions, les organisations locales, responsables en fonction des statuts du choix des candidats ne jouèrent le jeu de l’unité. Les tentatives de relancer cette dynamique avec l’accord d’Yves Salesse, président de la fondation Copernic et ancien chargé de mission pour les affaires européennes et internationales au cabinet de J.-C. Gayssot de 1997 à 1999 jusqu’à sa démission pour désaccord avec l’orientation du gouvernement Jospin, pour être tête de liste dans le sud-est ainsi que de la porte-parole de la confédération paysanne pour l’être dans l’est échouèrent devant leur intransigeance. Une première formidable opportunité de renouveau politique venait d’être  perdue.

Cependant l’année suivante vit l’émergence et la multiplication des  collectifs pour le non  au projet de traité constitutionnel qui après la victoire se transformèrent en collectifs antilibéraux. C’est sur la base de cette situation politique profondément nouvelle que se déroula la discussion du  33ème congrès avec comme problématique essentielle les conditions à remplir pour que devienne réalité la possibilité qui se profilait pour la première fois depuis 25 ans d’inverser le rapport des forces au sein de la gauche entre le courant transformateur et le courant social-libéral et de créer ainsi la possibilité d’une alternative et non plus d’une simple alternance désespérante. La stratégie adoptée fut la poursuite et l’approfondissement de la dynamique de rassemblement qui avait triomphé à l’occasion du référendum, avec la perspective de concrétiser ce rassemblement lors des élections présidentielle et législatives. Si le partage des investitures pour les 577 circonscriptions législatives entre les différences forces du rassemblement paraissait sinon simple dans son principe mais du moins accessible  du fait même de leur  nombre, l’élection présidentielle  constituait évidemment le piège absolu. A ce propos le congrès adopta la position qu’une candidature communiste à l’élection présidentielle serait la plus efficace pour représenter le rassemblement. Rapidement la personnalité communiste retenue fut la secrétaire nationale elle-même. 

Mais comment organiser le choix du candidat  à l’élection présidentielle ? On se souvient que la méthode retenue par les délégués des collectifs réunis le 10 septembre  2006 fut celle du double consensus. : au sein des collectifs et entre organisations.  Il est utile de revenir sur cette question qui a entraîné beaucoup d’incompréhension. Elle était de fait nécessaire vu la nature du rassemblement qui regroupait beaucoup de militants d’organisations constituées. Il était évident qu’une candidature ne pouvait pas  être imposée aux adhérents du parti communiste : comment pouvait-on imaginer qu’elle puisse l’être aux militants d’autres organisations? C’est ce qui était exprimé par Patrice Cohen Seat dans son rapport au Conseil national des 28 et 29 septembre :

« Cette méthode est de bon sens. Il ne s’agit pas en effet de se compter mais de se rassembler sur un choix construit en commun. Les communistes sont une organisation nombreuse. Mais leur objectif n’est pas de s’imposer par leur nombre. Ils veulent convaincre. Il s’agit de débattre, de confronter les arguments, et finalement de voir qui est d’accord sur quoi. Personne ne peut se voir imposer un choix. Mais tout le monde a le plus grand intérêt à rechercher l’accord rassemblant le plus largement possible. »

Et c’est Jean-François Gau, représentant du Parti communiste au sein du collectif national  qui présenta et argumenta en faveur de la méthode à la réunion nationale des collectifs au nom du collectif entier.

Le choix de maintenir la candidature de Marie-Georges Buffet par abandon de la méthode du double consensus fut une catastrophe qui scella la fin du processus unitaire antilibéral et laissa le champ libre au vote utile en faveur de Ségolène Royal, à la manœuvre  de Bayrou de se présenter comme la voie de recours pour s’opposer à la victoire de Sarkozy et qui légitimait a  posteriori la candidature de division de Besancenot sur le thème de l’impossibilité du rassemblement antilibéral, tout ceci parce que le programme antilibéral qui avait pourtant considérablement progressé dans le contenu avec les 125 propositions perdait du fait de la division toute crédibilité politique. Les impostures de Sarkozy se trouvèrent sans répondant. 

A contrario en 1936 Maurice Thorez (33 ans à l’époque) et la direction du parti communiste avaient su pour leur part aller très loin pour obtenir l’adhésion du parti radical au Front Populaire et dans la résistance, alors que les FTP constituaient les forces de loin les plus importantes, le Parti communiste n’hésita pas à rallier le CNR présidé par le gaulliste Jean Moulins. Pour autant ces deux périodes virent un essor sans précédent de l’influence du Parti communiste car les gens du peuple  savent bien voir d’où viennent l’initiative, le dynamisme et les sacrifices. 

Il a été invoqué comme une des raisons de l’échec la faiblesse de la participation populaire aux collectifs. Ceci revient à inverser l’ordre des choses. C’est l’initiative politique qui peut permettre la compréhension et le déploiement de la participation populaire et non l’inverse comme cela vient d’être rappelé pour 1936 et la résistance. Et c’est bien ce que l’on avait vu dans la campagne du référendum avec en fin de compte une effervescence politique dans le pays sur les sujets de fond sans précédent depuis des décennies. Et c’est ne pas voir que cette participation ne pouvait que croître si le signal politique fort de l’union avait été donné, avec la montée de la crédibilité d’une véritable alternative politique. En novembre, donc six mois avant l’élection, les meetings unitaires au Mans, à Grenoble, à Montpellier virent une participation et un enthousiasme sans précédent depuis longtemps, à Malakoff même la réunion de présentation des 125 propositions rassembla plus de monde que le meeting de fin de campagne du référendum.

On voit aussi a posteriori ce qu’aurait signifié pour la suite une campagne commune avec Yves Salesse et la porte parole de la confédération paysanne pour les élections européennes de 2004, si elle n’ait été rendue impossible par un esprit de parti étroit. 

Après la catastrophe de l’élection présidentielle tout le monde comprend que le 34ème congrès présente un caractère existentiel. Et il ne s’agit pas seulement évidemment du côté affectif légitime qui peut surgir à voir s’effacer un grand parti qui a porté les espoirs d’émancipation de millions d’hommes et de femmes, qui a toujours été fidèle aux valeurs d’internationalisme et de  paix  et au sein duquel et grâce auquel j’ai personnellement  vécu des moments intenses d’histoire[3], mais bien de l’existence d’un courant politique nécessaire à la construction avec d’autres d’une alternative au capitalisme. De fait l’assemblée extraordinaire des délégués de section de décembre 2007 avait prévu un débat fondamental n’excluant aucune hypothèse concernant le parti ou sa stratégie. Or un constat très largement partagé bien au-delà de l’association des communistes unitaires est que le texte proposé par le conseil national[4] à titre de base commune de discussion ne répond en rien à cette exigence. Contrairement à ce qui était annoncé il ne présente qu’une seule option à la discussion. On y réaffirme l’objectif que je partage d’une majorité qui impulserait une politique véritable de gauche porteuse de grandes réformes transformatrices mais les moyens pour y parvenir, la « construction d’un front progressiste et citoyen » au moyen de l’intervention populaire à travers des lieux de débat et de rencontre, présentés comme une initiative inédite alors que nous avons tous en mémoire les espaces citoyens ou autres essais de la même nature, relèvent de l’incantation car par quel miracle ce qui n’a pas réussi jusqu’ici, en particulier avec les collectif antilibéraux , le ferait maintenant ? Qui peut croire briser ainsi l’hégémonisme revendiqué comme on l’a encore vu aux élections locales et la dérive toujours plus accentuée du PS ? Mais il y a plus grave. Dans les faits nous assistons à un retour à une  formule classique d’union de la gauche avec les partis constitués  qui conduit par exemple à la signature par le PCF d’un texte sur l’Europe et la présidence française dans le cadre du comité de liaison de la gauche, avec  le PS et le PRG, qui ont approuvé sur le fond le traité de Lisbonne, après le projet de Traité constitutionnel européen avec, dans le même temps, le refus de signer un appel commun contre la  méthode  actuelle  de  construction  européenne  et  pour  une  autre  Europe avec des associations et des formations politiques engagés clairement dans les batailles récentes, notamment contre le traité de Lisbonne.

L’Humanité du 2 octobre relève à très juste titre l’imposture de Sarkozy qui prétend découvrir l’absurdité de la liberté sans contrôle des marchés alors qu’il s’agit de l’essence même du traité de Lisbonne qu’il veut imposer au peuple irlandais  mais le problème est bien que ce traité est approuvé par le PS. Et dans l’Humanité du samedi 11 octobre Aminata Traoré, militante altermondialiste et ex-ministre de la culture du Mali, déclare : « Je trouve scandaleux que Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, évoque les possibilités d’intervention de cette institution après que celle-ci a perpétré tant de crimes en Afrique. » Dominique Strauss-Kahn, qui offre les bons offices du FMI pour remettre le système sur les rails.

Alors le 34ème congrès sera-t-il le 33ème à rebours ? Il reste deux mois aux militants communistes pour en décider. Pour ma part, comme Marie-Georges  Buffet il y a deux ans je ferme les yeux et je fais un rêve. Je rêve à la tête que feraient Sarkozy, Parisot, Barroso, Strauss-Kahn en apprenant que vient de se constituer une grande force rassemblant altermondialistes, féministes, écologistes et socialistes de gauche avec les communistes y apportant  le meilleur de leurs traditions de lutte, de réflexion et de liens avec les milieux populaires et à l’enthousiasme que cela produirait chez les progressistes du monde entier.


[1] Alors que le mode de scrutin pour les élections européennes était parfaitement démocratique puisque à la proportionnelle la circonscription unique que constituait la France fut supprimée au profit de huit circonscriptions sur la base de l’argument de circonstance ridicule de rapprocher l’élu de l’électeur. Le résultat concret et qui correspondait au but véritable de favoriser le bipartisme de cette spécialité française de modification permanente du mode de scrutin fut que les listes présentées par le Parti communiste obtinrent deux élus au lieu de sept pour une circonscription unique.

 

[2] Hamida Ben Sadia vient de publier  « Itinéraire d’une femme française » (Bourin éditeur), beau livre dans lequel elle raconte comment elle est devenue une femme libre. 

 [3] Par exemple du temps de la dictature des colonels un camarade grec disposait de la clef de la maison à titre de planque et avait un lit à disposition. J’appris par hasard par la suite qu’il en était de même pour la maison de ma secrétaire de cellule. Ce n’est dans ma vie qu’un exemple parmi bien d’autres car, comme le dit Josiane Balasko, tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes.

[4] Texte adopté par 88 voix pour, 7 contre et 29 abstentions, soit 124 participants sur 254 membres du Conseil National. Ainsi plus de la moitié des membres du Conseil national que j’ai élu en tant que délégué au 33ème congrès étaient absent pour une réunion de cette importance.  Et cet absentéisme est récurent !

Tag(s) : #Débats

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