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L’Europe rose, penaude victime du mirage libéral

Lu sur http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2008/10/07/l%e2%80%99europe-rose-penaude-victime-du-mirage-liberal/

 

07 octobre 2008

 Les dirigeants socialistes en appellent aujourd’hui à la réglementation du système capitaliste. Ils n’ont certes pas tort. Mais malgré tous leurs efforts, ils peinent à rattraper sur ce terrain  le leader incontesté de la droite libérale : Nicolas Sarkozy s’amuse autant aujourd’hui à jouer le grand régulateur, qu’il s’amusait naguère à porter la valeur travail – à leurs dépens.

C’est que la crise financière prend les socialistes français à contrepied, et avec eux toute la social-démocratie européenne. Celle-ci a fait tant de concessions au libéralisme et à la déréglementation, et depuis tant d’années, que la crise actuelle ne peut que la décontenancer.

Fin 1998, sur les quinze pays de l’Union européenne, la social-démocratie en gouvernait onze (1). Après le PS français, le SPD allemand venait de gagner les élections législatives. Aux journées parlementaires du PS à Tours, en septembre, François Hollande en mesurait l’enjeu : « Si cette victoire, qui marque la volonté des peuples européens de tourner la page du libéralisme, nous crée une légitime fierté, elle nous confère surtout de nouvelles responsabilités (…). L’Europe sera socialiste ou ne sera pas, disait-on à la fin des années 70. Eh bien nous sommes au pied du mur ».

Or on vit bientôt les maçons se faire démolisseurs. En 1999, le Britannique Tony Blair montra la voie : « Concernant Maggie Thatcher, soyons honnêtes avec nous-mêmes : la Gauche a eu tort de s’opposer à certaines des choses faites par la droite dans les années 1980 ».

En mars 2000, le « sommet » de Lisbonne prôna « un environnement réglementaire favorable à l’esprit d’entreprise ». Il fallait « réduire les coûts inhérents aux activités commerciales » et « l’excès de bureaucratie ». Il fallait « encourager spécifiquement les interfaces clés dans les réseaux d’innovation, c’est-à-dire les interfaces entre les sociétés et les marchés financiers ».

Un rapport de la Commission européenne, où les socialistes étaient fort nombreux, avait suggéré « d’éliminer » les entraves au Marché intérieur notamment dues « aux réglementations et à la fiscalité ». Le sommet en approuva les termes. Il préconisa de « simplifier l’environnement réglementaire » et décida en outre « d’accélérer la libéralisation des marchés dans les secteurs tels que le gaz, l’électricité, les services postaux et les transports ». Cela en  attendant les conclusions forcément optimistes d’un nouveau rapport sur les fonds de pension.

Laurent Fabius, alors ministre français des finances, ne jurait d’ailleurs que par les baisses d’impôts et les fonds de pension, et ne semblait guère se soucier des paradis fiscaux. Il affirme aujourd’hui en avoir souvent demandé la suppression, dans le passé, « au nom de la France » (2)… L’efficacité de ses demandes exigeait la discrétion, probablement. En tous cas les ministres des finances européens tombèrent d’accord en 2001 pour garantir aux paradis fiscaux, membres ou non de l’Union européenne, la totale opacité sur les dépôts des fraudeurs.


Ces épisodes sont d’autant plus déconcertants que, dès l’origine, les termes du débat avaient été posés par Pierre Mendès-France, alors membre du Parti radical. C’était
le 18 janvier 1957 à la tribune de l’Assemblée nationale :

« Le projet de marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XIXème siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes.

« Dix crises graves, tant de souffrances endurées, les faillites et le chômage périodique nous ont montré le caractère de cette théorie classique de résignation.(…)

« L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes. Soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel. Soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale - finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

Le prochain congrès du PS à Reims peut-il faire l’économie de ce débat ?

1) Ils n’en gouvernent plus que sept sur vingt-sept aujourd’hui.

2) “Surmonter les trois crises“, par Laurent Fabius, Le Monde du 3 octobre 2008.

Tag(s) : #Débats

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