Mardi 1 juillet 2008
2
01
/07
/2008
08:31
Christian Picquet
Lu sur http://www.unir.asso.fr/2008/06/24/quand-l%e2%80%99idee-d%e2%80%99un-front-antiliberal-progresse/#more-227
Serait-ce le premier effet positif du « non » irlandais au nouveau traité constituant
de l’Europe marchande et financière ? La prise de conscience qu’à persister dans l’impuissance, la gauche de transformation tout entière va dans le mur ? L’une des traductions des réactions
positives qu’enregistre, un peu partout, l’appel de Politis (encore près de deux cents participants à la réunion des signataires sur Paris, ce lundi 23 juin) ? En tout cas, il ne faut pas prendre à la légère
les implications possibles de la page « Débats » de l’Humanité du samedi 21 juin, quoique j’en rende moi-même compte ici avec du retard…
Dirigeant national du Parti communiste, Patrice Cohen-Séat s’y livre à un constat qui
pourrait marquer une inflexion du discours jusqu’alors dominant place du Colonel-Fabien. Après avoir relevé qu’il y a « une aspiration à l’alternative en France » et qu’il existe dans
l’Union européenne « un gros problème avec lez défaites successives des forces de gauche », il conclut : « Je suis à l’unisson de tous ceux qui disent “faisons ensemble”. Mais on ne
décrète pas de la vie et de la mort des organisations politiques de l’extérieur. Il faut partir de ce qui existe, de la diversité de nos cultures politiques, avec l’ambition de construire quelque
chose. Pourquoi ne pas construire un front ? La construction d’un tel front peut être une étape avant d’aller plus loin. Pourquoi pas lors des élections européennes ? Et pourquoi pas à l’échelle
de l’Europe ? Je pense que nous devons avoir avancé d’ici à la fin de l’année. Si nous n’arrivons pas à porter un projet politique européen, nous raterons une occasion historique.
»
S’exprimant au nom des Collectifs antilibéraux, et après s’être prononcé pour « une force
antilibérale unique », Rémy Jean réagit en ces termes : « Alors, banco pour un front si cela ne se résume pas à un accord de sommet. Si on ne s’appuie pas sur une dynamique citoyenne,
cela ne marchera pas. La proposition d’un front est intéressante si elle ne se limite pas aux échéances électorales. » Et, surtout, René Revol, vice-président de Pour la République sociale,
relaie la proposition en des termes que l’on désespérait d’entendre, ces derniers temps, du côté des amis de Jean-Luc Mélenchon : « Sur l’Europe, nous avons une échéance. Laissons les partis
faire leur congrès de fin d’année. Après, s’il se constitue un front unitaire des forces antilibérales lors des élections européennes, j’en serai. Il nous faut aussi tendre la main à la LCR pour
qu’elle participe à ce front. »
Peut-être, quelques phrases au détour de tribunes ne font-elles pas un engagement ferme. Sans
doute convient-il encore de vérifier que ces propos ne soient pas prononcés sans que l’on veuille vraiment les concrétiser, au risque qu’ils deviennent alors l’alibi de l’immobilisme. Il
n’empêche ! Ce sont de nouvelles voix qui s’élèvent pour reprendre à leur compte l’idée d’un front qui autoriserait de nouveau à afficher l’ambition d’une construction nouvelle à gauche, pour
paraphraser Patrice Cohen-Séat. C’est une réflexion qui fait son chemin pour renouer le fil brisé du rassemblement des antilibéraux et anticapitalistes, sans que cela n’apparaisse contradictoire
avec les débats qui traversent la plupart des courants politiques, ni avec les projets qui peuvent ici ou là être défendus. Il est vrai que la gravité de l’offensive capitaliste un peu partout
sur le continent, conjuguée à la profondeur de la crise d’une gauche plombée par la mutation de la social-démocratie européenne en un banal centre gauche, rendent cette réflexion
incontournable.
Un rendez-vous primordial
Ce n’est, à cet égard, pas faire preuve d’électoralisme que de prendre acte que le scrutin de
juin 2009 représentera un rendez-vous politique de première importance. D’abord, parce que la construction européenne s’avère plus que jamais, dans le contexte de globalisation capitaliste que
l’on connaît, la pierre de touche de l’affrontement entre classes possédantes et classes populaires. Ensuite, parce qu’au sortir de la présidence française de l’Union européenne, et après deux
ans de confrontation avec le sarkozysme, il s’agira de sanctionner avec la force maximale la droite néoconservatrice aux affaires, d’affaiblir encore sa légitimité et son assise dans le pays, de
créer les conditions de son renvoi dans les meilleurs délais. Enfin, parce qu’il serait irresponsable de laisser perdurer l’apathie actuelle, sans qu’une échéance politique de cette importance
fût mise à profit dans le but d’affirmer une amorce d’alternative de rupture avec l’ordre libéral : après tout, depuis le 29 mai 2005, chaque moment de la vie politique et sociale, dans
l’Hexagone autant que sur le continent, n’a-t-il pas confirmé la pertinence de la fracture qui oppose, à gauche, ceux qui ont renoncé à toute volonté de transformer la société et ceux qui
persistent à inscrire leur action dans la perspective d’un autre monde, débarrassé de l’exploitation et des oppressions ?
Cela dit, sauf à risquer un nouvel échec lourd de conséquences désagrégatrices nouvelles, et
si l’on veut qu’aucune des composantes de la gauche antilibérale et anticapitaliste ne puisse se tenir à l’écart de l’unité, le front souhaitable aux élections européennes devra impérativement
procéder d’une dynamique à construire sans tarder. Sans attendre en tout cas le début de l’année 2009…
Cela suppose de prendre, dès à présent, à bras-le-corps l’élaboration des réponses politiques
qu’appellent les développements en cours de la colère sociale, et de rassembler à cette fin l’ensemble des partis, courants politiques, militants de terrain qui ne se satisfont pas de l’hégémonie
dont jouit, malgré son incurie, le social-libéralisme sur la gauche et le mouvement social.
Cela nécessite tout autant de reprendre les débats - initiés à l’occasion de la campagne du «
non » de gauche au traité constitutionnel européen, puis dans le cours de la bataille en faveur de candidatures uniques à la présidentielle et aux législatives de 2007 - sur la manière de faire
émerger une autre Europe, au service des travailleurs et des peuples, sur les contours programmatiques qu’il s’impose de défendre dans ce cadre, sur l’approche stratégique nouvelle qui
autoriserait les gauches – ici comme ailleurs – à en finir avec la subordination aux sociaux-libéraux qui les ont partout conduites à l’échec.
On le voit, même si l’appel de Politis n’avait pas pour vocation de déboucher sur
des constructions électorales, il a au moins entrouvert une porte…
Voir
L'alternative à gauche, organisons-la !
Commentaires