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Quand le pouvoir d’achat rebat les cartes électorales

Allemagne . Die Linke fait son entrée dans les Parlements de Hesse et de Basse-Saxe. La CDU de Merkel en recul, pénalisée par le débat sur le salaire minimum.

Le relatif recul du Parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel et l’émergence confirmée de Die Linke (la Gauche) dans le paysage politique germanique ont constitué les deux enseignements majeurs des élections régionales de dimanche en Hesse et en Basse-Saxe.

La question du pouvoir d’achat a profondément marqué les deux scrutins. « Après plus d’une décennie de modération salariale, en fait de pertes nettes de revenus pour la majorité des salariés, souligne Hans Peter Krüger, sociologue à l’université Humboldt de Berlin, le sujet est hypersensible et se cristallise dans un formidable débat national autour de l’instauration d’un salaire minimum légal qui n’existe pas aujourd’hui en Allemagne. » La pré-éminence de cette discussion permet de comprendre les différenciations très significatives apparues dans les résultats des deux Länder.

Le Parti chrétien-démocrate de la chancelière Angela Merkel, qui disposait de la majorité absolue dans l’ancien Parlement de Hesse, recule ainsi de plus de 12 points (36, 8 % contre 48, 8 % en 2003). Roland Koch, le ministre président sortant avait choisi de s’opposer fronta- lement à l’instauration d’un salaire minimum en avançant les arguments libéraux les plus classiques sur « les dégâts d’une telle mesure pour la compétitivité de l’économie. » Plus prudent, son collègue de Basse-Saxe, Christian Wulf, avait choisi de ne pas heurter l’opinion sur ce sujet, se montrant même « ouvert » à l’idée d’une rémunération minimale légale dans la mesure où celle-ci, a-t-il précisé, « existe déjà dans 22 des 27 pays de l’Union européenne. » Au final, la CDU limite ses pertes au Parlement de Hanovre (42,5 % contre 48,3 % en 2003) et va pouvoir continuer à gouverner le Land par le biais d’une coalition avec le Parti libéral ( 8,3 %).

Le contraste est tout aussi saisissant quand on examine les résultats du SPD. Le parti avait déclenché une campagne sur le plan national assimilant le vote en sa faveur comme un référendum pour l’instauration d’un salaire minimum national. En Hesse, cependant, la tête de liste de la formation Andrea Ypsilanti, qui a mené une campagne tambour battant sur ce thème, a pu s’appuyer sur une certaine crédibilité puisqu’elle s’était opposée, en son temps, aux réformes les plus libérales inscrites sur le fameux agenda 2010 de l’ex-chancelier Schröder. Le SPD progresse de 7,5 points dans le Land de Hesse et vient talonner la CDU (36,7 %). À l’inverse, en Basse- Saxe, le candidat SPD, Wolfgang Jüttner, au profil bien plus marqué par la dérive social-libérale de son parti, n’a pas réussi à endiguer la baisse continue de sa formation observée depuis une décennie (30,3 % contre 33,4 %).

La percée de Die Linke est sans doute l’élément le plus révélateur de l’écho rencontré par l’aspiration à une augmentation du pouvoir d’achat. « La revendication que ce parti était initialement le seul à porter, souligne Hans Peter Krüger, est devenue un thème de débat national. » Cela a permis au parti de déjouer les pronostics en Basse-Saxe, où la plupart des sondages le donnaient sous la barre des 5 % et où il était, de fait, confronté aux pires difficultés logistiques. Avec tout juste un peu plus 2 000 militants répartis sur une superficie considérable dans l’un des plus grands Länder du pays. Le ton d’une campagne très à gauche mais aussi le profil local très pâle du SPD lui ont permis de créer la surprise en franchissant haut la main le seuil des 5 % (7,1 %).

En Hesse, par contre, là où la formation avait placé ses plus gros espoirs, le billet d’entrée au Parlement régional n’a été obtenu que sur le fil (5,1 %), les nerfs des militants étant même mis à rude épreuve pendant toute une partie de la soirée électorale puisque les premiers sondages sortis des urnes n’accordaient que 4,8 % des voix à la formation de Lothar Bisky et Oskar Lafontaine. La crédibilité d’Andrea Ypsilanti sur la question du salaire minimum a évidemment pesé très lourd. Mais sans doute aussi, comme l’ont souligné de nombreux militants, la difficulté pour le parti à se différencier du SPD « dès lors qu’il affiche des thèmes sociaux-démocrates traditionnels ».

Si l’affaire paraît réglée en Basse-Saxe, les négociations pour la formation du nouveau gouvernement régional de la Hesse promettent d’être longues et difficiles. Aucune coalition classique (CDU-FDP) ou (SPD-Verts) n’est en effet majoritaire et même si sur le papier une majorité de gauche émerge au Parlement régional, l’intransigeance d’Andrea Ypsilanti, qui a réitéré, à plusieurs reprises, son refus de toute alliance avec Die Linke, rend la situation quasi inextricable, sauf à envisager, comme sur le plan national, une… grande coalition.

Bruno Odent

(L’Humanité du 29 janvier)

Voir Refondation à gauche : le signe de Berlin !et

       http://www.communisme21.fr/spip.php?article140
Tag(s) : #Niouzes diverses

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