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Un homme à lire et à écouter. Voir sur le site du conseil général de Seine Saint-Denis

http://www.seine-saint-denis.fr/Carte-blanche-a-Edgar-Morin.html

Edgar Morin était convié le 25 avril au Forum de Blanc-Mesnil pour une rencontre-dialogue avec le philosophe Arnaud Spire. Invité à livrer son regard sur notre planète et notre temps, ce « penseur de la complexité » a saisi l’actualité française pour se mettre dans la peau d’un candidat à l’élection présidentielle.

« Si j’avais été candidat… » C’est le titre d’un article signé par Edgar Morin dans « Le Monde », la veille de la conférence donnée au Blanc-Mesnil. S’il avait été candidat, Edgard Morin aurait d’abord rappelé que la France ne vit ni en vase clos ni dans un monde immobile mais dans une communauté de destin planétaire qui doit faire face à un certain nombre de menaces globales : prolifération des armes nucléaires, déchainement de conflits ethnico-religieux, dégradation de la biosphère, économie mondiale incontrôlée, tyrannie de l’argent… « Il y a eu dans  la campagne électorale française, par ailleurs vivante, un refus de prendre en compte les risques et possibilités que nous offre la situation mondiale. Cette myopie conduit à l’anesthésie, là où le rôle des politiques est d’éveiller. »

De la désintégration peut naître la transformation

Arnaud Spire, interroge l’auteur de « La méthode » sur cette formule « Renoncer au meilleur des mondes n’est pas renoncer à un monde meilleur », titre d’un article récent paru dans « L’Humanité ».  « Cela veut dire, explique Edgar Morin, que le progrès humain n’est pas certain mais qu’il est possible. Si l’on fait des projections dans le futur à partir des processus mondiaux actuels, les probabilités d’un monde meilleur sont en effet mauvaises, mais l’improbable reste possible. Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve, rappelle Edgard Morin, citant un poète allemand. Notre planète paraît promise à la désintégration, mais il arrive que ce qui se désintègre donne des forces pour quelque chose de nouveau : c’est l’histoire de la chrysalide, de la chenille et du papillon...
Dans cet ensemble catastrophique, quelles sont les sources de régénération ? « Je suis frappé de voir, par exemple, les solutions alternatives qui émergent un peu partout sur le plan économique : microcrédit, développement des associations et des coopératives, économie solidaire, commerce équitable… Le changement se réalise dans des forces dispersées qui s’ignorent mais peuvent se rencontrer. » C’est là qu’intervient le rôle de la déviation : « Tout commence par des mouvements déviants –les grands penseurs sont souvent des déviants- qui, s’ils ne sont pas étouffés, se développent et créent des réseaux qui finissent par se rejoindre. »
S’il avait été candidat, Edgar Morin aurait proposé la mise en place d’une année propédeutique pour toutes les universités sur les risques d’erreur et d’illusion dans la connaissance, l’identité humaine, l’ère planétaire que nous vivons. Répondant à une question de la salle, il affirme que cette année propédeutique pourrait intervenir dès les petites classes : «La mission première de l’éducation a été formulée par Jean-Jacques Rousseau dans « l’Emile » : « Je veux lui apprendre à vivre ». Or, l’organisation de notre enseignement, découpé en disciplines, empêche de voir les problèmes fondamentaux de notre époque. »

Contradictions vitales

Edgar Morin est interrogé sur la pertinence du principe dialogique qu’il a formulé pour comprendre les antagonismes à l’œuvre au sein du réel. « Ce principe paraît insuffisant pour penser les contradictions du système capitaliste. Ne faudrait-il pas renouer avec la pensée dialectique ? » « Je n’ai jamais vomi Marx ni identifié le marxisme à ce qui se passait dans l’ex Union soviétique, souligne Edgar Morin. Mais ceux qui parlaient de dialectique l’ont utilisée pour justifier des changements contradictoires de politiques, en arguant un dépassement des contradictions pour atteindre une synthèse supérieure. Or, ces contradictions sont parfois vitales. C’est ce qui se passe à chaque seconde dans notre corps : nous vivons de la mort de nos cellules. Les idées de vie et de mort restent en contradiction mais elles nous font vivre, elles sont à la fois contradictoires et complémentaires ».
« A quelles conditions pourrait s’effectuer une transvaluation vers un ensemble de nouvelles valeurs qui permette de passer de l’autre côté du totalitarisme, malédiction qui menace nos sociétés ? demande-t-on à Edgar Morin. « La condition, dit-il, c’est la masse critique des mouvements déviants. Car en politique, l’efficacité de l’action est différente de l’efficacité physique. En politique, on est obligé de fournir beaucoup d’efforts qui paraissent vains pour que l’une de ses actions permette que quelque chose se transforme ».

Voir aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Morin

Tag(s) : #Débats

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