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PAR Éric Fassin, L’Observatoire du 6 mai

mardi 4 décembre 2007

 

Interrogé le 25 novembre sur M6, dans l’émission Capital, pour savoir si, malgré sa politique d’expulsions, « il y aura toujours des sans-papiers sur le territoire français », Brice Hortefeux s’exclame : « Ben, si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres, et s’agissant des immigrés, que ce soient exclusivement des immigrés légaux avec des papiers, la vérité c’est que c’est un combat permanent ». L’expression, relevée dans le quotidien en ligne Rue 89, est comparée par RESF aux propos bien connus de Jacques Chirac en 1991 sur « le bruit et l’odeur » des immigrés. Qu’elle n’ait quasiment pas été reprise dans d’autres médias en dit long sur la banalisation du racisme xénophobe.

Car il faut bien saisir l’intention de Brice Hortefeux dans son actualité. Revenons au contexte de l’interview. Le ministre vient d’être questionné avec rigueur par le journaliste Guy Lagache sur les contradictions d’une politique du chiffre. Il se justifie d’arriver seulement à 19 000 expulsions dans l’année, loin encore de l’objectif de 25 000 fixé par Nicolas Sarkozy. Mais il a des excuses : « Cet objectif était affiché alors que la Bulgarie et la Roumanie étaient totalement intégrées dans le système » – on devine qu’il s’agit du système des expulsions. Manque de chance, ces pays ont depuis été intégrés dans un autre système – l’Union européenne. Or, parmi les expulsés, « il y en avait grosso modo 1/3 qui étaient de Bulgarie et de Roumanie ». Donc, comme il s’agit désormais de ressortissants de l’Union européenne, l’intervieweur anticipe l’explication : « On ne peut plus les expulser… » Mais Brice Hortefeux l’interrompt aussitôt pour rectifier : « On les expulse plus difficilement ! Non, non, attendez, moi je ne laisse pas [dire] les choses comme ça. Je ne peux pas dire qu’on ne les expulse plus. Je veille à ce que ceux qui ne se conduisent pas bien soient expulsés ».

De fait, la manifestation des Roms à Paris, le 1er décembre, rappelle qu’aujourd’hui, et tout particulièrement en cette fin d’année, comme le souligne le Gisti, les Roms « sont devenus de la chair à expulsion pour le gouvernement français ». La logique est simple : « Même ressortissants de l’Union européenne, l’État français les empêche de travailler légalement en France en rendant quasi impossible l’obtention d’autorisations de travail. Condamnés alors à la pauvreté, ils se retrouvent dans des bidonvilles sans accès aux minimums vitaux (eau, électricité, sanitaires…) d’où l’on continue à vouloir les expulser sans arrêt, justement en tant que pauvres ou dépendant du système social ». Bref, on produit des citoyens européens expulsables, non seulement en les accusant de n’être ni « propres » ni « honnêtes », mais en les poussant à se conformer à ce cliché raciste. Autrement dit, là où la loi affirme des citoyens, européens ou français, qui ont en commun des droits, la politique d’expulsion produit des espèces différentes. On racialise les Roms pour justifier de les expulser. Brice Hortefeux n’a donc pas commis une gaffe ; ce « dérapage » dit la vérité amère de son ministère.

Sur Politis : http://www.politis.fr/Les-Roms-sont-ils-des-citoyens,2468.html

 

Tag(s) : #Tracts, déclarations et pétitions

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