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Sur http://www.unir.asso.fr/2007/12/02/l%e2%80%99unite-en-trois-actes/#more-171

Osons paraphraser le vieux Karl… Un spectre hante plus que jamais la gauche, celui de l’union des antilibéraux. Certes, par les temps qui courent, on ne parle généralement de cette hypothèse que pour la railler, la congédier ou la dénoncer. Il n’empêche… Qu’on l’évoque si souvent est déjà le signe qu’elle ne laisse pas indifférent, voire qu’on la redoute.

Ainsi, sommé d’expliquer la quasi-disparition du Parti socialiste au moment même où la société française commence à sortir du long assoupissement où la plongea la victoire de Nicolas Sarkozy, François Hollande a-t-il cru bon, cette semaine, de décréter qu’un Die Linke à la française ne verrait jamais le jour, puisque ne correspondant pas à notre structuration politique nationale. Ainsi, candidat à prendre la tête d’un grand pôle d’immobilisme au sein du Parti communiste, Nicolas Marchand mène-t-il une charge particulièrement violente dans l’Humanité de ce 29 novembre : « Des dirigeants du parti avancent l’idée que le “cycle” du congrès de Tours est dépassé et qu’il faut s’orienter vers la construction d’une nouvelle force politique agglomérant différentes composantes à gauche du PS : il s’agit d’un autre parti, avec la dissolution du PCF, et la dilution d’éléments communistes avec des socialistes de gauche et des trotskystes, très différents de notre culture communiste et marxiste. L’alternative, ce sont des changements très profonds, des novations d’idées, de pratiques et de structures ; une révolution culturelle, n’impliquant pas la création d’un autre parti, mais vers un PCF transformé. » Ainsi, manifestement soucieuse de ne surtout pas élargir l’espace qu’elle a préempté pour un « nouveau parti anticapitaliste », la majorité de direction de la LCR laisse-t-elle entendre qu’une formation large et pluraliste aurait forcément pour « centre de gravité » les institutions, « ce qui conduit inévitablement, dans les rapports de force actuels, à des alliances avec la social-démocratie sur la base d’orientations sociales-libérales » (ces mots sont extraits de sa contribution aux assises des collectifs antilibéraux, qui se tiennent ce week-end).

Les lignes recommencent à bouger

Tant d’attaques convergentes, y compris dans leur cacophonie, ne peuvent que se faire l’écho du resurgissement de l’idée d’un rassemblement des forces n’ayant pas renoncé à contester l’ordre libéral et capitaliste au nom de l’intérêt du plus grand nombre, de l’émancipation collective, du droit de chacun à devenir acteur de sa propre destinée. En une semaine, nous en aurons connu trois confirmations, aussi éclatantes que superbement ignorées des médias.

Le premier acte se sera joué au Caveau de la République, le samedi 24 novembre, à l’occasion des « forums-débats » organisés par « Maintenant, à gauche ! » Bien sûr, on nous dira qu’il ne suffit pas de réunir quelques centaines de participants pour changer la donne, et c’est parfaitement exact. Sauf que, cette fois, trois dimensions nouvelles ont donné son relief à la rencontre. En premier lieu, on retrouva, sur la même tribune, des responsables syndicaux ou associatifs de premier plan (Gérard Aschieri, Annick Coupé, François Desanti, Jean-Marie Harribey, Bernard Defaix, Claude Michel), pour réfléchir ensemble à un sujet qui eût pu leur apparaître tabou en d’autres occasions : l’articulation entre résistances sociales et réponses politiques. Ensuite, toutes les composantes de la gauche n’ayant pas sacrifié les principes sur l’autel de l’accompagnement du libéral-capitalisme avaient fait le déplacement, de figures du courant emmanuelliste à la gauche des Verts, en passant par la majorité de la LCR. Enfin, la journée aura vu s’élargir substantiellement l’arc de celles et ceux qui envisagent la constitution d’une force nouvelle : on connaissait, auparavant, la position d’un Dolez ou d’un Mélenchon ; on aura pu, ce samedi, entendre la communiste Marie-Pierre Vieu s’engager dans cette perspective, la verte Martine Billard l’évoquer très sérieusement au vu de la désagrégation de son parti et de la crise de la gauche, et le socialiste Jacques Généreux nous inviter à avancer résolument dans cette voie (même si, pour sa part, il affirme ne pas avoir encore renoncé à faire revenir à gauche sa propre famille politique).

Le deuxième acte aura eu pour théâtre le gymnase Japy. À l’invitation du Parti communiste, s’y sera déroulé, ce mardi 27, le premier grand meeting en faveur d’un référendum sur le nouveau traité ratifié, à Lisbonne, par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne. Ne nous racontons pas d’histoires, la dynamique unitaire ne s’y révéla pas impétueuse, d’autant que l’initiative ne se trouvait pas co-organisée. L’objectif se limitait, au demeurant, à la revendication, théoriquement élémentaire, d’une consultation des citoyens. Reste que la photo de famille avait, à elle seule, une portée symbolique forte, prolongeant celle de l’appel constitutif d’un Comité national pour le référendum (voir l’article qui a été consacré à l’événement sur ce blog). À peu de choses près, c’était celle des grandes soirées de 2005 en faveur du « non » de gauche. Que des dirigeants communistes de premier plan, des socialistes de gauche, un républicain social et un estampillé « trotskyste » comme votre serviteur aient été amenés à battre estrade ensemble possède une double vertu. Rappel est opportunément fait, à qui prétendrait l’ignorer, que la question européenne réfracte la fracture qui partage la gauche en deux orientations radicalement opposées. Et confirmation est donnée du fait que le refus de la régression ultralibérale ne saurait se dissocier du combat pour la démocratie, elle-même synonyme de souveraineté du peuple. Un combat auquel vont jusqu’à renoncer ceux qui considèrent leur horizon dorénavant borné par un capitalisme dont la brutalité souligne qu’il est entré dans un nouvel âge de son développement.

Mesurer l’attente sur le terrain

Le dernier acte (provisoire) se sera vu, en quelque sorte, décentralisé. À Tarbes, pour être précis. Mercredi 28, j’étais l’invité de la fédération communiste des Hautes-Pyrénées, en compagnie de François Delapierre (PRS) et de Pierre Zarka (communistes unitaires). Pour la petite histoire, il s’agissait-là d’un rattrapage : conviés à participer à un débat de la fête départementale de l’Humanité, en pleine grève d’Air France, nous n’avions pu nous y rendre… Naturellement, l’événement n’était pas, en lui-même, de nature à défrayer la chronique. Cela dit, des réunions de ce type se succèdent un peu partout - j’ai déjà eu l’occasion, sur ce blog, de rendre compte d’un précédent périple en Dordogne – et elles attestent que les murs de séparation sont en train de s’effondrer. C’est d’autant plus remarquable que nous nous trouvons en pleine période de préparation de l’assemblée générale extraordinaire du PCF, qui se tiendra le week-end prochain. L’auditoire ne s’y était d’ailleurs pas trompé. Dans la salle, outre une grande majorité de communistes, on relevait la présence de responsables syndicaux, de militants d’Attac, de camarades locaux d’Unir, et d’un représentant de la section tarbaise de la Ligue. Sous la présidence de Marie-Pierre Vieu, le débat fut aussi riche que l’écoute était respectueuse et même amicale. Si quelques adhérents exprimèrent leur attachement à la pérennité d’un Parti communiste, le sentiment convergent d’une large majorité de la salle fut, pour moi en tout cas, impressionnant. Sans que rien ne fût esquivé, l’échange porta sur les défis historiques qui s’imposent à nous : l’urgence d’offrir un débouché politique aux mobilisations, patente à l’occasion des derniers conflits ; la nécessaire refondation d’un projet socialiste prenant en compte nos défaites du siècle écoulé ; l’indispensable reconstruction d’une conscience de classe dont l’affaissement présent représente un paradoxe dans une société dont le salariat constitue l’immense majorité ; le rôle essentiel d’un parti pour y contribuer, mais la vacuité de l’entreprise si l’éparpillement persistait à gauche du social-libéralisme ; la méthode pouvant permettre de rebattre les cartes, sans que des compromis en demi-teinte interdisent à la réflexion collective de dépasser ce qui fait désaccord etc. Au final, j’aurai pu mesurer l’attente que soulèvent des échanges comme ceux-là : il est rare qu’un auditoire félicite aussi chaleureusement les orateurs en les remerciant d’avoir réveillé un espoir…

Il est des semaines, comme celle-là, dont on sort ragaillardi… Il faudra sûrement du temps pour parvenir à l’objectif. Une chose se confirme néanmoins : la gauche de gauche, la nouvelle force politique se dessinent au quotidien et sur le terrain, dans les débats autant que dans les échéances politiques et sociales.

Christian Picquet
Tag(s) : #Débats

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