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Par Georges Séguy, syndicaliste et communiste(*).

j’ai toujours veillé au respect de l’indépendance de la CGT et résisté à tout ce qui pouvait la compromettre, j’ai aussi soutenu le droit pour tous les syndiqués d’avoir en dehors du syndicat l’activité politique de leur choix. Durant mes quinze années de fonction de secrétaire général de la CGT, soucieux d’éviter toute confusion je me suis abstenu d’exprimer publiquement les raisons de mon soutien ou de mes réserves envers la politique de mon parti. J’ai adhéré au Parti communiste il y a soixante-trois ans, au moment où je suis entré en résistance en devenant FTPF. Depuis, j’ai vécu intérieurement tous les événements de la seconde partie du XXe siècle tout en exerçant syndicalement et politiquement mes responsabilités. Me voilà, aujourd’hui, militant de base et très préoccupé par les conséquences de l’échec cuisant de la gauche à la dernière élection présidentielle. Comment n’aurais-je pas envie de prendre part au débat engagé sur l’avenir de mon Parti ?

Il y a une douzaine d’années je redoutais les dangers d’une contestation de tendances à l’intérieur du Parti susceptible de nuire à son unité. Cette crainte me paraît aujourd’hui dépassée, l’important n’est plus la cohésion de ce qui reste du Parti mais sa survie qui - à mon sens - ne peut être qu’une métamorphose.

Sans grandes illusions mais avec l’espoir d’une nouvelle perspective de rassemblement unitaire, j’avais accueilli positivement les rapprochements entre les différentes formations de la gauche antilibérale, les idées et les objectifs avancés dans leur programme. Malheureusement, quand la question de la désignation d’une candidature valable à l’élection présidentielle fut débattue, la ténacité avec laquelle chaque tendance voulut imposer la sienne fit voler en éclats les premières avancées unitaires de cette nouvelle entente. Je ne pense pas que cette regrettable rivalité ait découlé d’ambitions personnelles. Mais si elle a été inspirée par l’idée, politiquement puérile, que l’élection présidentielle pouvait être l’un des meilleurs moyens de renflouer son influence électorale, c’est bien triste pour ceux qui résistent à l’argument selon lequel l’élection présidentielle est, désormais, le scrutin le plus important de la Ve République, comme l’affirment les partisans à droite et à gauche d’un bipartisme propre à bâillonner la démocratie. Bien qu’elle ait échoué en mettant en évidence les efforts unitaires qui restent à déployer pour que l’intérêt du rassemblement prime sur l’esprit de chapelle, je pense qu’il ne faut pas abandonner cette expérience. Elle a laissé dans la mémoire de l’électorat progressiste l’espoir d’une perspective de nouvelle gauche dynamique capable d’inciter l’autre pôle de la gauche à sortir de son actuelle torpeur. Sachons tenir compte de cette espérance et multiplions des initiatives largement instaurées avec toutes les forces décidées à changer la société.

J’apprécie la décision de prolonger la réflexion en cours sur les causes du déclin de l’influence communiste jusqu’au 34e Congrès, fin 2008. Elle permet à tous les communistes ayant une opinion à exprimer de prendre leur temps et de parler ou d’écrire en toute quiétude. Je partage l’idée d’approfondir l’analyse de notre passé. Je pense qu’une telle recherche anticiperait judicieusement sur l’écriture d’une réelle histoire du Parti communiste français, sur ses mérites, ses erreurs, sur les raisons pour lesquelles il est devenu au lendemain de la Libération le premier parti de France. Cette rétrospective permettrait d’évoquer, entre autres réalités, son rôle dans la Résistance et donc de montrer qu’il ne fut pas seulement le « Parti des fusillés » mais qu’il fut aussi et surtout, avec la CGT illégale, le principal organisateur de la résistance intérieure populaire civile et armée, ce dont il est peu question dans les manuels scolaires et que nous-mêmes n’avons pas suffisamment mis en évidence.

J’ai été attentif à la proposition de plusieurs camarades qui consisterait à remplacer le Parti par un unique parti révolutionnaire regroupant toutes les tendances anticapitalistes. Franchement, je ne crois pas qu’il soit possible d’aboutir dans de brefs délais à une telle fusion politique, trop de différences et de divergences idéologiques différencient les formations concernées par cette hypothèse. Pour les mêmes raisons, il est peu crédible que l’une ou l’autre de ces tendances puisse prétendre être le noyau fondateur d’un tel parti. Par contre, il devrait être possible d’aboutir à brève échéance à une entente entre toutes ces forces au sein, par exemple, d’un collectif national permanent de réflexion où l’élaboration d’objectifs communs et d’actions concrètes pourrait être le début d’une nouvelle union de gauche ouvrant la perspective d’un vrai changement de société. Les convergences ne manquent pas pour matérialiser cette idée. Si le PCF réussit sa métamorphose, j’ai la conviction qu’il pourra, avec le concours de son fort potentiel militant, être l’un des meilleurs partenaires de cette innovation. Le jour où il sera vraiment possible de nous unifier au sein d’un seul parti, je ne serai pas de ceux qui feront du maintien du mot communiste dans son titre un préalable absolu à cette union organique, mais par respect pour l’histoire de la pensée communiste, et de la signification que ce mot a toujours eu pour ceux qui l’ont tenu pour un idéal profondément humaniste, je n’accepterai pas qu’il soit condamné et proscrit.

Pas question de transformer le communisme en religion mais, de grâce, que les valeurs humanitaires qu’il recèle et qui restent ancrées dans l’esprit des militants de ce parti soient respectées.

Nos projets d’avenir ne sauraient minimiser l’importance actuelle de notre résistance à la politique, non pas de réformes mais de régression sociale, lourde de conséquences pour le monde du travail. Denis Kessler, porte-parole du grand patronat, a incité récemment le pouvoir à « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Cette déclaration en forme de directive peut être considérée comme la feuille de route élaborée par le MEDEF à l’intention du président de la République. Il s’en acquitte avec d’autant plus d’arrogance qu’il ne rencontre guère de résistance politique à ses objectifs destructeurs des conquêtes sociales de la Résistance. Alors que le mécontentement général s’accroît et que les luttes se multiplient, pourquoi le plus important des partis de gauche donne-t-il l’impression de s’en tenir à une opposition virtuelle ? Ses leaders iront-ils jusqu’à nous expliquer qu’il n’y a aucune chance d’alternative politique avant la prochaine élection présidentielle en 2012 ? En vérité, Sarkozy et son gouvernement sont au service d’un processus européen et mondial qui doit absolument se débarrasser de ce qui subsiste du modèle social français pour réussir l’alignement social par le bas d’une mondialisation capitaliste sous domination des géants transnationaux de l’industrie, du commerce et de la haute finance.

On entend parfois dire : « Il n’est pas possible que notre peuple se résigne à un fatalisme qui serait selon ses protagonistes la seule évolution concevable des populations de la planète et le sommet de l’histoire du genre humain. » Cette appréciation est certes fort pertinente, mais elle suscite une énorme interrogation : « Si une autre forme de mondialisation plus humaine est vraiment possible, que sera son contenu et comment la ferons-nous triompher ? »

D’ores et déjà, il est deux réalités incontestables qui s’imposent : premièrement l’échec de la vieille conception sociale-démocrate louant les vertus sociales du compromis avec le capitalisme, deuxièmement la faillite du socialisme d’État sous la direction d’un parti unique adepte de la « dictature du prolétariat ». Ces deux réalités ne nous laissent pas d’autre choix que la recherche d’une nouvelle voie d’émancipation humaine et de progrès social ouvrant la perspective du socialisme du XXIe siècle.

N’attendons pas de la pensée d’un génie la meilleure marche à suivre pour y parvenir, ayons confiance en l’intelligence collective de toutes celles et de tous ceux qui aspirent à ce monde nouveau.

(*) Extrait du prochain livre de Georges Séguy à paraître en mai 2008 aux éditions de l’Archipel-Belfond.

(L’Humanité du 30 novembre)

Tag(s) : #Débats

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