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La génération à laquelle appartiennent les occupants de l’estrade ne fait rien à l’affaire, on a ici l’impression de regarder dans un rétroviseur, tant les propos tenus sont légèrement recuits, quelquefois ambigus et finalement très convenus.

 

En gros, l’un dit, tout en donnant un coup de chapeau formel (?) aux luttes, qu’il faut gagner les élections et bien gérer pour répondre aux aspirations populaires. La seconde dit qu’il faut lutter mais aussi gérer, sinon on ne répond pas aux besoins populaires et du pays. Le troisième dit qu’il ne sert à rien de gérer, qu’il suffit de lutter, la quatrième nous rappelant qu’il ne faut pas oublier la planète dans tout ça…

 

Est-ce vraiment avec cette « offre »[1] politique-là que la gauche combattra efficacement contre la droite libéral-autoritaire et pour une France à la hauteur de ses ambitions légitimes en matière de liberté, de justice et de gestion intelligente de la planète, ceci dans un monde marqué par les effets, contradictoirement bénéfiques et négatifs,  de la  « mondialisation ».

 

L’ « offre » est aujourd’hui la suivante.

 

Droites bonapartiste, orléaniste, légitimiste lit-on dans les manuels de sciences politiques. Sarkozy a réussi à les fédérer pour l’instant, électeurs d’extrême droite compris: il n’est pas sûr que cela tienne aussi longtemps qu’il l’espère car les contradictions sont là, les ambitions personnelles aussi…

 

Gauche social-libérale, gauche protestataire, gauche de transformation sociale combinant perspective révolutionnaire et réformisme fort : cela a toujours existé depuis plus de deux siècles mais cette dernière existe-t-elle toujours en tant que forme politique organisée?

 

La réponse est évidemment non avec le déclin avéré du PCF. Pour tous ceux qui adhèrent vraiment à la gauche, la question centrale du moment[2] est là. Il n’y a plus de majorité arithmétique à gauche et plus d’arrimage solide de toutes les forces composant la gauche aux valeurs essentielles de la gauche…

 

Une gauche qui se fixe comme ambition un ajustement social-libéral à la mondialisation ne sert pas à grand chose puisqu’elle propose en fait, en mou et avec moins de paillettes, de faire du Sarkozy. Il suffit de lire le tissu de banalités, au regard de l’idéologie dominante, présenté par le récent manifeste des Gracques « pour une gauche moderne » pour s’en rendre compte.

 

http://www.lesgracques.fr/web/content/view/24/36/

 

Les politiques à déduire de ces considérants sont  à peu prés les mêmes que celles résultant de la politique actuelle. La nomination d’une des ex-têtes de file des Gracques[3] comme ministre des affaires européennes illustre évidemment cette réalité. La perméabilité d’une partie du PS à la politique de débauchage de Sarkozy aussi[4].

 

En effet, la seule gauche vraiment utile en tant que gauche, c’est une gauche de transformation sociale, combinant la mise en œuvre d’un réformisme fort là où elle gère et une perspective révolutionnaire toujours maintenue en ligne de mire.

 

Cette place a été longtemps été largement occupée par le PCF : 87 ans après sa création à partir des mouvements pacifiste et socialiste, configuré dans la matrice léniniste, ce dernier n’est à l’évidence plus en mesure de jouer ce rôle.

 

Les historiens travaillent sur cette longue histoire, avec ses ombres et ses lumières, c’est utile mais ce n’est pas le plus urgent. Les nostalgies diverses sont très compréhensibles mais le temps presse.

 

Le piège est ouvert : comme d’autres peuples européens, les Français n’auraient plus le choix qu’entre une version sociale et une version dure d’un ajustement libéral à la mondialisation.

 

Le Modem, son projet de parti démocrate, c’est la première voie, c’est la disparition programmée de cette « vraie » gauche si une fraction significative du PS s’allie ou adhère à ce projet. Certains discours de S. Royal, de M.Valls et d’A. Montebourg montrent que ceci n’est pas de la théorie.

 

Certains peuvent penser : on a déjà vu ça. Une alliance relookée centristes- PS n’est aujourd’hui pas comparable à ce qu’était hier l’alliance MRP-radicaux-SFIO car il y avait alors dans le système politique un contrepoids : un PCF fort à gauche.

 

Au « Que faire ? » d’aujourd’hui, la réponse ne peut être que la construction d’un parti populaire résultant de l’alliage des cultures politiques représentées dans les organisations dont les leaders ont été évoqués au début de ce propos, plus des alters de diverses obédiences.

 

Ceci passe par les luttes communes et par les élections municipales prochaines.

 

La question du comment est difficile : les réseaux de citoyens existent sur des sujets thématiques. Les collectifs antilibéraux et unitaires sont une expérience de travail politique généraliste entre les cultures politiques à unir.

 

L’échec de la candidature commune fin 2006 a montré les limites de cette approche en l’absence de volonté politique de convergence au sommet des réseaux et organisations.

Les congrès et autres assises de la gauche prévus par les uns et les autres n’auront un intérêt et un rôle historique que si elles contribuent à nous rapprocher de la construction de cette force nouvelle de transformation sociale.

 

Ce n’est pas gagné, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il n’y a pas de voie royale.

 

Je note que nos camarades et amis allemands et italiens ont pris de l’avance sur nous, dans un contexte différent, à ce sujet.



[1] Comme on dit aujourd’hui;

[2] En fait, elle est posée depuis un bon moment en France et ailleurs;

[3] J-P Jouyet ;

[4] Attention à ne pas mettre tout le monde dans le même panier : par exemple, on peut se demander ce que Sarkozy, en tant que « petit Bush », pourra faire du récent rapport d’Hubert Védrines sur la mondialisation !

Tag(s) : #Editorial

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