Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lu sur https://www.humanite.fr/les-riches-prennent-une-part-du-ghetto-694356

Les riches prennent une part du ghetto

Vendredi 2 Octobre 2020

Les inégalités socio-économiques entre les très riches et les très pauvres se matérialisent dans des quartiers de plus en plus endogames, qui se referment sur eux-mêmes.

 

À la différence des supposés « ghettos d’immigrés », qui se forment non pas par volonté des populations concernées mais par l’effet repoussoir des prix du logement, les riches cultivent une stratégie de séparation spatiale. « Une partie des élites est entrée dans une logique d’autonomisation vis-à-vis du reste de la société, relate le politologue Jérôme Fourquet. Cela s’est accéléré du début des années 1990 jusqu’à aujourd’hui. »

Le phénomène est particulièrement criant en Île-de-France, où les écarts de revenus sont les plus forts. Selon une étude de septembre publiée par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), les cadres sont dans une stratégie « d’évitement » des classes populaires, qui conduit à la concentration des plus aisés dans des « territoires de richesse ». Et, a contrario, à l’appauvrissement des quartiers qu’ils désertent. « L’enchérissement des prix de l’immobilier et des loyers exclut progressivement les catégories modestes du parc locatif privé ou en propriété », relève l’Apur.

De cet entre-soi géographique découle un certain nombre de pratiques qui permettent aux riches de rester entre eux, en recherchant notamment des espaces de socialisation communs pour leurs enfants. « Les contournements de la carte scolaire, le privé, les choix des langues à l’école, l’introduction des années de césure dans les cursus sélectifs… », détaille Jérôme Fouquet, sont autant de façon de s’assurer de rester en milieu social fermé.

Jusqu’à parfois s’emmurer pour s’assurer de son imperméabilité. Dans le 16e arrondissement de Paris, la Villa Montmorency est une résidence fermée et surveillée, célèbre pour abriter des figures du cinéma et de la scène, ainsi que des pontes de l’industrie (Xavier Niel y possède par exemple une maison). Longtemps restées fantasme de science-fiction, les « gated communities », ou résidences fermées pour riches, se multiplient, par peur du moins fortuné ou par désir d’endogamie sociale. Aux États-Unis, tristement à la pointe sur le sujet, elles forment parfois de véritables microsociétés, avec leur propre « milice » de sécurité privée, leur propre groupe scolaire, leur propre centre commercial, leurs propres offices religieux… Une véritable sécession spatiale.

Tag(s) : #Logement

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :