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antillons de Covid-19. © Philippe Desmazes/AFP

 

Mercredi, 22 Avril, 2020

L'étude épidémiologique qui enterre toute « immunité collective »

Lu sur https://www.humanite.fr/letude-epidemiologique-qui-enterre-toute-immunite-collective-688134

Selon l’Institut Pasteur, seuls 5,7 % des Français auront été contaminés par le virus le 11 mai. Cette donnée anéantit tout espoir d’atteindre « l’immunité de troupeau » qui permet de stopper une épidémie. Et va peser lourd sur les conditions du déconfinement, explique l’auteur principal de l’étude.

 

À chaque nouvelle étude, c’est notre « vie d’avant » qui semble s’éloigner un peu plus. Celle menée par l’Institut Pasteur (avec Santé publique France et l’Inserm) n’a pas dérogé à la règle. Son principal enseignement : seuls 5,7 % des Français auront été infectés par le virus le 11 mai prochain, début du déconfinement (progressif), décidé par le chef de l’État. Un chiffre qui anéantit tout « espoir » d’atteindre « l’immunité de troupeau » qui permet de stopper une épidémie. « Il faudrait 70 % de personnes touchées. On en est très loin, constate l’auteur principal de l’étude, Simon Cauchemez. Il faudra donc maintenir des mesures pour limiter la propagation du virus, après le 11 mai. On ne pourra pas compter sur l’immunité collective », tranche le responsable de l’unité Modélisation mathématique des maladies infectieuses de l’Institut Pasteur.

Pas l’immunité suffisante pour sortir du confinement sans problème

La nouvelle n’a rien d’un scoop, mais elle a le mérite de justifier ce qu’Édouard Philippe affirmait, dimanche, en déclarant que « le retour à la vie d’avant » ne se ferait « probablement pas avant longtemps ». Pour parvenir à cette donnée, les auteurs ont croisé les informations sur les hospitalisations et les décès en France, avec les taux de létalité du virus mis au point par les études épidémiologiques les plus abouties, en particulier celle menée sur les passagers du paquebot Diamond Princess. Résultat : 5,7 % de contaminés en France, mais aussi (seulement) 12 % en Île-de-France et dans le Grand-Est, régions très touchées. « Que ce soit 6 %, 10 % ou même 20 %, ça ne change pas la nature du problème : on n’aura pas l’immunité suffisante pour sortir du confinement sans problème », souligne Simon Cauchemez. « Ces chiffres sont inquiétants, renchérit le Dr Serge Alfandari, infectiologue au centre hospitalier de Tourcoing. Ce faible nombre fait peser de lourdes incertitudes sur l’impact du déconfinement. Un second pic de contamination est à craindre et les hôpitaux vont devoir suivre. Or, quand on voit dans quel état se sont trouvés les services de santé du Grand-Est, avec seulement 12 % de la population touchée, cela laisse craindre le pire pour la suite… »

Entre 30 et 88 % de cas asymptomatiques

À l’affût de toutes les nouvelles études sur le virus, l’épidémiologiste Catherine Hill voit dans celle de l’Institut Pasteur une simple confirmation. Elle s’alarme plus des travaux rendus publics, lundi, par l’institut californien de recherche biomédicale Scripps, qui montrent l’ampleur du nombre de porteurs asymptomatiques du virus. « Les chercheurs ont compilé les études menées en Islande, dans la commune de Vo (Italie), sur le Diamond Princess ou le porte-avions Charles-de-Gaulle, et le constat est clair : la proportion d’asymptomatiques varie entre 30 et 88 %. Dans ces conditions, ne tester que les personnes avec symptômes, après le 11 mai, comme le propose le gouvernement, semble très insuffisant. C’est plutôt les autres qu’il faut tester ! Là, on va laisser se balader au moins la moitié des personnes infectées. Avec le risque que le virus reparte. »

 La létalité varie avec l’âge et le sexe 

L’étude de l’Institut Pasteur ne s’est pas contentée de prévoir l’ampleur des contaminations attendues en France à l’orée du déconfinement. Elle a aussi précisé l’impact des mesures de restriction en place depuis le 17 mars, mais aussi celui de la maladie sur les cas positifs. Grâce au confinement, « le nombre moyen de personnes infectées par un cas est passé de 3,3 à 0,5 », ce qui a permis de limiter l’afflux trop massif de patients à l’hôpital. Selon l’étude, le taux d’hospitalisation des personnes touchées serait de 2,6 % (31 % chez les plus de 80 ans), et le taux de mortalité de 0,5 % (13 % chez les plus de 80 ans). « La létalité varie avec l’âge et le sexe », remarque Simon Cauchemez. « Les hommes sont bien plus à risque de décéder lorsqu’ils sont infectés que les femmes (+ 50 % de risque) et ce différentiel augmente avec l’âge », poursuit-il.

Est-il alors trop tôt, à la lumière de ces données, pour déconfiner le 11 mai ? « Non, il fallait organiser la transition vers un retour à l’activité, y compris pour des raisons sanitaires, répond le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste et coauteur de l’étude. La clé, c’est d’être prêt sur le plan logistique, avec les bons tests, la bonne appli de traçage, l’adhésion de la population, des services de réanimation désemplis… Mais on devait se jeter à l’eau. »

Alexandre Fache avec Florent le du
Tag(s) : #Coronavirus

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