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Lu sur https://www.humanite.fr/financement-des-retraites-laccord-impossible-685199

Financement des retraites, l’accord impossible

Jeudi, 27 Février, 2020
 

La conférence de financement chargée d’identifier les solutions pour que les comptes du système de retraite trouvent l’équilibre en 2027 est, comme il fallait s’y attendre, mal partie. Dès le départ, le gouvernement a voulu dramatiser la situation en choisissant une présentation taille XXL du besoin de financement. Le « déficit cumulé » serait de 113 milliards à horizon 2030. Curieuse présentation, jusque-là inédite, qui consiste à additionner sur une décennie les 12 milliards annuels de besoin de financement, besoin préalablement estimé par le gouvernement. Si ce chiffre paraît astronomique, c’est parce qu’il s’agit d’un cumul sur dix ans. Il est surtout à mettre en rapport avec celui du volume de richesses cumulées, créées pendant la même période, soit près de 25 000 milliards d’euros. Le besoin de financement relatif à la richesse produite sur dix ans est bien de 0,45 % du PIB, soit une valeur somme toute modeste pour un système qui pèse 14 % du PIB.

Les documents portés à la connaissance des participants n’apportent pas d’éclairages supplémentaires sur l’origine du besoin de financement affiché par le gouvernement. Le Conseil d’orientation des retraites, qui avançait pour 2025 un déficit de – 7,9 à – 17,2 milliards d’euros, a pourtant montré que ces chiffres résultaient largement du comportement de l’État-employeur. Ce dernier a réduit ses engagements envers le système de retraite, soit 3 à 4 milliards de non-compensation des mesures d’urgence prises en décembre 2018, et plusieurs milliards correspondant aux cotisations d’équilibre des régimes spéciaux intégrés dans le régime universel. Ajoutons-y le refus injustifié d’assumer les 4 à 5 milliards de déficit de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Autant de problèmes pouvant être résolus sans allongement de la durée de cotisation. Pour cela, la priorité est la sortie de la politique d’exonération de cotisations patronales, qui coûte plus de 50 milliards d’euros aux finances publiques. En second lieu, il s’agit de mettre à contribution des revenus financiers d’entreprises au moins à hauteur de la cotisation de leurs salariés.

La réflexion ne peut cependant rester enfermée dans l’horizon de la décennie à venir. Le long terme est beaucoup moins inquiétant pour les retraites que l’on a bien voulu le dire. Le nombre de retraités va certes continuer à croître jusqu’en 2035, mais modérément une fois passé le pic correspondant à la retraite des baby-boomers d’après-guerre. Les ressources, quant à elles, dépendent du taux de croissance de l’économie. Financer à l’horizon 2060 les 3 points de PIB indispensables pour ouvrir un droit à une retraite convenable pour tous est tout à fait crédible. La croissance économique d’ici à 2060 va entraîner une augmentation du PIB, 80 % soit 1 600 milliards dans l’hypothèse très pessimiste retenue par le COR. De quoi trouver les ressources suffisantes pour couvrir, dans tous les cas de figure, le besoin de financement des retraites.

La conférence financière actuelle voulue par le gouvernement fait fausse route. Le péril à conjurer ne se situe pas dans l’équilibre financier des régimes, mais bien dans le décrochage programmé par la réforme, en cours de discussion, du niveau des pensions par rapport au niveau des salaires des actifs.

Tag(s) : #luttes citoyennes, #luttes sociales

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