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Que faire ?

A l’heure où les Marcheurs cherchent à plumer la volaille LR, où tous les partis de gauche, a priori dévolus à représenter le peuple, se dépeuplent, où le RN prospère et où l’écologie politique fonctionne comme une valeur refuge, le débat au sein de la gauche de gauche (=non social- libérale) se noue me semble-t-il autour de 3 questions :

-la question de la ligne, populisme ou rassemblement des gauches ;

-la question de l’incarnation, un leader ou un collectif dirigeant ;

-la question de l’organisation, parti ou mouvement.

La ligne :

Clairement, l’appel à l’action ne suffit pas, sinon le mouvement des Gilets jaunes aurait débouché sur d’autres résultats aux élections européennes.

Aujourd’hui, on tend souvent à penser que le choix est à faire entre populisme d’une part et reconstitution d’une nouvelle union de la gauche, ou de la gauche plurielle (c’est-à-dire la précédente élargie aux écolos) d’autre part. D’autres estiment que, leur temps étant venu, il conviendrait de se rassembler autour d’eux : après avoir bouffé la pastèque verte et rouge de Mélenchon (JLM) ces trois dernières années, il faudrait déguster le melon vert de Jadot.

Tout le monde se dit écologiste aujourd’hui, même Macron, même Le Pen, car la prise de conscience est là : il faut sauver, non la planète, qui peut vivre sans nous, mais la capacité de l’espèce humaine à vivre dans de bonnes conditions sur la Terre.

Pour les acteurs du mouvement ouvrier et démocratique, il ne devrait pas y avoir de difficultés : dans ses premiers écrits, Marx insistait sur les tendances prédatrices du capitalisme autant en ce qui concerne les ressources naturelles que l’humanité exploitée. Fait encore moins connu, il a existé au début de la révolution bolchevique des écologistes soviétiques vite liquidés par la pente productiviste du stalinisme. L’ensemble du mouvement ouvrier et démocratique a suivi…

La lutte pour la démocratie et la justice sociale reste évidemment fondamentale mais les terrains de luttes sociale et citoyenne sont aujourd’hui plus diversifiés. Devenus incontournables, certains occupent une place essentielle. Au premier chef les droits des femmes, menacés un peu partout dans le monde, sont un enjeu central touchant plus de la moitié de l’humanité. Les droits de diverses « minorités » sont aussi prégnants.

La clarification des relations entre le genre humain et les espèces animales avec lesquelles nous partageons la même Terre est aussi un sujet.

Un programme de gauche est donc aujourd’hui obligatoirement beaucoup plus diversifié qu’il y a 40 ans.

Tout cela est plus ou moins présent dans les programmes présentés par les diverses forces de gauche aux dernières élections présidentielles et européennes. Rien n’est à jeter, mais tout est à revisiter, sans recherche de cohérence ni tri a priori. Le plus inquiétant aujourd’hui est qu’on ne voit pas qui travaille ces sujets en ces temps où le court terme prévaut systématiquement sur le moyen- long terme. Cette capacité est à reconstituer au plus vite, et pas seulement avec les intellectuels.

Quant au périmètre des orientations à promouvoir aujourd’hui, face aux enjeux du climat, de la biodiversité, des inégalités de richesse et d’accès à la connaissance, aux désordres mondiaux menaçant la paix, aux défis posés par de nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle, il sera forcément socialo- écolo- communiste.

Sinon, il ne sera pas.

L’incarnation :

Sans jamais oublier la seconde strophe de l’Internationale (ni dieu ni césar ni tribun…), il convient de reconnaitre que sous cette foutue Cinquième République aggravée par le quinquennat, où la personnalisation de la vie politique est poussée à outrance par l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, avec un système médiatique qui s’en gave, la question de l’incarnation d’un courant ou rassemblement politique pèse jusqu’à l’excès.

Dans le cadre du Front de Gauche, puis de la France insoumise (FI) en 2017, JLM, grâce à son talent oratoire et à une culture indéniable, a joué remarquablement la fonction de tête de gondole : vocation tribunicienne, fonction de représentation des couches populaires et moyennes, sur la base des valeurs universelles de progrès autrefois exercée principalement par le PCF. Mais, depuis deux ans, ses prises de position systématiquement dégagistes (sauf pour lui…) et anti- unitaires, ses insultes sans discernement contre la presse, son cinéma grotesque face aux perquisitions de l’automne et autres outrances personnelles l’ont de fait écarté de la possibilité d’exercer ce rôle aujourd’hui. Qui aurait confiance, s’il arrivait au pouvoir, dans un personnage aussi imprévisible et peu maître de ses colères, fussent- elles légitimes ?

On ne voit pas encore qui pourrait jouer ce rôle aujourd’hui. La solution, au moins transitoire, est sans doute dans la mise en orbite d’un porte-parolat collectif, pluraliste, efficace médiatiquement et représentatif du rassemblement populaire à construire.

Pourquoi ne pas voir du côté des têtes d’affiche apparues lors des dernières élections européennes ?

L’organisation :

 Cela fait des lustres que je ne crois plus à l’avant- garde éclairée qui guiderait le peuple vers des lendemains qui chantent. L’histoire des diverses variantes d’organisations inspirées par le marxisme léninisme a tranché. L’efficacité de la prépondérance d’un noyau dirigeant et du centralisme démocratique afférent a été démontrée pour prendre le pouvoir, pour créer les bases de formes économiques et sociales non capitalistes dans des sociétés peu développées. Cette efficacité s’estompe quand la société se complexifie. Il convient alors de privilégier la décentralisation des formes, la déconcentration des choix. Le cas de la Chine, du fait de son histoire impériale, n’infirme pas ce constat, bien que ce soit aujourd’hui une société développée.

La FI a eu une bonne intuition en privilégiant la création d’un mouvement, et non d’un parti classique, forme mieux adaptée à une société plus horizontale, rendue nécessaire par les aspirations citoyennes et possible par les nouvelles technologies. D’ailleurs Macron a fait de même pour rassembler l’extrême- centre, Cinq Etoiles en Italie aussi…

Mais le mouvement « gazeux » prôné par JLM, faute de clarification suffisante de ses règles de fonctionnement, est vite apparu comme une nébuleuse, voire une auberge espagnole peu démocratique où, ce qui compte, c’est la présence médiatique et la capacité oratoire. Dans un tel contexte, le militant est vite en manque de repères, sans maitrise et en proie à toutes les manoeuvres éventuelles d’un noyau dirigeant qui se constitue inévitablement sans que la source de sa légitimité soit claire.

Dans la pratique, c’est au sein du groupe parlementaire FI que s’est autodésigné une direction politique, au moins apparente. C’est évidemment inadapté au fonctionnement d’un courant qui se veut démocratique et apte à gouverner pour conduire une transformation sociale progressiste.

Rien là- dedans qui puisse donner confiance, et donc envie de s’engager, notamment au sein des couches populaires qui ont en France une longue expérience des luttes sociales et politiques, et ne s’en laissent pas conter si facilement.

De ce point de vue, l’expérience du Front de gauche, en rassemblant, tout en conservant les repères antérieurs que sont les partis et autres organisations, offrait davantage de potentialités vers la constitution d’un mouvement adapté au temps. Sous une réserve importante : il n’aurait pas dû en rester à un cartel d’organisations et devait s’ouvrir à l’adhésion directe de citoyens ne souhaitant pas s’encarter dans telle ou telle organisation préexistante. Ces derniers, on le sait, sont de plus en plus nombreux.

Revenir à un redéploiement politique de ce genre, autour du contenu politique esquissé plus haut, constituerait sans doute une voie. Beaucoup de paresse intellectuelle, de conformisme militant et d’égos disproportionnés devraient être dépassés pour y parvenir.

Est- ce vraiment impossible à un moment de recomposition politique où c’est toute la gauche de transformation sociale qui peut disparaitre en tant qu’entité politique opérante ?

Un peu de lucidité et de détermination ne nuit pas, surtout à un moment où l’espace électoral le plus important reste celui de la gauche, malgré les vicissitudes de la dispersion.

J. Allain, le 18/06/2019

Tag(s) : #Gauche de gauche

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