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Le nec plus ultra ? La session, dès 2006 de 9 000 kilomètres d’autoroutes à Vinci, Eiffage et Abertis au moment où le réseau devenait rentable. PHOTO LAURENT CERINO/REA.
Le nec plus ultra ? La session, dès 2006 de 9 000 kilomètres d’autoroutes à Vinci, Eiffage et Abertis au moment où le réseau devenait rentable. PHOTO LAURENT CERINO/REA.

Le fiasco de trente ans de privatisations

Jeudi, 20 Juin, 2019
France Télécom, Renault, GDF, Autoroutes de France... en 1986, le tournant néolibéral gagne l’État. Depuis, il joue au grand déstockage d’entreprises, mais n’en est pas pour autant plus riche. Quant aux usagers – devenus au passage des clients –, ils payent plus, pour moins bien.
Lu sur https://www.humanite.fr/analyse-le-fiasco-de-trente-ans-de-privatisations-673764
 

Depuis que les idéologues néolibéraux ont le vent poupe (au tournant des années 1980), les privatisations nous sont vendues comme un remède miracle. Remède miracle pour les finances publiques, qui seraient ainsi soulagées de fonctionnaires qui coûtent trop cher. Remède contre une bureaucratie inefficace, et contre des services publics dont les dysfonctionnements trouveraient leur origine, toujours selon ces néolibéraux, dans la nature publique de leurs capitaux. « L’État n’est pas la solution à notre problème, il est le problème », disait le président américain Ronald Reagan.

Pour « résoudre » le problème, les gouvernements successifs de ces trente dernières années ont donc privatisé. À tour de bras, et sous toutes les formes, « dérégulations » comprises. Des entreprises publiques comme GDF ont d’abord vu leur statut changer, devenant des entreprises de droit privé mais à capitaux publics, avant que les capitaux en question ne soient vendus à des groupes privés. La SNCF est elle aussi l’objet de toutes les attentions, et doit devenir une « société nationale à capitaux publics », dans la perspective de l’ouverture du rail à la concurrence. Chaque fois, ces privatisations, qu’elles disent leur nom ou pas, ont été présentées comme étant au seul bénéfice du contribuable et de l’usager.

La réalité est bien différente. La libéralisation du marché de l’énergie et la privatisation de GDF n’ont pas permis à « l’usager » d’y gagner un centime. Les expériences menées dans les pays anglo-saxons qui ont privatisé à tour de bras dès les années 1980 n’ont pas non plus servi de contre-exemple : la privatisation du rail en Grande-Bretagne s’était soldée, dès les années 1990, par une vétusté et un taux d’accidents record des trains britanniques. Mais l’exemple de fiasco le plus récent et le plus frappant est sûrement celui des autoroutes françaises.

En 2005, le premier ministre Dominique de Villepin avait décidé de privatiser 9 000 kilomètres d’autoroutes. Vinci, Eiffage et Abertis rachètent ainsi le réseau français pour 15 milliards d’euros, au moment où celui-ci allait entrer dans sa phase la plus rentable. Encore une fois, avec cette opération, la privatisation des bénéfices après l’amortissement des investissements publics confirmait qu’elle est bien une règle dans le monde néolibéral. Et elle est juteuse pour les acquéreurs : depuis 2006, les sociétés d’autoroutes ont distribué 27 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires. Pour les usagers, en revanche, ainsi que l’ont mis évidence les gilets jaunes en occupant des péages, les tarifs n’ont fait qu’augmenter… Un marché avec peu de risques pour les sociétés privées, qui financent leurs investissements avec la hausse des tarifs, comme l’a souligné dès 2013 et 2014 la Cour des comptes, et non avec leurs bénéfices. Racheter les concessions à l’État et accepter de récupérer la dette de 20 milliards d’euros des autoroutes s’est donc révélé une opération juteuse pour les groupes privés. Tandis que l’État a perdu le contrôle d’un outil fondamental pour ses politiques de transport et les recettes, encaissées par les actionnaires privés.

Le dernier grand fiasco en date ? Celui de la privatisation de l’aéroport de Toulouse. Cela prend un relief particulier au moment où le gouvernement veut privatiser ADP. La justice a annulé en avril dernier la procédure de vente des actions de l’État au groupe chinois Casil, donnant raison aux syndicats (CGT, FSU et Solidaires) qui avaient engagé cette procédure. Le tribunal de commerce devra se prononcer sur la vente elle-même… Sur ce dossier, la Cour des comptes avait également émis des doutes sur l’acquéreur, son « manque d’expérience en gestion aéroportuaire » et son « manque de transparence financière ». L’État a attaqué cette décision judiciaire, visiblement peu pressé de récupérer ses actions et les 30 millions de dividendes qu’avaient déjà versés Casil à ses actionnaires.

Quoi qu’il en soit, après trente ans de privatisations, l’État s’est ainsi dépossédé de la moitié des entreprises qu’il gérait encore à la fin des années 1980. Il s’est ainsi appauvri, tant financièrement que politiquement. Ce qui ne semble pas pousser le gouvernement à changer d’avis…

Diego Chauvet
Tag(s) : #luttes citoyennes

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