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Capture d'écran Twitter @auroreberge

Par Loïc Le Clerc | 25 juillet 2018  Emmanuel Macron, Président-monarque ou chef de meute ?

Edouard Philippe est occupé sur le Tour de France, Christophe Castaner semble avoir perdu son badge d’accès à l’hémicycle, Richard Ferrand ne parle que de réforme constitutionnelle. Il fallait bien qu’Emmanuel Macron, en chef qu’il prétend être, reprenne la main.

Vous l’ignoriez peut-être, mais mardi 24 juillet au soir, les députés La République en marche (LREM) organisaient une petite party histoire de fêter leur première année à l’Assemblée. En pleine affaire Benalla, l’information n’est pas un canular.

C’est à la Maison de l’Amérique Latine, non loin du Palais Bourbon, dans le très chic 7ème arrondissement de Paris, qu’Emmanuel Macron a choisi de s’adresser directement "aux Français", bien que ces derniers soient en vacances, repus de la victoire des Bleus et n’en aient rien à faire de l’affaire (selon les explications des marcheurs eux-mêmes).

Voici donc le chef de l’État, entouré de ses principaux ministres, venant faire des aveux devant des parlementaires bien peu soucieux de la séparation des pouvoirs. Pire que des godillots, ils n’ont plus d’autres rôles que celui de rire aux blagues du chef.

Emmanuel Macron lance alors :

« Le seul responsable, c’est moi. Qu’ils viennent me chercher. »

« Ils », sans préciser de qui il pourrait s’agir. Pratique, chaque commentateur y mettra ce qu’il veut : les journalistes, les enquêteurs, les juges, les Français. Aucun ne viendra le chercher de toute façon.

Quelque soit le véritable message envoyé, la provocation est évidente. Emmanuel Macron aimerait être de Gaulle, Napoléon, il est à peine Sarkozy, presque Tony Montana.

Et n’espérez pas voir Emmanuel Macron venir s’expliquer ailleurs que devant sa cour. Les commissions d’enquête parlementaire, comme le suggèrent de nombreux députés de l’opposition ? Contraire à « l’esprit de nos institutions », ose l’entourage du Président, à l’esprit seulement car aucun texte ne l’empêche.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Affaire Benalla : le scandale d’Etat qui fait chanceler la Macronie

 

Populisme primaire

Au-delà de copier pâlement Nicolas Sarkozy et son « descends un peu », Emmanuel Macron va s’en prendre aux médias, en ces termes et avant d’envoyer ses groupies sur les plateaux de télé :

« Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. Un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire. »

François Fillon n’aurait pas osé, Donald Trump peut-être. Rappelons que sans l’article du journal Le Monde, l’exécutif, l’Elysée, n’aurait pas licencié Alexandre Benalla, trois mois après les faits de violences qui lui sont reprochés.

Revenons justement à l’affaire Benalla.

Emmanuel Macron assume tout. Le « responsable », c’est lui et lui seul. Qu’importe s’il contredit son directeur de cabinet Patrick Strzoda.

Sauf que le « responsable » n’a pas franchement l’air de vouloir prendre ses responsabilités. Emmanuel Macron ajoute alors : « Le chef, c’est moi ». Ce qui nous fait penser au jeune roi Joffrey Baratheon, dans la série Game of Thrones, auquel son grand-père Tywin Lannister fit cette leçon : « Tout homme qui doit dire "je suis le roi" n’est pas un vrai roi ».

« La République des fusibles »

C’est l’expression consacrée, l’élément de langage du jour. Emmanuel Macron ne fera pas sauter de fusible. « Ce n’est pas ma conception de faire tomber des têtes », explique-t-il.

Clin d’œil au général De Villiers ? C’était d’ailleurs à l’occasion de son éviction qu’Emmanuel Macron avait déjà prononcé son célèbre « je suis votre chef ». Chef de clan donc,de meute, bien plus que chef d’Etat.

Oubliez donc les fusibles. Laissons le compteur brûler. Gérard "Je-ne-sais-rien" Collomb, le pré-retraité Patrick Strzoda, le préfet de Paris Michel Delpuech. Même Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée, qui en savait plus sur l’affaire Benalla que le ministre de l’Intérieur lui-même, ne sera pas inquiété. Au contraire, il aurait été chargé de réorganiser la sécurité du Palais, alors qu’il est le principal protagoniste d’un autre scandale qui secoue la Macronie sans toucher Emmanuel Macron.

D’un coup et après une semaine de communication foireuse, Emmanuel Macron devient agressif, transgressif (il adore ça), faisant le pari que les Français vont l’aimer pour ça. C’est fou comme un simple fait-divers peut faire paniquer un Président-monarque.

Et de penser à ces vers, mis en musique par Alain Souchon : « J’ai dix ans (…), laissez-moi rêver que j’ai dix ans (…), si tu m’crois pas hé, tar’ ta gueule à la récré. »

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> « Et en même temps », c’est fini !

Lu sur http://www.regards.fr/politique/article/affaire-benalla-emmanuel-macron-president-monarque-ou-chef-de-meute

 

 

Tag(s) : #Macronneries

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