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La réforme institutionnelle macronienne se profile.

Une première vulgate habituellement portée par les supporteurs du président actuel est, on le sait : nous avons gagné sur un programme aux présidentielles avec confirmation aux législatives, nous appliquons ce programme annoncé et approuvé par les Français.

Interprétation douteuse du choix de nos concitoyens : même en mettant de côté un taux d’abstention record et croissant, nous savons tous que, comme Chirac en 2002, Macron a été élu avant tout pour éviter les Le Pen.

Quant à la « confirmation » des législatives, elle résulte de l’effet de souffle des résultats des présidentielles sur des élections législatives situées immédiatement après. Ce phénomène est bien connu depuis la désastreuse réforme Jospin- Chirac du début des années 2000 : quinquennat et inversion du calendrier conduisent les électeurs à confirmer aux législatives le résultat des présidentielles pour donner sa chance au nouveau président élu. Peu à voir avec le contenu d’un programme, donc…

Ceci illustre le formatage classique des comportements électoraux par l’organisation institutionnelle.

Une seconde vulgate macronienne est que la France ne se serait pas réformée depuis des années, que le fainéant Chirac, le matamore Sarkozy et le tartuffe Hollande n’auraient rien fait. Ceci expliquerait le fait que les Français souhaitent aujourd’hui voir mettre en œuvre rapidement les changements observés chez nos voisins.

Pourtant, la réalité apparente est toute autre, indépendamment de l'orientation systématiquement austéritaire de ces réformes. Comparée à nos grands voisins, sur la dernière période, la France a le record absolu du nombre de lois réformant les retraites, le marché du travail, le chômage, l’éducation, la formation professionnelle, sans parler des lois fiscales et relatives à la protection sociale, des lois sécuritaires ou consacrées à la politique migratoire, etc.

Il y a dans cet écart un des effets pervers de nos institutions, qui sous couvert de stabilité politique, organisent une instabilité chronique des politiques publiques, sapant ainsi l’efficacité de ces politiques.

Depuis le passage au quinquennat, chaque échéance se traduit par une alternance politique. Chaque majorité nouvelle obtient, en l’absence de proportionnelle, des résultats aux législatives sans rapport raisonnable avec ce qu’elle pèse vraiment dans le pays. Elle se croit autorisée à remettre en cause l’essentiel des réformes de la majorité précédente, sans leur laisser le temps de se déployer, sans non plus les évaluer.

Le résultat de ces coups de balancier quinquennaux est qu’aucune réforme ne va à son terme, d’où l’impression qu’elle n’a rien apporté, voire qu'elle n'a pas existé.

Un exemple frappant, en débat actuellement : la réforme des rythmes scolaires : il a fallu deux ans pour la mettre en place pour les communes qui, telle Malakoff, ont joué le jeu sérieusement. La question est aujourd’hui déjà posée de continuer ou pas… La sagesse est évidemment de ne pas remettre en cause ce qui a été commencé pour se donner le temps d’en apprécier les résultats. Ce choix n’est pas celui retenu dans nombre de villes… La contrainte financière et la politique politicienne ont le dessus.

C’est ainsi qu’au-delà de son caractère monarchique, évident au départ et aggravé depuis, la constitution de la cinquième République, si elle produit la stabilité dorénavant quinquennale des équipes gouvernementales, produit une instabilité chronique des réformes mises en œuvre.

Gageons que les propositions de réforme de la Constitution qui sont concoctées actuellement entre le pouvoir libéral- autoritaire et la droite sénatoriale ne traiteront pas ce problème devenu central pour notre vie collective. C'est en effet à une nouvelle République qu'il faudrait passer.

J. ALLAIN

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