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Lu sur http://www.regards.fr/web/article/f-utile-macron

(F)utile Macron !

Patrick Braouezec et Bertrand Delanoë sont les derniers ralliés à la candidature Macron, au nom d’un vote utile contre le FN qui pourrait… surtout être utile au FN tant il exprime la démission politique du Parti socialiste après cinq années au pouvoir.

    Devinette. Qui a dit : « À tous ceux qui se disent de gauche et sont tentés par Emmanuel Macron, il vient aujourd’hui de renoncer au droit de vote des étrangers », avant d’en appeler au vote Benoît Hamon ? Allez, un indice : c’est un vallsiste. Luc Carvounas, sénateur socialiste, qui a longtemps dénoncé les dérives gauchisantes de ses camarades ex-frondeurs – et soutenu celui-là même qui n’a pas tenu ses engagements sur le droit de vote des étrangers –, défend aujourd’hui le candidat des socialistes pour la présidentielle.

    Autre lieu, autre contexte. Après avoir plaidé la cause d’une candidature unique à gauche, qui a dit : « Je pense qu’Emmanuel Macron est le seul candidat à permettre d’éviter que le gens ne subissent une politique rétrograde », tout en soulignant que sa candidature « offre un possible qui nécessite exigences et vigilance » ? Un indice : c’est un ex communiste. C’est officiel, l’actuel président – dit Front de gauche – de Plaine-Commune, Patrick Braouezec en pince pour le chouchou des médias, Emmanuel Macron. Il l’écrit dans une tribune publiée par Le Monde.

    Tout aussi décevant, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë plaide la cause de l’ex ministre de l’Économie : « Le vote le plus efficace au premier tour, c’est Emmanuel Macron », soutient-t-il. Et d’ajouter : « Il faut donner de la force au candidat qui pourra battre Marine Le Pen ». Sans rire. Donc. Bon. Reprenons. Poussons l’analyse un plus loin.

    Le mal pour éviter le pire ?

    Admettons comme François Hollande que l’enjeu de la présidentielle soit de faire du combat contre le Front national l’unique objet de la campagne présidentielle – sans se soucier du contenu des programmes des uns et des autres. Admettons également que le seul moyen d’y recourir soit le vote utile. Alors il faut que Bertrand Delanoë, Patrick Braouezec, Robert Hue, Stéphane Gatignon, Claude Bartolone, François Bayrou – et autres ralliés à la cause – détaillent et assument jusqu’au bout la méthode qu’ils semblent privilégier. Une méthode qui ne fait pas de place aux idées et à la politique.

    Car, si le vent sondagier (la source qui définit le vote utile) nous entraîne sur d’autres pronostics d’ici le premier tour et place François Fillon – ou qui sait peut-être Nicolas Dupont-Aignan – en tête des intentions de vote, celui-là deviendra-t-il alors le nouveau rempart contre le Front national ? La logique du vote utile n’a pas de limite. Bientôt, on nous expliquera qu’il faudra voter Florian Philippot pour éviter Marine Le Pen. Puis Marine Le Pen pour nous épargner la nièce du même nom. L’absurde non plus n’a pas de limite. Faut-il rappeler, comme Éric Coquerel dans une interview accordée à Regards, qui est Emmanuel Macron ? Quel est son programme ? « Il propose d’étendre la précarité, d’en finir avec la fonction publique d’Etat, de mettre fin aux régimes spéciaux de la retraite, ce qui veut dire l’aligner par le bas, de réduire de 60 milliards les dépenses publiques – dont 11 milliards aux collectivités territoriales –, d’aggraver la loi Travail, de moins taxer le capital, etc. Il veut ubériser la société. »

    Imaginer qu’une nouvelle dose de libéralisme serait la réponse susceptible d’arrêter la progression de Marine Le Pen est vraiment très discutable. Les idées, la gauche, les valeurs, les utopies, les projets, les programmes, la défense des "sans" et des dominés, tout ça, tout ça, c’est du blabla ?

    Macron, voiture-balai des déserteurs

    Cohérence oblige, il ne manque plus que Hollande au tableau des ralliés à Macron. En bon gestionnaire, comptable d’une politique obsessionnelle de réduction des déficits et des effectifs publics, il aurait tort de se priver d’un successeur politique à la hauteur de ses ambitions. Et sans doute qu’alors Le Foll, Le Drian, El Khomri et quelques autres courageux du gouvernement pourront enfin souffler et filer à toute allure rue de l’Abbé-Groult, siège du candidat en marche. Bon débarras pour la gauche, cela dit.

    Elle est loin, très loin, la Belle alliance populaire. Hé oh la gauche ! Ils auront bonne mine à donner des leçons de politique après s’être engagés, tous, à soutenir le vainqueur de leur propre primaire. En réalité, Emmanuel Macron est devenu la voiture-balai de ceux qui ne croient plus beaucoup à la politique et rallient la gestion.

    Si Macron devient le candidat de la droite et de la gauche, de leurs élites, face à Marine Le Pen – seule contre tout un système –, est-on certain de sa victoire ? Le doute est permis, jurisprudence Trump oblige. On pourrait même y voir un mauvais présage. Selon l’ex journaliste Laurence Haïm, Emmanuel Macron serait le Barack Obama français. Sauf que l’on connait l’après-Obama. Et après avoir donné un coup à gauche puis un coup à droite dans sa campagne présidentielle, le coup d’après "Macron président", pourrait bien être celui du Front national. Et, comment dire ? Non merci.

    Par Pierre Jacquemain | 8 mars 2017

    Tag(s) : #Macronneries

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