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Lu sur http://www.regards.fr/web/article/francois-ruffin-personne-a-gauche-n-est-assez-fort-tout-seul

François Ruffin : « Personne à gauche n’est assez fort tout seul »

Après Fakir, après le succès de Merci Patron, après Nuit debout dont il avait été un des initiateurs, François Ruffin se lance dans l’aventure politique avec une candidature aux législatives placée sous le signe du rassemblement dans un espace commun.

    Regards. D’où vient votre engagement ?

    François Ruffin. Tiens, tu me vouvoies ? Mon engagement est journalistique, d’abord, avec la création de Fakir en 1999. Je n’ai jamais été membre d’une organisation, d’un syndicat ou d’un parti. Je me situe à gauche depuis toujours, même si j’étais plus rouge que vert à l’époque. Je suis un révolté individuel.

    C’est aussi l’identité de Fakir dont vous êtes le rédacteur en chef…

    Je fais un journal qui rejoint le côté révolté. Révolté satirique. Donc je tape sur tout ce qui bouge. Le sous-titre, c’est "Ce journal n’est lié à aucun parti, aucun syndicat, aucune institution. Il est fâché avec tout le monde ou presque". Pour autant, je prends conscience, au fil de mon aventure éditoriale, qu’il faut s’organiser, chercher des alliés, qu’on n’est jamais assez fort tout seul. Personne à gauche n’est assez fort tout seul, donc il faut trouver le moyen de faire se rejoindre des forces différentes.

    « J’ai toujours été prêt à me saisir de toutes les armes pour combattre à la fois la finance et l’indifférence. »

    Comment passe-t-on de Robin des Bois – que les Français ont découvert dans votre film Merci Patron – à potentiel député ?

    Des Français m’ont peut-être découvert là, mais moi, ça fait dix-sept ans que je m’engage. Que ce soit avec un journal, un livre, un film, une manifestation, un tract, une occupation de place, ou bien avec un bulletin de vote, j’ai toujours été prêt à me saisir de toutes les armes pour combattre à la fois la finance et l’indifférence. La rue et les urnes sont indissociables et indispensables pour porter les combats politiques. Dans l’histoire, les grands bouleversements à gauche ont été des moments où l’on a vu la conjonction de la rue et de urnes s’opérer.

    Où vous situez-vous politiquement ?

    Je n’ai jamais pris aucune carte, mais dès sa création, je me suis considéré comme un compagnon de route du Front de gauche. À partir du moment où le rassemblement s’est opéré entre Mélenchon et les communistes, j’en étais. L’un de mes héros politiques est Maurice Kriegel-Valrimont. Il est l’un des dirigeants de la résistance française, c’est lui qui fait prisonnier le général von Choltitz à la Libération, il est devenu député communiste avant d’en être exclu. Je l’aime bien pour deux raisons : à la fois parce qu’il a été membre du PCF et parce qu’il en a été exclu.

    Vous l’avez rencontré ?

    Oui, et il me disait : « Le Parti socialiste n’a jamais été la force motrice à gauche », et dans le même temps, il mettait toute son énergie à rassembler les forces de gauche. Je m’inscris dans cette lignée. Même si plus modestement, parce que, franchement, ce n’est pas un boulot gratifiant que de bâtir cette unité qui ne vient jamais… Et puis, aujourd’hui toujours, je me sens sans doute plus reporter, ou artiste, que politique. Je ne mets pas toute mon énergie dans ce machin.

    « Je crois à la nécessité de s’organiser, parce que l’oligarchie est organisée, qu’elle dispose de plusieurs partis à son service pour feindre l’alternance. »

    Vous êtes critique avec la forme "parti" ?

    Je ne sais pas trop. L’un de mes grands livres, c’est L’Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès, et ce que je trouve beau, à l’Assemblée d’alors, c’est que les partis ne sont pas constitués, les choses ne sont pas figées, les députés arrivent avec leur conscience (de classe aussi), et se meuvent. Maintenant, je crois à la nécessité, pour les gens, de s’organiser, parce que l’oligarchie est organisée, qu’elle dispose de plusieurs partis à son service pour feindre l’alternance, alors je ne vois pas comment, nous, face à ça, on pourrait se passer d’un parti. En revanche, je ne mets pas le nez trop près des cuisines, parce que je n’aime pas trop la tambouille. Ce qui m’importe, c’est d’avoir tout le monde rassemblé dans un espace commun. Je suis partisan de tout ce qui rassemble à gauche.

    Justement, est-ce que ce rassemblement va s’opérer autour de votre candidature dans la première circonscription de la Somme ?

    Ça avance, mais c’est long. J’ai de bonnes chances d’être l’exception qui confirme la règle, même si je préfèrerais l’inverse, que l’unité soit la règle. Encore une fois, je crois que personne à gauche n’est assez fort tout seul, et ne le sera pas plus demain.

    Quelle forme allez-vous donner à votre campagne ? Allez-vous poursuivre l’aventure Nuit debout en Picardie ?

    Oh non ! Il y avait des trucs formidables dans Nuit debout, mais aussi plein de choses qui relevaient de la branlette. Pas question d’avoir des assemblées générales qui durent des heures et qui ne débouchent sur aucune décision. On a une urgence, très sérieuse pour moi, qui est de retrouver à la gauche un ancrage dans les classes populaires, à la fois des quartiers et des campagnes. Et nous n’avons que quelques mois pour ça. Il faut sortir les abstentionnistes de gauche, les écœurés du PS, et retourner le vote FN, convaincre qu’il y a un autre mode d’expression de la colère, du refus de l’Europe, etc. que le silence ou le Front national.

    « Je fais mien le programme de L’Avenir en commun. Je prends aussi le programme du Parti communiste. Je vais lire ce que font les Verts. »

    Quels seront vos priorités et vos thèmes de campagne ?

    Je ne pense pas qu’on va convaincre les gens avec un programme tout nouveau tout beau. De toute façon, ils ne croient pas – et ils ont raison – qu’on aura la majorité ce printemps pour l’appliquer. Alors, je fais mien le programme de L’Avenir en commun. Je prends aussi le programme du Parti communiste. Je vais lire ce que font les Verts. Je mélange tout ça, les 32 heures, la retraite à soixante ans, etc. Mais ce n’est pas l’essentiel. Il va falloir quadriller le terrain, avec du porte à porte, la baraque à frites, les tournois de foot, les Merci patron ! dans votre salon, etc. On va essayer beaucoup de choses, certaines qui marcheront, d’autres moins, pour retrouver cet ancrage. Et enfin, je vais marteler mes trois mesures, que je m’auto-appliquerai dès le mois de juin : mandat révocable, jury pour gérer les réserves parlementaires, député smicard. J’ai déjà mesuré que, chez les gens, ça faisait tilt. « Tiens, celui-là il est pas comme les autres. »

    Mais rassurez nous, vous aspirez à être en responsabilité demain, non ?

    Oui, mais ce n’est pas demain, espérons pour après-demain. Et les gens ne se font pas d’illusions là-dessus. Ma question centrale – et je pense que c’est ce que, aujourd’hui, je peux le plus apporter –, ce ne sont pas des réflexions sur les grands débats idéologiques : c’est de l’animation sociale, finalement. C’est de me demander comment on peut tenter d’occuper une place publique ? Quels sont les secteurs de la population qui peuvent être mobilisés ? Comment peut-on mettre ça en œuvre concrètement ? Et en quoi un film comme Merci Patron ! peut réveiller quelque chose dans l’âme des gens ? C’est de l’ordre de l’intuition, une espèce de pif du peuple… Maintenant, je vais vous dire, le sujet qui me préoccupe le plus, c’est l’environnement. Je pense que le social, il y a des phases de haut et de bas. Et grosso modo, ça s’améliore dans la durée. Pour l’environnement, ce qui est détruit ne sera pas reconstruit. C’est le sujet qui me rend le plus pessimiste. Mais comme pour le social, il faut ici lutter contre la finance. Retirer le pouvoir à l’oligarchie. Reprendre en main notre destin commun.

    Allez-vous soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon ?

    Il nous faut installer, et dans la durée, une force politique bien à gauche, et qui soit identifiée des gens, massivement. Aujourd’hui, c’est Mélenchon. Il porte une voix forte, à la fois rouge et verte. Il faut que, à l’occasion de ces élections, il pose un jalon sur ce chemin.

    « S’il reste attaché au PS, à cette force complice de l’oligarchie, le mot "gauche" sera un épouvantail pour les classes populaires. »

    Allez-vous signez la charte des candidats de la France insoumise ?

    A priori, je souhaite m’en passer.

    Si Hamon gagne la primaire, cela va-t-il changer la donne à gauche ?

    D’abord, il faut se féliciter que Manuel Valls se prenne une claque dans ce scrutin, que malgré la mobilisation des éditorialistes sa ligne soit désavouée. Et il faut féliciter Benoît Hamon pour sa campagne, même si la participation est étriquée, même si je ne confonds pas la "primaire du PS" avec une "primaire de la gauche" – confusion volontiers entretenue. Maintenant, je citais cette phrase de Maurice Kriegel-Valrimont : « Le Parti socialiste n’est pas la force motrice à gauche ». Ça ne veut pas dire que demain il faut tuer le Parti socialiste, mais il ne sera jamais de gauche s’il n’y a pas quelque chose qui le tire sur sa gauche. Donc il faut qu’il y ait une force motrice à gauche et c’est notre responsabilité de la construire.

    Il faut donc se projeter au-delà des élections qui viennent ?

    Je l‘évoquais : la question de la séquence qui s’ouvre, présidentielle et législatives, c’est : "Quel sera le sens du mot gauche, demain ?" S’il reste attaché au PS, à cette force complice de l’oligarchie, avec ces arrangements entre courants (Hamon qui veut faire la synthèse de Macron à Mélenchon !), alors, le mot "gauche" sera un épouvantail pour les classes populaires. Ce qu’il est déjà largement devenu. Je ne souhaite pas que cette histoire qui a commencé avec Mirabeau, Robespierre, Danton, qui s’est poursuivie avec les communards en passant par Jaurès et le Front populaire jusqu’à la Libération, se termine dans la pantomime des Cambadélis et autres Borgel. Mais j’ai la conviction que ça ne se terminera pas comme ça. Une autre gauche est possible, de la Picardie à Paris !

    Tag(s) : #Elections

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