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Rassembler à gauche

L’élection présidentielle au suffrage universel direct est, au sens propre, une échéance anormale, qui nourrit tout ce qu’il y a de pire dans la vie politicienne. Je suis « entré » en politique contre la constitution de la Vème République. Au vu de l’expérience, je ne le regrette pas. Cette constitution, formatée pour assurer le pouvoir permanent des mêmes, n’a pas empêché, au contraire, que se produisent en France les mêmes évolutions politiques mortifères (montée de l’abstention et de l’extrême- droite) que l’on observe aujourd’hui aussi dans le reste de l’Europe. Elle n’a pas les vertus stabilisatrices qu’on lui prête souvent, sauf à considérer que la politique du « couvercle sur la marmite » est démocratiquement satisfaisante.

Cela dit il faut y passer et réfléchir à la meilleure approche politique pour remettre notre pays, et l’Europe, sur les rails. Et dans la perspective que la gauche revienne au gouvernement.

J’en ai marre des échanges de petites phrases assassines, notamment sur les réseaux sociaux, entre insoumis, supporters de P. Laurent, écolos isolationnistes et gauchistes de service…

Les échéances approchent : les militants communistes vont se déterminer très prochainement, la primaire Cambadélis aura lieu en janvier, alors que le sortant se sera prononcé début décembre, une fois connu le candidat issu des primaires de la droite.

L’union de la gauche est la seule voie pour avancer, mais sur la base d’un programme de gauche, ce qui inclut la partie importante du PS et de ses alliés qui se reconnaissent dans cet objectif, ce qui exclut de fait Hollande, Valls, Macron et compagnie, vu leur bilan.

Les Verts se sont mis hors-jeu, dommage car leur apport est précieux, mais ils privilégient une approche identitaire qui les mènent à la cornerisation.

Restent Mélenchon, Montebourg, un éventuel candidat du PCF. Les autres candidats de gauche, issus du PS ou Verts recyclés, ne font pas le poids.

Je respecte et j’apprécie les apports de JL Mélenchon, notamment sa capacité à débattre à la hauteur des enjeux dans un langage accessible à tous, un peu comme j’ai apprécié autrefois les qualités de G. Marchais, sans être toujours en accord avec lui. Je ne suis pas sûr qu’il prononcerait aujourd’hui son magnifique discours du Prado dans les mêmes termes. Je n’apprécie pas ses tendances au jeu personnel qui finit par l’isoler de citoyens pourtant globalement proches de lui. Comme Mitterrand autrefois, il se trouve trop bien dans le système présidentiel qu’il veut transformer, ce qui introduit un doute sur sa capacité à le faire une fois élu. En outre, ses propositions en matière d’écologie me font souvent penser au prosélytisme excessif des nouveaux convertis…

Je respecte et j’apprécie la capacité à rompre d’A. Montebourg, mais la cohérence de ce qu’il propose n’apparait pas au premier regard…Son souci de rassembler large y est sans doute pour quelque chose. Je n’apprécie pas certaines de ses positions : une VIème république, oui, mais au présidentialisme plutôt aggravé (n’oublions pas qu’il est le promoteur des primaires au PS), plus ponctuellement, son ralliement opportuniste à F. Hollande lors de la primaire PS en 2011, la vente des logements sociaux pour en financer de nouveaux, le SMIC…

L’éventuel candidat du PCF correspondrait, le cas échéant, à une affirmation légitime d’un courant essentiel de la vie politique française, le courant communiste. Je souhaite plutôt qu’il prospère, ne serait-ce que parce que la démonstration est désormais faite des risques de dérives, désastreuses pour la majorité de la population, qui sont en partie consécutives à son affaiblissement observé depuis 35 ans.

N’étant plus encarté depuis longtemps, me reconnaissant dans le Front de gauche, je n’attache toutefois pas un prix essentiel à la pérennisation des partis tels qu’ils sont à l’instant t. Ce sont des outils pour la transformation sociale, c’est leur principale vertu, ce qui les rend nécessaires à une vie politique démocratique mais ils ne sont pas éternels. Le PCF a déjà beaucoup changé.

JL. Mélenchon aura de la peine à dépasser 15%, ce qui était l’étiage atteint par le PCF en 1981. A. Montebourg peut gagner la primaire Cambadélis, sous réserve que la gauche de gauche se mobilise et aille voter pour lui à cette étape. Un candidat solitaire du PCF aura du mal à atteindre un score très différent de celui de MG Buffet en 2007.

L’option Mélenchon fait en réalité l’impasse sur le deuxième tour 2017 et privilégie l’hypothèse d’une recomposition politique ultérieure de la gauche qui redonne la primauté à une gauche citoyenne et populaire nouvelle au détriment du courant social libéral. C’est un pari sur le moyen- long terme qui a son sens. Le vote Mélenchon est-il cette fois-ci un accélérateur efficace de cette recomposition ? Je ne le pense pas car son socle politique est trop étroit. Par exemple, son obsession de refuser toute alliance locale avec le PS ne correspond pas du tout au vécu majoritaire de ceux qui vivent dans des villes dirigées par des majorités vraiment de gauche, notamment avec un maire communiste. Faut-il développer sur ce point à Malakoff ?

Par ailleurs, l’évolution des résultats de Syriza en Grèce et de Podemos en Espagne, à suivre avec attention, nous montre les limites de cette approche. Dépasser électoralement le PS, c’est bien pour les orientations prises mais insuffisant pour agir. Pour faire reculer démocratiquement l’oligarchie, il faut un rassemblement large et diversifié.

La candidature solitaire du PCF nous ramène au cauchemar de 2006-2007, qui a donné lieu à la naissance de ce blog. Cela dit, elle peut servir de témoignage pour une autre voie, mais plus tard. Pourquoi pas si la situation reste figée à gauche ?

Reste l’hypothèse Montebourg : malgré les incertitudes de ses propositions c’est la seule qui peut conduire un candidat de gauche au deuxième tour. Pas vraiment enthousiasmant mais comme disait l’autre, « là où est la volonté est le chemin »[1]. Si la fenêtre s’ouvre après une victoire d’A. Montebourg aux primaires Cambadélis, pourquoi pas ?

En résumé, Mélenchon me parait conduire dans une impasse où il s’est engouffré lui- même. Dommage.

La candidature PCF seul ou quasi- seul est du deuxième choix.

Si le chemin Montebourg s’ouvre (ce qui suppose de voter pour lui à la primaire quel que soit le mal que je pense de ce processus), il faut le tenter les yeux bien ouverts, mais ce sera le seul vote utile à gauche à court terme.

Si ce scénario échoue, je n’irai pas voter au premier tour des présidentielles, car il n’est pas envisageable de soutenir si peu que ce soit le courant social-libéral. Je voterai aux législatives pour Yasmine Boudjenah qui, contrairement à notre députée PS actuelle, ne soutiendra ni la poursuite de la politique social libérale, marquée au fer de l’austérité, ni une politique de droite à la Thatcher[2],qui serait complétement anachronique par rapport à ce qui se prépare aujourd’hui dans la plupart des pays occidentaux.

Joël Allain, le 31 octobre 2016

 

[1] Citation souvent attribuée à Jaurès, à Lénine ou à Churchill ;

[2] La différence entre les deux n'est même pas évidente. N’oublions pas que celle-ci, quand on l’interrogeait sur ce qu’elle estimait être sa plus belle réussite, répondait que c’était Tony Blair et le new Labour…

Tag(s) : #Elections

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