Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est pour quand l'Europe démocratique et sociale?

Aléxis Tsipras : « la République et la démocratie sont en danger quand les droits sociaux ne sont pas garantis »

Jean-Jacques Régibier

Jeudi, 23 Juin, 2016

Humanite.fr

Devant les députés de 47 pays européens réunis au Conseil de l’Europe, le Premier ministre grec Aléxis Tsipras a dressé un réquisitoire sévère contre les dérives d’une Europe gangrénée par le néo-libéralisme et le nationalisme. Il a défendu l’idée d’une Europe sociale et solidaire, seul remède, selon lui, aux crises majeures que traverse le continent.

Strasbourg, mercredi 22 juin 2016. L’expérience du peuple grec peut-elle ouvrir la voie à un renouveau de l’Europe ? La question peut ressembler à une provocation quand on sait tout le mal que les institutions européennes infligent à la Grèce depuis des mois, en matière d’austérité d’abord, puis en l’obligeant à porter tout le poids de l’afflux des réfugiés. Et pourtant c’est bien à la lumière de ce que subit son pays que Aléxis Tsipras estime aujourd’hui, se trouver en position privilégiée, à la fois pour dénoncer les ravages d’une Europe réduite à un marché concurrentiel, et pour indiquer comment avancer vers une Europe plus solidaire et plus fraternelle. Car à l’heure des doutes et des atermoiements, voire des oppositions farouches à l’Europe - et ce, dans tous les camps politiques - le premier ministre grec, lui, n’a pas d’état d’âme : le repli sur les pré carrés nationaux est une ineptie, l’Europe est une nécessité. Ce n’est pas un hasard s’il a choisi le Conseil de l’Europe, pour développer ce mercredi 22 juin, sa vision d’une autre Europe : l’institution est en principe garante des grands principes sociaux et démocratiques de l’Union européenne, depuis son origine.

Pour une Europe sociale

On l’a oublié, vu la politique actuelle des institutions européennes en la matière, mais l’Europe n’a pas été seulement fondée sur le défense des droits de l’Homme et de l’état de droit, elle s’appuie aussi sur une Charte sociale signée à Turin en 1961, dont Aléxis Tsipras a rappelé les exigences : la reconnaissance du droit des travailleurs à un salaire décent, la protection des droits syndicaux et de la négociation collective, le droit des personnes âgées de bénéficier d’une protection sociale, la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Autant de principes allégrement foulés aux pieds aujourd’hui par la plupart des gouvernements nationaux, avec les encouragements de la Commission européenne, comme on le voit en France avec la loi travail. Pourtant, pour Aléxis Tsipras, le respect de ces exigences sociales est « la seule voie durable pour la démocratie sociale, pour garantir la dignité des citoyens européens et la cohésion sociale. » La conclusion politique qu’il en tire est sans appel : « la République et la démocratie sont en danger, dit-il, quand les droits sociaux ne sont pas garantis. » Parole à laquelle feraient bien de réfléchir tous ceux qui, à l’heure actuelle, en toute irresponsabilité, s’amusent justement à remettre en cause les droits sociaux.

« Le modèle néolibéral est une menace »

Car, au delà les principes affichés – qui n’ont d’ailleurs rien de contraignant pour les états -, c’est une toute autre situation que connaît l’Europe : la déréglementation croissante et la destruction du modèle social européen. « Les droits sociaux ne sont pas protégés », remarque Aléxis Tsipras, « ils sont même sapés par ceux-là même qui devraient en être les garants. » En cause : les politiques d’austérité et de déréglementation imposées à travers les mécanismes de soutien financier. La Grèce est bien placée, en effet, pour tirer les leçons de sa propre expérience dans ce domaine. Le premier ministre grec fait deux constats : d’abord la dette n’a pas diminué mais s’est accrue sous l’effet des politiques d’austérité. Ensuite le chômage n’a cessé d’augmenter : comparable à celui de l’Allemagne ( 7,5% ) avant la mise en place des mesures exigées par l’Europe, il atteint aujourd’hui 20% de la population active. Aujourd’hui l’Europe compte 22 millions de chômeurs, un chiffre qui a doublé entre 2008 et 2015. Ce qui fait dire à Aléxis Tsipras que « l’échec du modèle néolibéral de gestion de la crise, avec l’austérité comme arme principale, est aujourd’hui une réalité et une menace. »

Un nouveau contrat social pour l’Europe

Menace, car il fait le lit « du nationalisme, du fanatisme et du populisme ». Le député européen de Syriza, Stélios Kouloglou ( GUE/GVN ) le faisait remarquer lors d’un débat de « l’Humanité » au Parlement européen en mai : « avec le chômage, l’austérité et l’arrivée en masse des réfugiés, c’est un miracle qu’Aube Dorée ( parti d’extrême droite grec NDLR ) ne soit pas encore au pouvoir. » Une « exception grecque » qui a aujourd’hui valeur de modèle en Europe. Le ministre grec chargé de la politique migratoire dans le gouvernement d’Aléxis Tsipras, Ioannis Mouzalas, l’a d’ailleurs fait remarquer devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe : « je voudrais dire combien mon pays est fier, car nous sommes le seul pays en Europe à n’avoir pas eu de manifestation, ni de protestation, pas même une seule, contre les migrants et les réfugiés, » rappelant au passage qu’il ne suffisait pas que l’Europe donne quelques subventions à la Grèce pour qu’elle se charge seule de l’accueil des réfugiés. « L’idée européenne, ce n’est pas cela, c’est une idée de juste répartition, » a-t-il rappelé.

« Les politiques xénophobes, les politiques des murs, les refoulements vers la mer sont contraires aux principes et aux valeurs de l’Europe, mettant en péril son unité et sa cohésion, » a renchéri Aléxis Tsipras pour qui « cette Europe qui ferme ses frontières aux réfugiés et les ouvre à l’austérité » est directement responsable, et de la crise profonde de l’Europe, et de la montée « du fanatisme et du populisme. » « L’extrême droite est passée de la liste noire des coupables de l’Histoire, au devant de la scène politique », a-t-il ajouté , fort, là encore, de l’expérience historique d’un pays qui, ayant eu à subir le régime des colonels, sait ce qu’il en est de la lutte contre le fascisme.

« La réponse aux multiples crises que traverse l’Europe ne peut être ni le modèle néolibéral ni un modèle de repli nationaliste », a répété Alexis Tsipras pour qui rétablir la stabilité économique passe par « la protection les droits sociaux et de la cohésion sociale ». « Nous avons besoin de définir un nouveau contrat social pour l’Europe » a-t-il martelé, « c’est pour cela que nous devons nous battre. »

L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe compte 324 députés issus des parlements des différents états membres. Il se réunit en session plénière à Strasbourg quatre fois par an pour aborder les sujets qui préoccupent les populations des pays européens, notamment ceux qui touchent aux droits de l’homme, à la démocratie, à la protection des minorités et à l’état de droit. Le Conseil de l’Europe est plus large que l’Union européenne puisqu’il compte 47 états membres, dont la Russie, la Turquie, la Suisse et l’Ukraine.

Tag(s) : #luttes citoyennes

Partager cet article

Repost 0